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29/05/2007

Rose overdose

Hommes, femmes, mode d'emploi d'une réaction chimique explosive entre deux êtres, l'une supposée venir de Vénus, l'autre de Mars, et que toujours on oppose.

Depuis notre plus jeune âge, nous évoluons chacun dans des univers bien balisés, entre Barbie et Power Ranger, la princesse murée dans sa tour et le chevalier lancé sur son fidèle destrier. Pour les uns, ce serait ballon et baston, conquête et braguette; pour les autres, maquillage et babillages, marmite et marmots. Des psychologues aux neurologues en passant par les sociologues, sexologues et autres ogues en tout genre, la planète scientifique s'étripe pour savoir si le sexe est biologique ou socioculturel. Il n'empêche que, malgré la révolution sexuelle, l'émancipation féminine, la contraception et le mariage homo, les clichés ont plus que jamais la vie dure. Petit tour des préjugés en vigueur parmi les peuples de Mars et de Vénus.

Alors que les hommes se terrent dans leur caverne pour régler leurs problèmes en solitaire, ces dames , forcément bavardes, préfèrent déblatérer sur leurs malheurs entre copines. Autre différence, les femmes, plus sentimentales, accordent une moindre importance que les hommes au matériel. Question cadeaux, pas la peine de se casser la tête, ni la tirelire d'ailleurs, c'est l'intention qui compte en quelque sorte. Et moi qui croyais que la femme était vénale…

Elle est par contre douée pour la diplomatie: depuis le temps qu'elle arrive à persuader sa moitié que la taille n'a pas d'importance… A l'inverse des hommes, qui aiment la compétition, la réussite et où le désir de vaincre prend le pas sur les sentiments , le système de valeurs des femmes est fondé sur l'amour, la communication, la beauté et les rapports humains. La plupart des femmes passent beaucoup de temps à s'entraider, à se soutenir et à s'entourer d'affection. Cette ambiance des plus fraternelles semble plus proche de Canary Bay, où les filles s'aimaient en secret, que les crêpages de chignons qui font l'ordinaire des shows de télé-réalité à la Koh Lanta ou à la Star Ac'.

Pour finir, normal que les mecs ne comprennent pas les gonzesses: Alors que les mâles sont stables et d'humeur égale, les femelles fonctionnent de façon cyclique , esclaves de leurs glandes et de la Lune sans doute. Tout au long de son livre Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus, John Gray (qui se défend d'être machiste, ah bon?), psy à la sauce ketchup ayant obtenu son diplôme dans une obscure université par correspondance, suit une logique lourdingue qui fait de l'homme et de la femme deux peuples venant de planètes différentes. Il égrène, page après page, clichés et raccourcis sexistes semblant aller de soi. Sorte de mythe d'Oedipe génération popcorn , son mode d'emploi ultra simpliste de la différence de genre fait évidemment un carton mondial. Traduit en une vingtaine de langues, son chef-d'œuvre a ensuite été décliné sur le mode de la rencontre, de la réconciliation, sous la couette ou au travail, pour se clôturer en apothéose sur Les enfants viennent du Paradis.

Il y a au moins une chose à faire avec cette psychologie de bac à sable: s'en amuser, comme la journaliste américaine Amy Sutherland du New York Times qui a mis au point une méthode de dressage inspirée de son article sur l'entraînement des animaux marins. Croyez-le, ça marche aussi sur les hommes contrariants, distraits et peu dociles. Le concept? "Récompenser les comportements que j'apprécie et ignorer ceux que je n'aime pas. Après tout, tu n'obtiens pas d'une otarie de faire tenir une balle au bout de son museau en étant acariâtre. C'est pareil pour un mari américain." La pratique? À la sempiternelle question "T'as pas vu mes clés?" , continuez vos activités sans commentaire , et attendez qu'il les retrouve seul sans l'aider, ni le blâmer. Ne pas oublier: "Ce n'est jamais la faute de l'animal" . Si votre approche ne fonctionne pas, trouvez-en une autre en vous rappelant que votre attitude peut aussi être en cause, et que certains comportements trop instinctifs ne peuvent pas être domptés.

Il était une fois une princesse

Pour mieux le comprendre, nous avons tous besoin, filles comme garçons, de simplifier le monde qui nous entoure pour le décoder, le comprendre. Les stéréotypes, c'est pratique, tant qu'on ne les prend pas pour argent comptant, comme des vérités absolues.  

