L'argent et les étudiants: En avoir ou pas?
Inviter Gentiane au resto pour son anniversaire, craquer pour cette paire d'escarpins qui te fait de l'oeil depuis deux semaines dans la vitrine, partir au ski avec les potes ou en city-trip à Barcelone, acheter un lecteur DVD pour agrémenter les soirée au kot…
Sans oublier le financement des multiples guindailles qui ne manqueront pas d'émailler régulièrement tes soirées. L'inventaire des désirs et des besoins s'allonge comme la liste à un chimérique Père Noël. Tout le monde n'a pas la chance d'avoir des parents milliardaires et/ou généreux. De plus en plus d'étudiants prennent un petit boulot pendant l'année histoire de mettre du beurre dans les épinards ou parfois plus simplement de payer le loyer de son kot.
De retour au kot après deux mois de vacances bien mérités, de festivals en plages et barbecues, la porte de l'entresol grince sur un salon qui n'a visiblement pas réussi à se remettre tout seul de la petite sauterie de fin de session, l'évier de la cuisine languit depuis deux mois les bras chargés d'appétissants souvenirs (une nouvelle forme de vie t'attend peut-être découverte au fond de la casserole de bolo ), une odeur de tabac froid imprègne l'atmosphère. Sur le pas de la porte, sans doute déposé par un voisin attentionné, le nouveau catalogue Ikea et ses 350 pages de félicité design et de promesses de bonheur à prix démocratiques. Ordre, calme et volupté. Si leurs meubles ne sont pas toujours d'une irréprochable solidité, le talent pour le marketing de ses maudits suédois n'est plus à démontrer. A voir l'aspect plutôt fatigué du canapé récupéré l'an passé sur le trottoir et la paillasse qui te sert de lit depuis deux ans, un peu de confort et de classe ne te ferait pas de mal cette année…
Quelques statistiques pour commencer
Mais d'abord un peu de statistiques: une enquête de la Communauté Française nous dresse le profil de l'Homo Estudiantus moyen. Ainsi, il apparaît que six étudiants sur dix vivent exclusivement chez leurs parents durant l'année scolaire. Un petit tiers vit partiellement chez leurs parents durant l'année scolaire (comprendre guindaillent la semaine et vont laver leur linge chez papa-maman le week-end). Une minorité, non négligeable, des étudiants (7,6 %) ne vivent plus du tout chez leurs parents.
Trouver un petit boulot semble être devenu la norme puisque la moitié environ des étudiants du cycle supérieur (50,3 %) travaillent, ou plutôt «exercent une activité rémunérée pour faire face à ses dépenses ordinaires » selon le libellé exact de la question. Mais il convient de nuancer d'emblée en précisant que le job régulier ne concerne que 12,8 % des étudiants, les 37,5 autres pourcents n'exerçant qu'à titre occasionnel, lors des vacances par exemple. Pour les étudiants qui travaillent de manière régulière, le temps consacré à l'activité rémunératrice est en moyenne 13 heures et demi par semaine.
L'argent de poche constitue la ressource financière la plus commune parmi les étudiants de l'enseignement supérieur: 87,3 % d'entre eux en bénéficient. Pour beaucoup (38 % de l'ensemble des étudiants de l'enseignement supérieur), il s'agit même de la seule et unique ressource financière. Le deuxième cas de figure en importance (32,7 %) est constitué des étudiants dont le budget est composé pour partie de l'argent de poche et pour partie de l'exercice d'une activité rémunérée, occasionnelle ou régulière. Ces deux profils de ressources (argent de poche uniquement ou argent de poche plus activité rémunérée) représentent donc quelque 70% des situations financières que l'on rencontre dans la population des étudiants de l'enseignement supérieur.
