Macho Blues
Qu'il est dur d'être un homme de nos jours. C'était ainsi depuis la nuit des temps: la femelle élevait les enfants, tenait le foyer, assurait loisir et réconfort. Le mâle défendait famille, honneur et territoire, assurait la subsistance des siens, arbitrait les conflits, prenait les décisions…
Chacun dans son coin était préparé à son rôle respectif dès sa plus tendre enfance. "Plus tard, tu seras un homme mon fils" , s'entendait répéter le petit garçon. Etre un homme, c'était être fort, courageux et responsable: toujours faire face, ne jamais pleurer, ne jamais faillir. Chasseur traquant le fauve féroce, chevalier protégeant sa dame du fil de son épée, aventurier affrontant jungles et océans au péril de sa vie ou chef d'entreprise se hissant aux sommets de Wall Street — les héros défilaient dans la tête de l'enfant, traçant la voie de son devoir de mâle dont il ne devrait pas s'écarter. Et malheur aux vaincus, aux perdants. Mauviettes, femmelettes, poules mouillées, fiottes… Pères, copains, filles, tout le monde se rirait d'eux. Les rôles de chacun étaient bien établis et personne n'y trouvait à redire.
Puis insidieusement, petit à petit, les femmes ont commencé par vouloir quitter leur foyer pour travailler, puis voter. Elles ont ensuite voulu faire des études et enfin, dans tous les secteurs, s'élever dans la hiérarchie. Aujourd'hui, y en a même qui veulent devenir Présidente de la République! Comble du comble, elles veulent avoir droit au même traitement que les hommes. Et tout cela en continuant d'être des femmes (jusqu'au bout des seins, aurait ajouté ce grand féministe de Michel Sardou), mères aimantes et amantes accomplies. En 30 ans, la femme a sauté les barrières, crevé les plafonds et brûlé les étapes. Elle a muté, multipliant les rôles, conquérant les responsabilités, occupant les terrains. Pendant ce temps, l'homme est resté sur place. Tout est allé trop vite pour lui, il a à peine eu le temps de s'en rendre compte, mais pas celui de s'adapter. Et voilà maintenant qu'on demande à ce monolithe de force et de fierté, coincé dans l'armure de sa virilité, de devenir lui aussi un mutant multitâches, sachant être à la fois pragmatique et à l'écoute, protecteur et sensible, courageux et humble. Tel Batman entre les griffes de Catwoman, notre super mâle se sent perdu, inutile, hors du coup, castré. Les héros sont fatigués. Distancé par Supergirl, Superman s'est essoufflé. Il a besoin de s'inventer de nouveaux rôles. Un jour, il faudra qu'il admette qu'il ne peut pas sauver le monde à tous les coups, mais ça va prendre du temps.
Tombe l'armure, Marcel!
En 30 ans, la femme a fait sa révolution. Celle de l'homme se fait semble-t-il attendre. Assumant de plus en plus de postures et de rôles traditionnellement dévolus aux hommes, la femme avait tout à gagner dans son émancipation, en termes d'image, de condition, de pouvoir, pour affirmer son indépendance et enfin toiser l'homme d'égale à égal. Faut-il comprendre que, dans cette guerre des sexes pour l'égalité, les femmes seraient en train de l'emporter, condamnant les hommes à rentrer chez maman la queue basse? Du calme les mecs. On est très loin du champ de bataille où une armée d'amazones en furie voudraient s'en prendre à vos bijoux de famille.
Il n'est pas question de guerre. Le fait que la moitié de la population mondiale réclame liberté d'action et traitement égal n'est ni illégitime ni agressif. Ensuite, on ne vous demande ni de vous maquiller ni d'échanger votre garde-robe avec celle de votre sœur. Il n'est pas question de vous émasculer, les filles tiennent à vos attributs au moins autant que vous, mais la dresser au vent comme unique porte-drapeau identitaire peut sembler de plus en plus grotesque. Il est clair également que l'armure de virilité dont on continue à vouloir affubler les garçons est un fardeau de plus en plus lourd.
Progressivement, le rigide monolithe semble se fissurer, lentement mais sûrement. D'abord sous les exigences des femmes qui commencent à se lasser des machos à la fierté mâle placée, mais également sous l'influence d'une communauté gay de plus en visible dans les médias, dans la mode et dans la société. Plus flexibles et moins chatouilleux sur leur sacro-sainte virilité, les gays n'ont pas les complexes des hétéros. Ils ne craignent pas l'émasculation parce que pour eux, être un homme n'est pas qu'une question d'en avoir ou pas.
