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11/12/2006

Les étudiants font du ski

Non, non! Mille fois non. Contrairement à ce que de mauvaises langues ont pu vous dire, les étudiants ne partent pas au ski QUE pour se bourrer la gueule et repeindre de tartiflette les couloirs des stations. Ils sont là avant tout pour skier.

Même si certains se vident leur première Carlsberg sur le télésiège en guise de petit déj … Enfin, ça c'est bon pour les nihilistes de halfpipe , il y en a d'autres pour qui envoyer les bourrés faire du ski est aussi un business à plein temps.

Enfin sorti du tunnel, la session derrière soi, rien de tel qu'un plongeon dans la poudreuse et un bon bol d'air pur des montagnes pour se revivifier avant de passer la nuit à trente dans un 20 m² enfumé ou dans la cuvette des toilettes. Mais n'allons pas trop vite en besogne, avant de poser son séant joliment emballé dans sa toute nouvelle combi en Gore Tex polyamide/Spandex laminé d'une membrane PU et avec traitement déperlant DWR+ Kigardcho et Osec, les vacances au ski, ça se prépare, et pas à la dernière minute.

Vive la France!

Première recommandation: commencer tôt. Les places sont chères sous le soleil alpin et malgré les possibilités d'accueil proprement colossales des grandes stations françaises, la crise du logement guette. D'abord parce que tout le monde veut aller au même endroit: «Les Alpes françaises ont quasi l'exclusivité, nous explique Jean-François Hauwaert d'Odyssée Travel . Elles ne sont pas trop loin en voyage en car et il y a la facilité de la langue, et puis surtout les stations sont déjà bien connues des skieurs qui les apprécient pour leurs installations et leur domaine skiable.  Les contacts se prennent vers mars-avril pour janvier- février de l'année suivante, parce qu'avec les Anglais, les Hollandais et les Nordiques qui envoient chacun dix fois plus de monde que nous, on commence tôt, histoire d'être sûr d'avoir de la place. Pour la prise de contact, la démarche varie, soit les cercles nous contactent, soit c'est nous qui les démarchons avec des propositions. La plupart du temps, ils viennent nous voir avec une idée bien précise de la station où ils veulent aller et du nombre d'étudiants qu'ils vont faire partir, c'est alors sur les prix et sur les packages que ça négocie, parfois très ferme.» Il est certain que quand le Cercle Solvay ou la Carolo de Louvain partent avec 300 à 400 étudiants, ils ont certaines facilités de négociation… En la matière, on peut distinguer deux types d'approches: Ceux qui veulent proposer un package prestigieux et qui sont prêt à banquer: entre 300 € et 400 € pour le top 3 des stations en vogue: Val Thorens (dites Valto , ça le fait encore plus), Tignes et les Arcs, et ceux qui veulent les prix les plus bas, comme par exemple le CSE de Louvain-la-Neuve qui part pour moins de 150 € à Valmorel. Où ça? Valmorel. Où ça? Vous m'avez compris.

Kriss, commissaire voyage du CAU Saint-Louis a clairement choisi la première école: «  Le prix n'est pas le seul paramètre, il faut aussi prendre en compte la station. Je mets les deux en balance. C'est important d'avoir une station jouissant d'une bonne réputation. Cette année, on a clairement privilégié la station par rapport au prix. On a signé un contrat avec Go To Travel pour Val Thorens .  On a choisi Val cette destination parce que la plupart des étudiants qui viennent sont déjà skieurs, ils ont l'habitude des bonnes stations. Les gens veulent des stations avec un très grand domaine skiable, un grand choix de pistes et de difficultés. Pour moi, Val Thorens est la meilleure station de ski d'Europe. Les pistes sont super bien entretenues. Comme c'est aussi une des plus hautes, l'enneigement est garanti et la neige de très bonne qualité. Les possibilités de hors pistes sont vraiment très développées, il y a beaucoup d'activités, des événements sportifs internationaux. C'est aussi une station qui mise vraiment sur les jeunes et sur les surfeurs.»

Le business de l'or blanc

En dehors du folklore, du génépi et de la descente aux flambeaux, les sports d'hiver font de plus en plus d'adeptes chez les jeunes et se démocratisent au point que des agences se sont spécialisées dans un secteur de plus en plus concurrentiel où les faillites et les rachats ne sont pas rares. Trois agences dominent le marché francophone: Halloween , Odyssée et Go To Travel , à cette nuance près qu'Odyssée a racheté sa petite sœur GoTo fondée il y a tout juste trois ans par Jean-François Hauwaert (ancien de l'ICHEC) et Guillaume Olivier (ancien du CAU Saint-Louis, tiens tiens …) sur les cendres de feu Altitudes, tombée en faillite en 2002. Il faut ajouter qu'un quatrième larron, le flamand SkiKot vient marcher sur les plates bandes sudistes pour rafler lui aussi une part du gâteau. De leur côté, les tours opérateurs francophones ne se gênent plus pour démarcher en Flandre. Dans le marché des voyages en groupes, les cercles étudiants ne représentent que 40% du chiffre d'affaire total. «Vu comme certains cercles négocient, on fait parfois une marge vraiment minime. Les prix étudiant sont en moyenne 20 à 50 € moins chers que nos prix catalogue. Disons que les voyages organisés par les écoles constituent un produit d'appel qui nous fait connaître par les étudiants et qui génèrent du volume nous permettant de proposer des prix compétitifs pour les voyages en petits groupes». Genre 149 € pour une semaine à Valmorel en janvier, d'accord, on ne sait pas où c'est, mais Val Thorens ou les Deux Alpes, c'est respectivement 480 € et 399 €.