Si l'étudiant reçoit en moyenne 160 € de la part de ses parents, il apparaît que le montant passe du simple (110 €) au double (230 €) entre 18 et 26 ans. Logiquement, le montant d'argent de poche est lié à différentes variables comme l'âge, le type de résidence, le diplôme du père, le revenus du ménage et le statut de boursier, mais non au sexe. Si on ne peut déduire que les besoins financiers de l'étudiant augmentent avec l'âge, on peut en tout cas noter que plus il vieillit, plus il reçoit. De même, il est au plus bas pour les étudiants qui vivent en permanence chez leurs parents (110 €); il passe ensuite à 200 € pour les étudiants qui ne vivent que partiellement chez leurs parents, enfin, il grimpe à une moyenne de 310 € pour les étudiants qui ne vivent plus du tout chez leurs parents. L'argent de poche apparaît ainsi très directement comme un mode de régulation financière ajusté au choix de vie de l'étudiant. Enfin, les étudiants boursiers reçoivent en moyenne moins (130 €) de leur parents que les non boursiers (160 €). Prévisible, mais c'est en tout cas pas avec ça que tu vas te remeubler en Philippe Starck du sol au plafond. Par contre dans ce contexte, un job pourrait peut-être aider…
Du boulot en veux-tu en voilà!
En dehors des habituels McJobs entre graisse de frite et plonge aux cuisines de la gargote du coin, nous avons quelques idées plus originales pour arrondir vos fins de mois.
Venus des Etats-Unis (tiens donc…), le dog-sitting ne signifie pas dresser son chien à s'asseoir gentiment, mais bien s'occuper de ces charmantes bêtes à poils pendant l'absence de leurs regrettés maîtres. Garder un pitbull cyclothymique, veiller sur une portée de chatons siamois… tel est le quotidien des dog-sitters . Les rémunérations moyennes vont de 10 € à 16 € par jour pour la garde d'un chien, et de 6,50 € à 14 € par jour pour un chat. Un job de proximité, qui laisse pas mal de temps libre pendant la garde. Il va de soi qu'il vaut mieux aimer les animaux.
Certains étudiants sont de véritables chouettes? Tant mieux, un grand nombre de directeurs d'hôtel, en particulier de 1 ou 2 étoiles, emploient des jeunes non qualifiés comme veilleurs de nuit . Les horaires sont en général 19h-7h, avec 4 nuits de repos, puis 3 nuits de travail et 3 nuits de repos. Le salaire correspond en moyenne au salaire minimum garanti (1.234,20 €). Les grands hôtels recherchent aussi des étudiants détenteurs du permis de conduire et présentant bien. L'anglais et le néerlandais sont, au minimum, exigé. Mais parler l'arabe, le russe ou le chinois est aussi très recherché. Plutôt normatifs, ces établissements proposeront plutôt aux filles des postes à la réception. Mais tendre les clefs de sa chambre à une star mondiale ne manque pas non plus de charme. Enfin, les pourboires peuvent compléter facilement le salaire de base.
Mathieu, étudiant ingénieur, arrondit (confortablement) ses fins de mois en donnant des cours particuliers de math. «Cela fait deux ans que je donne des cours de math et de physique. Dans l'année, je suis deux élèves en parallèle, trois au maximum. Généralement, j'essaie de prendre des élèves qui ont un niveau élevé, les cours sont mieux payés!» En effet, 22 € de l'heure pour un élève dans le supérieur, entre 15 € et 18,50 € de l'heure pour élève d'humanité suivant l'âge et 12,50 € pour un élève du primaire, c'est pas mal, surtout quand c'est cash et net d'impôt. «En donnant 4 à 5 heures de cours par semaine, je gagne environ 300 € par mois. Pendant la période de vacances scolaires, certains parents nous demandent d'intensifier les heures. L'été dernier, j'ai pu empocher près de 760 € en quinze jours, en enchaînant les cours!» Pas mal. «Pour moi, c'est un job assez gratifiant, qui offre une bonne rémunération et qui développe le sens pédagogique. Cela dit, c'est vrai que certains élèves subissent la décision de leurs parents et ne sont pas vraiment motivés. Avec eux, ce n'est pas toujours facile, mais cela fait partie du métier».
Si on est familier des couloirs d'hôpital et qu'on n'a pas la phobie des piqûres, on peut gagner pas mal d'argent sans trop se fouler en servant de cobaye de laboratoire . Il suffit d'avoir une carte d'identité, une carte SIS et satisfaire à un bilan de santé (qu'on se le dise, il vaut mieux être non fumeur. Peut-être une motivation de plus pour arrêter…). Assez bien rémunérée, cette activité est très réglementée. On le comprend! Quels sont les tarifs? Tout dépend de la durée du protocole et de ses conditions: hospitalisation ou visites régulières. Ça peut aller de 45 € pour deux passages d'une heure au laboratoire, à 2500 € environ pour quinze jours d'hospitalisation. On a une chance sur deux de recevoir un placebo et les revenus ne sont pas imposables.
