Planète découverte
Y en a marre des plages bondées, des teutons en sandale, des pensions complètes avec familles incluses, des portefeuilles qui se détendent plus que le moral. Fini Capri ou Torremolinos.
Cette année, on laisse les gondoles à Venise, on abandonne la plage, les coquillages et les crustacés et on opte pour des projets qui font rimer vacances avec conscience.
Les chantiers internationaux et le service volontaire offrent l'opportunité de mêler la découverte de nouveaux horizons avec une expérience internationale inscrite dans un projet social, culturel, environnemental ou archéologique.
Le Service Civil International (SCI) est une organisation non gouvernementale (ONG) qui a été crée par un Suisse en 1920. Décidé à réparer à sa façon les ravages causés par la première guerre mondiale, il réunit des Anglais, des Français et des Allemands, qui venaient juste de s'entretuer pendant 4 ans, en les enrôlant dans la reconstruction de villages anéantis par les batailles. Depuis, le SCI a essaimé dans le monde entier, ouvrant des antennes dans une quarantaine de pays du globe. Il organise aujourd'hui plus de 1.000 projets dans une centaine de pays auxquels participent plus de 10.000 volontaires.
Implanté en Belgique depuis 1947, l'action du SCI se veut avant tout éducative nous précise Benoît Audenaerde , porte-parole de l'association. «Le SCI n'est pas une ONG de coopération et de développement, elle ne fait pas d'humanitaire. Notre objectif premier est de sensibiliser, d'informer le public avec lequel on travaille, que ce soit par les formations qu'on organise, dans les animations scolaires mais aussi dans les chantiers internationaux. On essaie donc de donner aux participants une expérience de vie, une ouverture sur d'autres cultures, sur d'autres façons de vivre, à travers le chantier. De la même façon, on encourage les jeunes à s'intéresser aux enjeux des relations Nord-Sud. Notre but n'est donc pas de venir en aide à des populations, mais bien de promouvoir le dialogue et l'échange à un niveau global via des rencontres particulières, par des projets concrets et utiles qui ne sont finalement, le mot peut-être est un peu fort, que des prétextes, des alibis à l'expérience de vie».
Benoît a lui même participé à des projets de volontariat avant de travailler pour SCI: «Après mes études, je suis parti six mois en Equateur pour un projet radio. Je faisais des reportages avec des sujets économiques ou culturels, sur les mouvements indigènes. J'ai pu rencontrer des petites ONG locales, aller dans des bleds perdus à deux jours de 4X4 dans la Cordillère des Andes. C'était extraordinaire de découvrir ces communautés. Je faisais les reportages en espagnol pour les diffuser sur des radios locales équatoriennes. Je les ai ensuite retraduits en français pour les diffuser sur les radios associatives belges».
Pour tous les goûts
Réalisés en partenariat avec des organisations locales, qui accueillent et encadrent les volontaires, les projets touchent à différents domaines: construction, rénovation, écologie, environnement, culture, archéologie… «Ça peut-être retaper une école ou travailler dans l'insertion sociale. C'est très varié, il y en a pour tous les goûts, pour toutes les activités et sous tous les climats».
SCI Belgique fait, comme toutes les branches, à la fois de l'accueil et de l'envoi. Des volontaires belges sont envoyés à l'étranger, tandis que des chantiers accueillant des volontaires du monde entier sont organisés en Belgique. Le candidat au voyage s'inscrit dans un projet de volontariat par essence bénévole. La majorité des programmes durent entre 2 et 4 semaines. Il existe également d'autres projets à plus long terme de trois mois à un an.
Le candidat au voyage choisit sa destination et son projet (de la danse folklorique en Lettonie à l'éducation à l'écologie dans les canyons Colorado jusqu'aux yourtes de la plaine mongole) au fil d'un catalogue aussi épais que riche (encore un peu de patience, le nouveau paraît en avril). Suivant que le candidat optera pour un pays du Nord ou du Sud, la marche à suivre sera différente. A 18 ans révolus, il peut partir vers le "Nord" (Europe jusqu'à l'Ukraine, Amérique du Nord, Japon, Corée). Il faut par contre 20 ans pour partir vers le "Sud" qui comprend des pays en voie de développement ou d'autres destinations à l'actualité parfois chargée comme Israël, la Palestine, la Syrie, le Népal ou la Côte d'Ivoire. Et Benoît Audenaerde de nous assurer que «ce ne sont jamais des situations de conflit. L'organisation partenaire d'accueil prend toujours l'initiative d'annuler si la sécurité des participants n'est pas assurée. Dans ces conditions, toutes les destinations sont envisageables».