Du coté des cercles, le contrat est simple: Pour un certain nombre d'étudiants qu'ils s'engagent à amener, ils peuvent négocier un certain prix et un certain package comprenant le Welcome Pack et les sacro-saintes bouteilles d'alcool, sans oublier les voyages gratuits… «Pour nous, un groupe commence à partir 20 personnes, nous confirme Jeff et il y a des gratuités à partir de 100 participants.» J'entends déjà les cris accusateurs devant ces avantages forcément iniques et indus accordés à cette caste de ploutocrates imbus et imbibés, j'ai nommé le cercle. «Ça peut sembler un bon plan pour partir gratos au premier abord, mais c'est beaucoup de travail et d'investissement, tempère Kriss. La promotion (affiches, descentes d'auditoire, soirées et autres activités promo comme les stands vins chauds, les soupers…), la préparation, tout le travail administratif, en plus des cours, ça prend pas mal de temps. Il faut tout planifier à l'avance, tout prévoir. Puisque le voyage se déroule juste après les examens, tout doit être prêt avant le blocus. Dès la rentrée, on colle les affiches, en octobre déjà, on fait des descentes d'auditoire pour informer tout le monde, surtout les premières années qui n'ont pas encore l'habitude d'aller aux valves et qu'il faut un peu prendre par la main. Notre boulot, c'est d'inscrire le nombre d'étudiants qu'on s'est engagé à ramener auprès de l'agence. En cas de pénurie, o n peut réduire le contrat de 20 personnes avant une certaine date. Sinon, on doit payer nous-mêmes les places manquantes. J'étais déjà organisateur pour le voyage Saint-Louis à Avoriaz l'année dernière. On a eu pas mal de problèmes, je n'étais pas organisateur au départ, mais le responsable étant parti en cours de route, j'ai du reprendre le flambeau. Sur le papier, on devait rameuter 250 étudiants, comme la promo a commencé super tard, on a pu en inscrire que 185. On s'est donc retrouvé en fin de course avec un sérieux problème de trésorerie… Cette année on s'est engagé pour 105 personnes, on ne devrait donc pas avoir trop de problème à remplir notre contrat. »

Mais le rôle du Comité ne se limite pas à celui de rabatteur pour candidats à la pizza sur neige, ses membres s'occupent aussi de l'organisation et de la planification des activités 'récréatives' sur place, qui vont de la traditionnelle descente de luge à la non moins traditionnelle fondue, copieusement arrosée de fendant comme il se doit… Ils organisent aussi des soirée à thèmes: Tequila, messagerie, miss T-shirt mouillé, strip-tease ou table dancing… du culturel quoi! Sur place, les membres du cercle doivent aussi s'occuper de l'animation et de la logistique, qui a parfois quelques ratés: « l'année dernière, on s'est fait voler tout notre alcool dans la bagagerie le jour de l'arrivée. C'est la loi de la jungle: Y a 50 palettes de bières et personne ne sait à qui c'est. Certains se sont servis avant nous. Sans doute un autre cercle arrivé le même soir. Résultat: nous n'avons pas pu distribuer les deux bouteilles par chambre promises dans la promo… Ça a un peu gueulé parmi les étudiants. Y a en a qui nous les ont réclamées durant tout le séjour. Et même après. » Faut dire qu'Avoriaz ou Val Thorens en janvier, vu le nombre d'étudiants au mètre carré, prennent de drôles d'airs de Louvain-la-Neuve des cimes: «L'année passée, on était avec d'autres cercles, quelques cercles de Louvain, ceux de l'ICHEC et de l' IHECS . Y avait aussi des allemands et des anglais.» Ce qui a certainement donné lieu à d'intéressants échanges interfacultaires et interculturels…