Si tu hésites à servir de rat humain pour une poignée d'euros, tu peux par contre enfiler la fourrure fluo de Pikachu ou un affriolant décolleté (dans les deux cas, tu verras, c'est très seyant) pour devenir promo boy ou hôtesse pour le compte d'une agence de marketing. Pour 8 € de l'heure ou plus, tu écumeras les shopping centers et autres artères commerçantes de notre royaume distribuant prospectus, bons à gratter et autres barres chocolatées. Au menu, destinations variées et travail au grand air garanti… Sinon, n'hésite pas à frapper au service jobs d'étudiant de ton unif , pour travailler à la cafétéria, à la bibliothèque ou au service des impressions.
Une fourmi débrouillarde
Valérie, étudiante en dernière année d'ingénieur commercial à l'ICHEC est le parfait exemple de la petite fourmi industrieuse et débrouillarde, prête à tout pour s'émanciper de la tutelle familiale. «Je travaille depuis que j'ai 15 ans. Au début, c'était pour me payer les fringues que je voulais et mes sorties. Mais il y a deux ans, j'ai eu envie d'avoir mon appart à moi. Mes parents vivant à Bruxelles, ils ne voyaient pas pourquoi ils me payeraient le luxe d'un kot. Mais je voulais mon appart à moi, je voulais être indépendante. Et être indépendante ça voulait dire me payer mon appart toute seule.» L'accord fut donc le suivant: ses parents payeraient le loyer et le minerval, elle s'occuperait du reste. Ce qu'elle se mettrait sur le dos et dans le ventre serait désormais à sa charge. «J'ai fait toute une série de petits boulots, des hamburgers sur un stand de la Foire jusqu'aux dimanches matins dans une boulangerie en passant par des bars et un resto. Le plus chouette, ça a été de bosser pour la Fnac. J'y avais travaillé un mois d'été et ils m'ont ensuite proposé de revenir à l'année pour travailler les samedis. Par la suite, mes plages horaires se sont un peu plus étendues pendant le reste de la semaine. C'était vraiment génial de bosser là. J'étais au milieu d'une chouette équipe. On se marrait bien. Se lever le dimanche matin aux petites heures pour aller bosser à la boulangerie par contre, c'était moins cool. Surtout en pleine session d'exam…» On veut bien le croire…
Mais on se demande quand même comment Valérie arrive à compiler une vie professionnelle des plus remplies avec des études réputées pour leur exigence et leur difficulté. «C'est vrai que la priorité c'était parfois plus de me payer mon appart et mes envies que mes études, mais d'un autre coté, on peut dire que j'ai eu certaines facilités. Je suis dans un chouette groupe de copains d'études. Et puis, les études d'économie sont des études très pratiques, très en prises sur la vie réelle. On te demande de comprendre et de mettre en pratique des principes. Ce qui me va bien. Je ne serais par exemple pas capable de faire du droit et d'étudier par cœur des bottins de téléphone.»
La demoiselle nous confesse avoir plus souvent fréquenté les stocks de sa librairie préférée que les strapontins des auditoires, elle n'a pourtant jamais connu de seconde sess. Ce qui lui permettait consacrer un mois de vacances à ses activités lucratives. Incorrigible, alors que tous les étudiants du pays se plongent et se prennent les têtes dans leurs syllabi , elle profitait également de ses vacances de Pâques pour remettre une couche de beurre dans des épinards déjà bien gras. «Je suis très fière de m'être assumée quasi toute seule durant mes études. Je suis quelqu'un de très indépendant et pouvoir vivre dans un appart que je payais était très gratifiant. D'autant que ça me permettait en fin de compte d'avoir un train de vie assez confortable… Sans parler de l'expérience de travail que tous ces jobs m'ont apporté. En plus de me permettre de gagner ma vie et de me gérer moi-même, ils m'ont appris à travailler dur et à être volontaire.»
Ce que dit la loi
Tu es considéré comme travailleur étudiant si tu suis un enseignement supérieur comportant au moins 27 crédits/an ou 15 heures de cours/semaine. Par contre, tu ne peux pas conclure un contrat d'occupation étudiant si tu es inscrit uniquement dans une école du soir ou si tu suis un enseignement à horaire réduit. Si tu suis une année d'études à l'étranger mais que ta résidence principale est toujours en Belgique et que tes parents bénéficient d'allocations familiales, tu peux également conclure un “contrat d'occupation étudiant ”.