Plutôt que des docteurs douteux, nous avons demandé son avis à Alice, étudiante en graphisme et fine observatrice des rapports homme-femme . Pour elle, pas besoin d'aller voir sur des planètes, il suffit de retourner feuilleter les contes de fées de notre enfance. Ils décrivent, d'une façon symbolique et merveilleuse, les grandes étapes de la vie par lesquelles les filles et les garçons doivent passer pour devenir adultes. La Belle au Bois Dormant saigne en se piquant sur une aiguille (la symbolique des premières règles est évidente) et entre dans une période de latence (sexuelle) à laquelle le baiser du prince mettra fin. Le Petit Poucet raconte l'histoire du petit garçon chétif qui, affrontant ses peurs et ses pulsions (la faim qui le tenaille), utilise son intelligence pour vaincre l'ogre (symbole de l'autorité tyrannique du père) et gagner sa liberté. « Si on schématise, les filles sont des princesses et les garçons sont des héros» , nous explique Alice. « La princesse attend son prince charmant qui va la délivrer de sa tour ou de son sommeil. Mais même habillée de guenilles, Cendrillon sait qu'elle est une princesse. Elle n'a pas besoin du prince pour exister. Tel le crapaud qui attend d'être embrassé par une princesse pour se changer en prince, le garçon par contre, dans le rôle du héros, a besoin de se mirer dans les yeux de sa belle pour exister.» Simone de Beauvoir disait: « On ne naît pas femme, on le devient» . « Alors que les garçons naissent avec un zizi visible» , poursuit Alice,  nous les filles, on passe notre enfance avec une poitrine toute plate et une drôle de fente, un peu comme si on n'avait pas de sexe. Et puis vers 10-12 ans, la poitrine commence à se former, les poils à pousser et soudain ton sexe devient visible au regard des autres. Après, tu te mets à saigner, et, alors que tu es encore une enfant dans ta tête, on te dit que tu es une femme maintenant et que tu peux avoir des bébés. Je te raconte pas le choc! Après une enfance très silencieuse, ton corps se met tout d'un coup à faire vachement de bruit. Moi, comme je trouvais ce nouveau bruit insupportable et que je ne gérais pas ces regards concupiscents braqués sur moi, je me suis déguisée en cactus pour qu'on ne m'approche pas. Forcément avec ça, les filles sont matures plus vite que les mecs.»

«Les mecs ont un autre problème, nous dit Alice, ce sont des héros avec un pénis en guise d'étendard. Etre un héros, ça demande du courage, de la force, de la brutalité. Dès qu'ils en manquent, on les traite de petit zizi. Le problème , nous dit-elle, c'est qu'un des défauts les plus courants des hommes est bien la lâcheté. Ils ont terriblement de mal à reconnaître leurs torts. Comme s'ils se devaient d'être infaillibles. Ils ont tellement peur de ne plus être le héros de leur princesse qu'ils préfèrent fuir, le plus souvent dans les bras d'une autre, à la recherche d'une autre princesse. Moi, j'aime les hommes qui sont capable d'admettre qu'ils ne gèrent plus. Qui sont capable de dire à leur femme ‘prend soin de moi'.»

Au Moyen-Âge, l'Eglise reconnaissait trois rôles à la femme: la Vierge, la mère ou la prostituée. Au fil des âges, entre "anges du foyer", "repos du guerrier" et "mères courage", les femmes ont réussi à se forger d'autres rôles, de la femme fatale à la femme d'affaire. Aujourd'hui, elles jonglent entre le boulot, le mari, les enfants et les copains.   «On change de masque comme de sac à main. On est complètement schizo à coté des hommes. Ils semblent si monolithiques. On devrait être plus tolérantes, ils doivent être complètement perdus parfois», concède Alice dans un sourire.  


Salaire: Un homme vaut 15% de plus qu'un femme

A travail égal, salaire égal: la philosophie est inattaquable. Malheureusement, la théorie est bien loin de la pratique, comme le confirme le rapport annuel sur l'écart salarial en Belgique publié par l'Institut Fédéral pour l'égalité entre hommes et femmes. Il y a en moyenne une différence salariale de 15%.

Cette différence est concrète: elle vaut en moyenne 414 euros brut par mois. Et ça ne s'arrange pas quand on grimpe dans la hiérarchie: les cadres masculins gagnent 22% de plus que leurs collègues féminines. Et quand les femmes se retrouvent à la tête d'une entreprise, ce qui n'est guère courant, elles gagnent en moyenne 34% de moins qu'un homme.

Les raisons de ces écarts sont connues; elles sont d'abord familiales et professionnelles. Ainsi, le travail à temps partiel concerne principalement les femmes, qui sont ensuite freinées dans la progression de leur carrière. Les femmes sont aussi plus nombreuses à travailler dans des secteurs moins bien payés, l'enseignement ou le secteur social par exemple. L'état civil, la présence ou non d'enfant, qui limite souvent leurs possibilités de promotions, influencent aussi le salaire des femmes. Mais plus étonnant encore: 54% des différences salariales ne reposent sur aucune explication.

