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31/03/2008

Couchsurfing: Evasion canapé

Pour partir en vacances sans trop vous ruiner, oubliez les plans sous tente au milieu d’une colonie d’Hollandais migrateurs posée avec caravanes et frigos box à 20 minutes de stop de la Côte d’Azur.

Refusez poliment l’invitation de vos parents si prévenants qui insistent pour que vous veniez passez l’été dans le gîte qu’ils ont loué dans le Cantal. On a beaucoup mieux à vous proposer que l’appart avec vue sur centre commercial que la grand-mère de machin d’en face lui prête à Benidorm. Que diriez vous de faire un voyage qu’aucun tour opérateur ne pourra vous proposer, voyageant de ville en ville, en prenant les chemins de traverse, vous laissant guider au jour le jour par les recommandations de vos hôtes consécutifs? Faites-leur confiance, cet été, c’est l’évasion canapé!

«Ce soir c’est une Canadienne qui arrive» , me dit Fred, déjà excité de sa future rencontre. La semaine prochaine, c’est un couple d’Allemands qui viennent pour trois jours, la semaine dernière c’était un Australien et le mois d’avant, il avait ouvert son appartement à une Italienne pour cinq jours. Et ça s’enchaîne comme ça depuis des mois. «Je ne compte même plus combien j’en ai eu», admet-il en fronçant les sourcils. Que ses voisins se rassurent, Fred n’est pas un gourou de secte apocalyptique, pas plus que chef d’un réseau terroriste. Il ne tient pas un hôtel de passe et ne fait pas de contrebande Tupperware.

S’ils allumaient leur PC au lieu de se vautrer devant leur télé, les couch potatoes de son immeuble devineraient sans doute que Fred, 24 ans, étudiant en histoire à l’ULB, est couchsurfeur. Couche quoi? Ce phénomène qui nous vient, of course, des États-Unis, se propage sur le réseau plus vite que les photos de la dernière cuite de Britney Spears. Son principe est très simple: il consiste à voyager en logeant chez l’habitant. Pas en poussant les portes au hasard, mais grâce à des rencontres et des échanges faits au préalable sur Internet. Loïc, jeune électronicien de l’UCL, avait déjà bourlingué pas mal, notamment au Brésil et au Japon: «Je trouvais que le plus cher dans les voyages, c’était principalement le logement. Et je trouvais ça con parce que je connaissais plein de gens, dont moi, qui auraient été prêts à accueillir des gens chez eux pour une, deux, trois nuits. Ça coûterait beaucoup moins cher pour voyager et en plus, ça occasionnerait de chouettes contacts. J’ai parlé de ça sur un chat avec un pote anglais qui s’est un peu foutu de moi en me demandant si je ne venais pas d’inventer l’eau chaude. Il m’a dit que non seulement ça existait depuis longtemps, mais qu’en plus ça, il y avait un site www.couchsurfing.com qui y était entièrement consacré.»

Selon la légende, le fondateur du site, Casey Fenton, est parti en Islande pour un long week-end d'avril avec un billet à bon marché. Arrivé sur place, il n'avait aucune envie de croupir tout le week-end dans un hôtel à jouer à Mr Le Touriste. Alors, Internet aidant, il s’est permis de spammer plus de 1500 étudiants islandais à Reykjavik pour leur demander s'il pourrait occuper le canapé de l'un d'entre eux. Un bon nombre d'étudiants lui répondirent puis plusieurs amis lui proposèrent d'aller lui montrer "leur" Reykjavik. Alors, après avoir passé un inattendu week-end de folie juste au Sud du Cercle Arctique, Casey prit la résolution de ne plus jamais se faire piéger dans un hôtel ou dans un marathon touristique lorsqu'il voyagerait. A partir de ce moment, il ne s'agissait plus que d'occuper des canapés exotiques et de faire des échanges culturels. Ainsi naquit le Projet Couchsurfing.