Les volontaires en partance pour le Nord s'acquittent d'un droit d'inscription de 90 € qui comprend les frais de fonctionnement de l'organisation, les différentes démarches administratives mais également un fonds de solidarité. «Ce fonds de solidarité , précise Benoît, nous permet d'aider des organisations du Sud à mettre sur pied des projets. On a également un programme d'accueil spécial pour accueillir chaque année quelques volontaires issus de pays en voie de développement qui ne peuvent venir jusqu'en Belgique. En partie pour des raisons de visas mais surtout pour des raisons financières. Réciproquement, nous aidons des volontaires belges qui n'en auraient pas les moyens à partir à moindre frais».
Le Sud autrement
Pour partir dans le Sud, il y a au préalable un petit entretien d'évaluation des motivations. «Rien d'éliminatoire, nous rassure Benoît, juste une façon d' aider le volontaire à s'orienter vers un projet en fonction de ses désirs, de sa personnalité ou de ses aptitudes». Le volontaire sera ensuite invité à verser 180 € de frais d'inscription qui comprennent l'organisation d'un week-end de formation à l' interculturalité et au développement ainsi qu'une séance d'information plus pratique relative à la région visitée. «Encore une fois, rien de scolaire. Pas du tout des cours en auditoire avec examens à la clé, ce sont des mises en situation, des jeux de rôle, c'est très ludique et très dynamique. On travaille fort sur les préjugés, les différences culturelles, on explique un peu le contexte de la coopération au développement et l'évolution des relations internationales, et tout cela se conclut par une soirée d'évaluation assez festive. On a choisi de faire cette formation pour ne pas que ce soit juste des "vacances". Avec toujours cette optique d'ouvrir la perception, de changer le regard des volontaires. Au retour, il y a encore un week-end de rentrée, à la fois pour le Nord et pour le Sud, et une évaluation à remettre. Par la suite, on essaye d'impliquer le volontaire à plus long terme ici, sur le terrain belge, en participant à séances d'information dans les écoles».
Pour les pays du Sud, il faut également ajouter un droit d'inscription auprès du partenaire d'accueil (incluant les frais de logement et de nourriture) qui varie entre 75 et 200 dollars ainsi que l es frais de déplacements qui sont également à charge du volontaire. «En ce qui concerne les projets à long terme, on est également reconnus comme une branche d'envoi du Service Volontaire Européen (SVE), mais on a aussi des projets internes au SCI. Pour partir en long terme, il y a une condition qui s'ajoute, c'est qu'il faut avoir participé à au moins un projet à court terme avec le SCI. Tout simplement parce que, quitte à prendre la responsabilité d'envoyer quelqu'un 6 mois à l'étranger, on préfère envoyer quelqu'un qu'on connaît déjà. Et lui nous connaît également, il connaît le SCI et sait à quoi s'attendre».
Le syndrome Mère Teresa
Nombreux sont ceux qui poussent la porte du SCI encore tout retourné des images de misère charriées quotidiennement par les journaux télévisés avec cette envie de "faire quelque chose". Quoi? Ils ne savent pas. Etre utile, sauver des gens. «Il y a énormément de gens qui viennent pour aider, la tête pleine d'idéaux dans une démarche très naïve d'envie de sauver le monde. C'est aussi pour ça qu'on fait des formations avant d'envoyer des gens dans les pays en voie de développement. Pour les calmer un peu, recadrer leur perception et leurs préjugés sur l'humanitaire. A coté de ça, on propose différentes pistes d'engagement ici, en Belgique. C'est justement ça qui nous intéresse. C'est ici qu'il faut travailler, qu'il faut sensibiliser les gens. C'est ici qu'il y a des choses à changer. Ça aura beaucoup plus d'impact que d'aller jouer les Mère Teresa».
«Mais il y a aussi beaucoup de gens qui viennent nous trouver pour avoir d'autres styles de vacances, voyager autrement, voyager utile. Nous mettons vraiment l'accent sur l'aspect découverte. C'est l'occasion d'avoir un contact unique, privilégié avec un pays et ses habitants. Très loin des tours opérateurs. Les horaires de travail sont d'ailleurs aménagés pour permettre cette découverte, pour laisser du temps libre pour les visites et la détente. Sur place, on tient également à organiser des animations: projections de films ou de documentaires, organisation de débats, en fonction du contexte de la mission».