Alexandra, diplôme de relations publiques en poche, vient de se faire engager dans une multinationale. «A expérience et niveau égaux, je touche 80% du salaire et des avantages de mes collègues masculins. Je travaille dans un milieu très macho. Il n'y a que des hommes au-dessus de moi et il n'y a rien de pire que des hommes entre eux. En tant que femme, tu ne peux pas te permettre le moindre faux pas, parce que tu sais qu'on ne te passera rien. La vie apprend à une femme à s'en manger dans la gueule, mais tu dois être carrossée comme une machine de guerre: tu dois être impeccable physiquement (une jupe un peu courte, un décolleté un peu plongeant ou un brushing négligé, les réflexions fusent), avoir du répondant, une bonne dose d'humour et être blindée moralement, parce qu'il ne s'agit pas de te mettre à pleurer devant ton boss. Tu perdrais toute crédibilité» . Cette exigence bien plus élevée pour les femmes explique un syndrome ‘Margaret Thatcher': «Pour arriver au sommet, certaines se sont tellement battues qu'elles se sont endurcies au point de devenir pires que des mecs» . Alexandra reste malgré tout lucide: «Je ne vais pas faire la victime, j'ai été recrutée sur mes capacités, mais pour un job de relations publiques, ça ne gâche rien d'être une jolie fille qui présente bien. Être une femme peut aussi être très agréable ,   reconnaît Alexandra, le fait de s'amuser avec sa féminité, s'habiller, se faire belle et voir qu'on se retourne sur ton passage, ou savoir que tu peux parfaitement monter ta garde-robe IKEA toute seule, mais que tu peux tout aussi bien laisser ton mec jouer les héros pour sa princesse adorée.»

Arnaud Grisard

Filles et sciences: Le grand désamour

Parmi les étudiants qui s'inscrivent pour la première fois à l'université, on compte un peu plus de filles que de garçons (54% contre 46%).

Alors qu'elles représentent plus de 60% des inscrits dans les domaines des sciences médicale et psycho éducatives (68% en médecine, 75% en psycho), cette proportion se renverse radicalement dans les filières scientifiques: elles sont 12% en Informatique et 17% espèrent devenir ingénieurs.

Au sein de l'École de Commerce Solvay, les filles ne constituent que 34% de la population. Si l'on comptabilise dans la faculté des Sciences la section d'Informatique, la part de filles en 1 ère candidature dans cette faculté tombe à 28%.

Une première explication tient au fait que les élèves du secondaire n'arrivent pas à l'université tous porteurs de la même formation. L'importance des mathématiques dans les filières universitaires scientifiques va jouer un rôle de filtre a priori: rarissimes sont les élèves sortis de maths faibles et rares ceux de maths moyennes qui tentent leur chance dans les filières scientifiques .

Par la suite, tandis que l'écrasante majorité des garçons sortis des options «maths fortes» du secondaire se dirige vers les Sciences (72%), les filles en revanche se dispersent: 34% à peine s'inscrivent dans les facultés scientifiques , mais autant se dirigent vers les disciplines de la Santé (médecine, pharmacie, kiné, psychologie) et autant vers le droit et les sciences humaines.

Les entretiens qualitatifs menés lors de l'enquête montrent que les différences de motivation sont autant sexuées que socioculturelles. Les garçons optent pour les filières qui, à leurs yeux et à ceux de leur famille, offrent des «emplois rémunérateurs» mais aussi du «prestige» (École de Commerce, Sciences appliquées). Les filles de maths fortes des milieux favorisés font tendanciellement ce même choix.

Néanmoins, les filles en général s'éloignent des filières scientifiques parce que le calcul de la perspective de carrière professionnelle a pour elles moins d'importance (36% des filles évoquent les débouchés contre 53% des garçons, et 28% la rémunération contre 45%). Leur motivation est souvent «le souci d'être utile aux autres», en particulier via le droit, la psychologie (70% contre 58% aux garçons). On note parfois une motivation négative: le refus de l'image masculine du métier de cadre tel que vécu au sein de la famille.

Certains mécanismes conduisent à limiter l'orientation scientifique des filles dès le secondaire : les familles à haut niveau socioculturel , étant déjà passées par l'université et connaissant le système, accordent une grande importance au double choix d'une bonne école secondaire et d'une orientation «maths fortes» . À l'inverse, les élèves des familles plus modestes , sans expérience universitaire accumulée, méconnaissent les enjeux de l'orienta tion précoce . Des témoignages montrent même que parfois le choix d'une option «maths faibles» permet, à leurs yeux, d'obtenir la formation la plus ouverte possible grâce à la multiplication de petits cours et d'éviter le risque d'une formation jugée trop spécifique comme les «maths fortes»…

La présence enracinée des clichés dans le corps enseignant   est également à pointer du doigt. Beaucoup de professeurs du secondaire, femmes y compris, perpétuent des modèles ancestraux de division sexuelle du travail. Les études littéraires sont souvent présentées comme une activité «typiquement féminine», et les métiers d'ingénieurs comme «masculins». Les professeurs de mathématiques préparent de longue date leurs meilleurs élèves à présenter l'examen d'entrée en Sciences Appliquées, mais y destinent en particulier les garçons (symptomatiquement, ils l'appellent très souvent « Polytech » par référence au corps militaire d'origine exclusivement masculin).

Source: Etude Newtonia , réalisée en 2001-2002 par le Centre de Sociologie du Travail, de l'Emploi et de la Formation de l'Université Libre de Bruxelles sous la direction de Mateo Alaluf et Pierre Marage


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