Avant tout, il faut savoir qu'un contrat d'occupation étudiant est un contrat qui lie un employeur et un étudiant et qui contient des dispositions spécifiques (concernant le travail de nuit, la sécurité, les délais de préavis plus courts que dans un contrat “normal”). Comme pour tout travail, tu dois recevoir obligatoirement un contrat écrit et le signer au moment de l'entrée en service. Si ce n'était pas le cas, tu effectuerais un travail “au noir”, c'est-à-dire une activité professionnelle non déclarée par l'employeur auprès des administrations compétentes (inspection des lois sociales, ONSS, etc …). Tu n'aurais, dans ce cas, aucune couverture sociale ni assurance en cas d'accident de travail, pas plus que de garantie quant aux conditions de travail et à la rémunération.
Niveau barèmes salariaux, la rémunération est fixée sur base du salaire minimum en vigueur dans le secteur d'activités où tu travailles. Si aucune convention ne fixe de barème dans le secteur, l'étudiant de moins de 21 ans a droit à un pourcentage du salaire mensuel moyen garanti (1.234,20 € brut), uniquement s'il travaille au minimum un mois dans la même entreprise. A partir de 21 ans, tu auras droit à 100% du salaire minimum légal. Pour un étudiant, l'activité lucrative n'est pas un obstacle à l'octroi des allocations familiales pour autant que tu travailles moins de 240 heures par trimestre durant l'année scolaire (1er, 2ème, 4ème trimestre). Si la limite d'heures est dépassée, les allocations seront supprimées pour tout le trimestre. Pendant les vacances scolaires (de juillet à septembre), tu conserves tes allocations familiales, sans limite d'heures de travail, ni de plafond de revenu. Dans l'enseignement supérieur, il s'agit uniquement des vacances d'été. L'étudiant qui travaille durant les vacances d'été (3ème trimestre) qui suivent la dernière année d'études, recevra les allocations familiales aux mêmes conditions (maximum 240 heures de travail sur les mois de juillet, août, septembre).
Pour ce qui est des impôts, suivez ce qui va suivre, ce n'est pas simple. Les revenus de ton travail sont imposables distinctement des revenus de tes parents c'est-à-dire que, quel que soit ton âge, tu dois déclarer tes revenus professionnels sur ta propre déclaration d'impôts. Mais entre ce que tu reçois le jour de paie, ce que tu vois figurer sur ta fiche de rémunération sous les rubriques “salaire de base”, “brut imposable” ou encore “salaire net à payer”, ou encore les montants “net” ou “brut” à ne pas dépasser pour rester fiscalement à charge de tes parents, il n'est pas facile de s'y retrouver. Lorsque tu remplis ta déclaration d'impôt, tu indiques le montant de tes ressources personnelles: revenus professionnels (toutes les rémunérations des jobs étudiant effectués sur l'année civile) et pensions alimentaires. Les rémunérations d'un travail étudiant et de la pension alimentaire sont donc à considérer comme des revenus.
Ne sont pas considérées comme des “revenus”: les allocations familiales et les bourses d'études. Pour les revenus professionnels, c'est le montant brut imposable qu'il faut indiquer ainsi que le précompte professionnel (avance sur l'impôt dû) qui aurait déjà été payé (le retrait ayant été fait à la source) comme indiqué sur ta fiche de paie. Aucun précompte professionnel n'est dû sur les rémunérations payées aux étudiant engagés dans le cadre d'un contrat de travail de moins de 23 jours durant les vacances d'été. Aucune cotisation sociale n'est due hors charges ONSS. Ne sont pas pris en compte par le fisc les revenus en dessous de 2.610 € net (3.262,50 € brut) si l'étudiant est à charge des deux parents (si ses parents sont fiscalement considérés comme conjoints) ou de 3.770 € net (4.712,50 € brut) s'il est à charge d'un(e) isolé(e). La pension alimentaire est considérée comme un revenu de l'étudiant à additionner à ses autres revenus. Cependant , les premiers 2.610 € ne sont pas à prendre en compte dans le calcul. En dessous d'un plafond de 5.940 €, l'étudiant ne devra reverser aucun impôt.
Pour plus d'info consulte le site d'Infor Jeunes: www.jeminforme.be
(AG)