350 € Alka Seltzer non compris

Cette année à Saint-Louis, y a pas à tortiller, c'est 350 € tout compris pour sept jours de folie à Val Thorens . Tof hein? Allez viens! Ca va être cool, y aura des filles et puis de l'alcool. Deux bouteilles par chambre et deux chopes offertes par personne. C'est déjà ça de pris. Pas cher hein? Regardons ça de plus près. Pour 350 €, tu as le voyage en car trois étoiles, avec Marcel qui conduit, Les Bronzés font du Ski à l'aller, Les Randonneurs au retour, tu as l'hébergement dans une suite tout confort de 20m² que tu vas partager avec cinq de tes camarades (vive les boules Quies et le pince-nez…), mais pas de panique comme le dit très justement Kriss: «De toute façon, on n'est pas là pour dormir, quand on s'endort dans sa chambre… Et puis il faut pas croire, c'est incroyable le nombre de personnes qu'on peut accueillir là-dedans: Parfois on se retrouve à 30 personnes dans une chambre. »

Compris également ton forfait ski-pass pour skier un peu quand même entre deux bières et ton entrée aux soirées messagerie et miss T-shirt mouillé. Bon c'est pas le tout de boire, il faut aussi manger. On peut donc opter pour la formule Food Pack en option à 150 €, avec un repas à réchauffer par jour (en général pas très bon, de l'aveu même de Kriss: «c'est vrai que ça fait un peu ration de survie» ), quelques sachets de thé, du pain, du lait, du choco à tartiner pour ton petit déj . Sinon, on peut aller faire les courses à la supérette de la station, mais à 30 kilomètres de la ville la plus proche, coincé les pieds dans la neige, attendez-vous à casquer. On peut aussi se taper le resto, même philosophie dans les tarifs.

On a bien mangé, on a bien bu, on va peut-être penser à brûler toutes ces calories par une saine activité physique. Vous avez déjà le ski-pass , reste l'essentiel: les skis. Comptez une bonne centaine d'euros pour la location des skis et des chaussures. Et puis, histoire de ne pas revenir avec une pneumonie, pensez à investir dans une combi, aux alentours de 250-300 € pour avoir chaud. Suivant l'appétit pour les guindailles et la bonne chère et les possibilités des bourses de chacun, le budget total tourne autour de 600 €. «C'est clair que c'est un sacré budget, c'est donc logiquement une population d'étudiants aisés qui se retrouve là-bas, admet Kriss. Cependant, il y a aussi moyen de faire un voyage à minima, en emportant sa bouffe depuis la Belgique, et en se faisant ses tartines. Le ski c'est ouvert à tout le monde. Il y a aussi des gens qui ne roulent pas nécessairement sur l'or et qui se saignent pour venir parce que tous leurs potes y vont. D'autres, surtout des premières années, viennent pour renforcer des liens ou en créer de nouveaux grâce au ski et aux guindailles.»

Championnat du monde de descente

«Faire la fête et skier sont les deux actions principales. On a beau boire jusqu'à pas d'heure, à 10h du mat' on est sur les pistes jusque 18h», nous assure Kriss. On connaissait le combiné nordique, mélange de ski de fond et de tir à la carabine, voici le combiné wallon ou l'art de vider sa cannette tout schuss. Voici la journée d'entraînement type d'un de ces champions du monde de descente: «On a fait la fête jusque 3h du mat', à 9h on est debout, on déjeune, à 10h au plus tard on est sur les pistes, vers 12h30 on s'arrête pour manger. On est de retour sur les pistes à 14h, jusque 17h30. Retour à l'appart, on fume la chicha , on prépare le dîner, on prend une douche. Vers 20h, on fait une première tournée des chambres, on voit les potes, on boit des bières.  Vers 22-23h on sort en boîte jusque 2-3h du mat', on rentre à l'appart, on boit encore quelques bière dans une chambre ou dans une autre et on s'endort là où on tombe.» Et au bout de huit jours de ce régime, on peut reprendre une semaine de congés pour se remettre de ses vacances…

Comme vous l'avez sans doute déjà observé, la consommation de substances alcoolisées en quantités que des esprits chagrins pourraient qualifier d'abusives peut entraîner une modification significative du comportement et entraîner parfois certaines personnes à commettre des actes qu'en langage vernaculaire on pourrait aisément qualifier de conneries: « Un soir, certains on eu l'excellente idée d'organiser un spaghetti dans un couloir de l'hôtel. Il y avait de la bolo du sol au plafond, des poubelles renversées, des comas éthyliques…» Pour éviter ce genre d'excès, rarissimes s'empressent de nous préciser les organisateurs, les stations font appel à des services d'ordre privé, genre milice Securitas , histoire de ramener le calme et la modération quand une petite réunion conviviale entre voisins de chambrées se barre soudainement en sucette. Il est généralement demandé aux students de verser une caution de 50 € par personne avec état des lieux. Histoire d'enseigner le respect aux fêtards peu soigneux.

Voilà, on vous aura prévenu. Si vous n'aimez ni la neige ni le ski, ni faire la fête tous les soirs en vous démontant la tête, partez vous ressourcer à Blankenberge, ou restez chez vous.

(AG)


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