Cyril, étudiant en interprétariat à Bruxelles, ne fait pas mystère de ses préférences sexuelles. Grand, large, sportif, arborant une barbe bien taillée, on est très loin du cliché du coiffeur efféminé. "Les gens sont quand même toujours un peu surpris quand je leur dit que j'ai un copain. J'aurais jamais cru, me disent-ils parfois. Ce sont surtout les mecs qui ont l'air gêné, comme si le fait de ne pas m'avoir soupçonné et le fait que je l'assume leur renvoyait leurs préjugés en pleine face. Certaines filles ont parfois l'air déçu", dit-il avec un sourire goguenard. Il avoue ne pas vraiment se retrouver dans les stéréotypes masculin-féminin qu'on expose à longueur de magazines. Pas question pour autant de se reconnaître dans un utopique troisième sexe ou de tendre à l'androgynie. " J'aime bien les folles, leur légèreté, leur autodérision, leur coté langue de pute aussi parfois. De par leur look, j'envie aussi leur façon d'accepter ce qu'ils sont et d'assumer d'une façon beaucoup plus décontractée que moi. Mais leur superficialité m'agace aussi dans cette façon qu'ils ont de ressembler à des caricatures de femmes. Les femmes, je ne les regarde forcément pas comme les hétéros. Leurs différences me frappent moins" , reconnaît-il. " J'ai avec elles des rapports amicaux et complices, sans ambiguïté sexuelle. Je me sens aussi très étranger à l'image qu'on donne des mecs: le foot, la bagnole, les filles... Mais attention, prévient-il , je fais beaucoup de sport, j'aime les beaux objets et ma vie sexuelle est bien plus active que celle de beaucoup de mes amis hétéros."
Über contre Métro
Surfant sur cette vague de follitude, certains mâles à la pointe de la tendance et de la séduction n'ont pas hésité à troquer leur vieille eau de Cologne contre une crème de jour et leur soirée foot-bière-pizza pour un triptyque fitness-banc solaire-barre protéinée. Cette espèce mâle d'un genre nouveau est sortie des pages des magazines dans les années 90 sous le nom de métrosexuel, de métro pour métropolitain, urbain, et sexuel pour le coté séduction. Ils ont pour égéries David Beckham, Robbie Williams, Frédéric Michalak, ou n'importe quel mannequin de papier glacé. Les femmes ont vite craqué pour leurs impeccables tablettes de chocolat, leur goût irréprochable en matière d'habillement et leur capacité à conjuguer séduction avec épilation. Par la suite, elles se sont vite rendu compte que, très préoccupés par leur propre apparence, les métrosexuels étaient surtout excités par eux-mêmes. Ni hétéro ni homo, le métro serait avant tout autosexuel! Cocktail artificiel et insipide du pire des deux sexes, obsédé par sa propre perfection, il est vaniteux, superficiel, intolérant et méprisant avec tous ceux ou celles qui n'auraient pas la même exigence pour eux-mêmes. Enfin, à force de gonflette et de testostérone, même leur entrejambe semble siliconée.
Foin d'artifices, un nouveau modèle est apparu, plus authentique, plus brut, plus proche des origines. Un mâle à l'ancienne, mais adapté aux exigences de la femme du 21 ème siècle. Répondant au doux nom d' übersexuel (über, c'est la façon allemande de dire super), cet homme d'un âge nouveau semble enfin être le mutant que la femme moderne attendait. Gueule de macho aux manières de gentleman, nounours au corps de brute, l'übersexuel est donc un homme qui sait tout faire: rester viril tout en prenant soin de sa femme et de ses enfants. Incarnés par des stars comme George Clooney, Brad Pitt, Daniel Craig ou Guy Ritchie (à qui le succès de sa madone superstar ne semble pas filer de complexe), ils ont réussi leur vie professionnelle, s'occupent de leurs enfants, admirent les femmes au point d'accepter qu'elles soient au devant de la scène ou même qu'elles gagnent plus d'argent qu'eux. Car c'est finalement ça qu'une femme attend de son homme: être aimée, protégée, désirée et respectée. Cela ne va évidemment pas toujours de soi et, les femmes étant ce qu'elles sont, peut prendre des tours contradictoires…
Les conseils avisés de deux dragueurs invétérés
Il a beau être devenu moderne, il n'est reste pas moins homme. Et trois décennies d'évolution ne changeront rien à ses instincts primaux (voire primaires). Depuis toujours, le mâle angoisse au sujet de sa virilité, de son pouvoir de séduction, qui pour certains se définit à l'aune de son tableau de chasse. Portrait et conseils de deux dragueurs invétérés, dont l'un a décroché, foudroyé par l'Amoûûûr. Car il n'y a finalement rien de plus pitoyable qu'un vieux beau accro à la drague dure.
S'il est louable de vouloir se montrer compréhensif et à l'écoute du beau sexe, cela ne garantit pas le succès, fût-il d'estime, dans l'art délicat de la séduction. En matière de drague, le retour à certaines bonnes vieilles méthodes à la limite de la goujaterie, voire franchement misogynes, peuvent se révéler payantes.
Explication avec Spike, séducteur sans foi ni loi et multirécidiviste qui dispense ses conseils sur son blog et lors de cours particuliers payants. En préambule, sachez que "la connaissance des femmes s'apprend sur le champ de bataille, et non pas à la maison avec bobonne. Les mecs qui connaissant le mieux les femmes sont ceux qui les pratiquent, et souvent les dragueurs expérimentés ont une pointe de misogynie dans leur caractère." Vous voilà donc prévenus.