L'éthique du voyage
Anne et Antoine ont choisi cette optique de faire rimer vacances avec conscience: «On est parti sept semaines au Pérou et en Equateur. L'idée était d'associer un voyage au sens découverte d'une région, avec une partie touristique (puisque le Pérou et l'Equateur comptent des sites naturels et archéologiques magnifiques) et d'y associer des visites de coopératives impliquées dans le commerce équitable et des rencontres de communautés indiennes. On a donc partagé notre voyage en deux temps, on a d'abord fait la partie Sud du Pérou avec les sites très touristiques de Nazca, Titicaca, Cuzco, Machu Picchu , où, outre des sites extraordinaires, on a pu aussi se rendre compte de tous les impacts négatifs du tourisme de masse. On est ensuite remonté vers le Nord, vers l'Equateur, pour visiter les coopératives de sucre, de cacao, de café, de banane et de quinoa».
La plaine de Nazca et ses énigmatiques dessins visibles uniquement par avion, le lac Titicaca, la vieille ville de Cuzco, sans oublier les fantastiques ruines de Machu Picchu , ils ont tout fait: «Le sud du Pérou est complètement balisé et très organisé pour les touristes: lignes de cars, survols en avions de la plaine de Nazca, tour en barque sur le lac Titicaca, visite de communautés, montée à Machu Picchu , c'est une véritable usine. Les effets pervers font surtout que tout rapport authentique et désintéressé avec les populations locales est devenu impossible. Ca tourne toujours autour de l'argent et de ce qu'ils ont à nous vendre. On était vraiment des "gringos". Ca ne gâche absolument pas la beauté des sites et des paysages qui sont magnifiques, mais quand on n'est pas préparé et qu'on arrive avec sa naïveté d'occidental idéaliste, on est vite refroidi. On se rend compte en tout cas que la manne de dollars apportée par les touristes est très mal redistribuée et ne profite pas vraiment aux populations locales. En Equateur par contre, le tourisme est beaucoup mieux intégré à la vie locale. C'est un tourisme beaucoup moins intensif et surtout on ne vient pas y chercher la même chose. Ce qui est intéressant ici, c'est plutôt les sites naturels, la forêt et les volcans pour faire du trekking».
«Dans la deuxième partie du voyage, on a voulu rencontrer des coopératives qui distribuaient leurs produits en Europe et avec qui on était déjà en lien. On voulait venir sur le terrain faire connaissance avec eux et se rendre compte de leur travail pour pouvoir par la suite expliquer et mettre en valeur ce travail auprès de consommateurs du Nord. Comment le quinoa, le café, la banane sont cultivés et comment ils arrivent jusqu'à nos marchés avec tout le côté filière d'exportation. On voulait voir quels étaient les impacts positifs du commerce équitable sur les paysans du sud qu'il est censé aider au premier chef. Les cultivateurs sont maîtres de leur production, ils sont rémunérés à un prix stable et surélevé par rapport à celui du marché. Ce qui leur permet de se projeter dans l'avenir, de sortir de l'incertitude, de gagner leur autonomie et finalement leur dignité. Ça leur donne un poids non seulement économique mais une reconnaissance politique. Mais il y a des problématiques et surtout des volumes de production très différents entre des plantations de bananes de plusieurs dizaines d'hectares sur la côte et des champs de quinoa d'à peine quelques ares nichés à 3000 mètres dans la montagne à une journée de camion. La coopérative de bananes qui était la plus avancée travaillait avec une dizaine de communautés qui pouvaient chacune développer un petit dispensaire, des garderies, des écoles pour handicapés, financées par la prime du commerce équitable qui est un bénéfice garanti pour ces populations. S'ils retirent surtout un bénéfice collectif, chaque producteur, gagnant plus, peut également envoyer ses enfants plus longtemps à l'école. Pour le coup, on a pu rencontrer des communautés, des producteurs qui nous ont montré leur travail, leur produit, leur organisation. On a pu énormément échanger avec eux».
(AG)
Une offre en plein développement
Dans une approche plus commerciale, moins associative, des agences de voyage se créent dans l'idée de proposer des offres de tourisme solidaire ou environnemental.
Selon Antoine, de plus en plus de coopératives mettent sur pied des offres de tourisme éducatif autour de leur production. Comme eux, on peut aussi le faire de sa propre initiative. Les communautés sont généralement prêtes à accueillir des étudiants intéressés par la démarche du commerce équitable. Le tourisme solidaire n'est malheureusement pas toujours à la portée de toutes les bourses. Ce sont souvent des petites structures, encore assez anonymes, qui proposent, dans le cadre de petit groupes, d'aller directement visiter et partager la vie de communautés en dehors des sentiers battus du tourisme de masse.
Les sites repris ici représentent une petite sélection, mais Internet est un monde en soi qu'il ne faut pas hésiter à parcourir. La découverte est déjà à portée de click.
Chantiers, Service civil et service volontaire européen
SCI : www.scibelgium.be
Bureau international de la jeunesse : www.lebij.be
ASF : www. asf belgium.org
Tourisme solidaire et environnemental
www.sensinverse.com
www.toures.be