Spike: "Plus vous visez haut, plus vous avez de réussite"
"Avoir trop de respect pour les femmes est une erreur et une preuve d'inexpérience. Les hommes qui sacralisent la Femme sont non seulement assez inefficaces, mais également souvent déconsidérés sur la durée. Je ne dis pas qu'il faut mépriser les femmes" ajoute-t-il. "Juste ne pas attendre trop d'elles. Qui attend trop des autres est toujours déçu. En plus, ça permet de les aborder l'esprit léger et sans retenue, sans pression. Rien ne rassure plus une femme qu'un homme qui maîtrise son sujet, même si ce n'est qu'une illusion. Souvent le dragueur appréhende la drague d'une très belle femme, pensant qu'elle va être plus dure à avoir. C'est souvent faux, j'ai plus souvent pris de râteaux avec des femmes moyennes voire limite boudins. La moche, souvent, sent qu'on se moque d'elle quand on la drague ou simplement, ne se faisant jamais draguer et se prenant elle-même régulièrement des râteaux, elle en profitera pour se venger. Moralité, visez haut, vous aurez plus de réussite, et en cas d'échec, moins de flippe."
François est étudiant en publicité à Bruxelles. Il est également photographe lors des soirées et autres évènements branchés de la capitale, ce qui en fait un spectateur et souvent acteur privilégié de la vie nocturne, théâtre du grand jeu de la séduction. "Premièrement, pour une fille, le facteur beauté dure 10 minutes. Encore moins si elle a un peu bu. Donc si la forme peut aider à aborder une nana, après il faut amener du contenu. L'aura, ce que tu dégages, le charme et l'humour sont bien plus importants."
François: "Les soirées gay!"
Un tuyau inattendu pour faire des rencontres: "Les soirées gay. Les nanas sont désespérées. Elles y vont avec des potes gay pour s'amuser sans se faire emmerder, mais finalement, le fait que personne ne les regarde finit par les vexer. Un sourire charmeur, un cocktail au bar et t'es leur sauveur. Il faut voir ensuite avec quel genre de fille t'as envie de passer la soirée. Ca sonne peut-être un peu réducteur, mais tu as soit la bimbo bébête qui n'a que sa plastique comme argument de vente et qui va se contenter d'être très jolie, et peut-être très chaude à ton bras, pendant que tu lui payeras des verres toute la soirée (prépare ton porte-monnaie!), soit la belle avec un cerveau, jolie, d'accord, mais aussi intelligente, et elle tient à le faire savoir. Fière et indépendante, elle se fera un point d'honneur à refuser de se faire inviter. Si elle accepte, c'est que tu as déjà marqué un point."
La nuit avance, les verres se vident et les choses sérieuses s'annoncent. "Certaines filles sont excitées par l'interdit: aller faire un tour aux toilettes, au vu et su de tous, ou bien le fait que tu sois déjà avec quelqu'un. Personnellement, je ne suis pas très fan des toilettes, ce n'est ni très intime ni très confortable, admet-il. Au lit, on peut prendre son temps. Et ça tombe bien parce que les filles adorent les prélimininaires. Si chaque femme est différente à propos de ses zones érogènes et de la façon dont elle a envie qu'on la tripote, on a parfois l'impression que c'est plus important que le reste. Ça les excite énormément. Autre constante, elles aiment se faire dominer sexuellement, se faire choper parfois brutalement." Voire par exemple le cours d'éducation sexuelle entre Cécile de France et Romain Duris dans l'Auberge Espagnole . "Mais attention! Faut pas y aller comme un bourrin, au risque de te faire jeter! Ce qui est important pour elles, c'est de savoir que tu sais ce que tu fais, que tu prends le contrôle et qu'elles peuvent se donner en toute confiance."
Tout ça semble bien futile à François depuis qu'il est tombé il y a plus d'un an sous la patte d'une panthère brésilienne. "Lever des nanas, c'est vraiment un truc d'adolescent. C'est bien pour apprendre et prendre de l'expérience et de la confiance en soi. Après, t'as envie d'autre chose. Si passé 25 ans, t'en es toujours à avoir besoin de t'en taper trois par soir en te la racontant, ça la fout mal. C'est que t'as besoin de te rassurer et que tu ferais bien de te faire soigner. Dans une relation, tu te rends compte à quel point on ne pourrait pas être plus différent qu'un homme et une femme. Elles font attention à ce qui nous semble des détails sans importance, comme la façon dont tu garnis ton frigo. J'en ai même qui, le premier soir, ont passé en revue ma garde-robe. Elles peuvent se prendre la tête et se faire des films avec une facilité déconcertante et péter un câble pour un mot de travers. Quand elles sont préoccupées, y a plus rien d'autre qui compte que leur petit problème et dans ces cas là, il faut que tu les écoutes et que tu les comprennes à demi-mot".
Quelques sites et lecture
Le blog de Spike: www.spikeseduction.com
Une bouffée de superficialité sur www.lemetrosexuel.com
La résistible ascension d'un métrosexuel: Glamorama de Brett Easton Ellis
(AG)