Yamina, étudiante en droit à Bruxelles, a découvert le couchsurfing en juin 2006. «Quand j’ai découvert le site, j’ai tout de suite accroché au projet, mais comme j’étais en plein blocus, c’était pas le moment de me créer un profil… Je me suis inscrit en septembre et trois semaines plus tard, j’accueillais mon premier couchsurfeur, un Londonien qui voulait changer de vie et qui hésitait entre Paris et Bruxelles. Il voulait donc passer quelque temps dans chaque ville pour voir les choses de l’intérieur et avoir un autre regard que celui du touriste moyen. Et pour ça, y a pas mieux que le couchsurfing.»

Le monde est un village

Copinages et commérages à travers la planète. Utopie du village global ou avènement de l’e-concierge?

Couchsurfing fonctionne un peu comme les sites de réseautage comme MySpace. Tu te crées un profil, tu renseignes où tu habites, ce que tu aimes, ce que tu fais, le nom de ton hamster ou ta passion pour le tuba… et quelques photos. Tu n’oublie pas de dire si tu peux accueillir des gens chez toi et où tu veux voyager, et c’est parti. Loïc s’est inscrit en juillet 2006. «Dans les quatre jours, je recevais le mail d’un Australien qui voulait débarquer chez moi. J’ai accueilli plusieurs couchsurfeurs pendant l’été et en septembre, ça a été mon tour de partir en vacances. Je suis allé à Stockholm pour une semaine, j’ai d’abord atterri 3 jours chez un Australien qui accueillait déjà deux autres personnes dans un tout petit kot. Il ne me restait plus qu’à dormir dans le commu. Ce qui m’a valu d’être réveillé à 6h du mat’ par un Japonais qui se demandait ce que je foutais là. Ensuite, j’ai passé le reste du séjour chez un Italien qui avait, par contre, un appart très confortable.»

Comme d’autres sites communautaires, de MySpace à Facebook, en passant par le très médiatisé Second Life, CouchSurfing.com, participe complètement à cette philosophie du village global prophétisé il y a trente ans par le philosophe McLuhan. «C’est vrai, admet Loïc, si ce n’est qu’à la différence de Second Life, le net n'est pas un but en soi, c’est juste un moyen technologique de mettre les gens en contact pour leur permettre de se rencontrer et de vivre des expérience réelle, en face à face, très concrètement. Quand j’ai vu ça la première fois, je me suis dit "c’est génial, mais c’est complètement utopiste. Ça ne marchera jamais" Et bien si, ça marche.» Selon les stats du site, il y a aujourd’hui un peu plus de 400.000 membres dans 223 pays (jusqu’en Antarctique!), «dont au moins 250.000 sont actifs, précise Yamina, c’est l’équivalent d’une ville moyenne. Et dans une ville moyenne il s’en passe des choses…»

Selon la littérature du site: «CouchSurfing ne repose en rien sur l'aspect matériel de nos vies ni dans le fait de trouver un endroit gratuit où se poser mais avant tout sur la participation de tout un chacun dans le but d'atteindre la mission fixée: créer un monde meilleur un canapé à la fois! Nous oeuvrons à rendre ce monde meilleur en ouvrant nos maisons, nos cœurs et nos vies. Nous créons des connexions profondes et pleines de sens, qui traversent les océans, les continents et les cultures. CouchSurfing veut changer non seulement notre manière de voyager, mais surtout notre façon de vivre dans ce monde!» Vous avez dit utopiste?

Yamina est ce qu’on appelle dans le jargon du Couchsurfing une "ambassadrice". En tant que couchsurfeuse expérimentée, elle accueille les nouveaux et donne des conseils. «Le couchsurfing repose sur des réseaux de personnes qui se font confiance: "je viens chez toi ou je t’accueille chez moi parce que tu connais telles et telles personnes, qui ont dit telles choses sur toi et qui elles-mêmes connaissent telles personnes…" Quand tu pars quelque part où que tu accueilles un couchsurfeur chez toi, les personnes que tu rencontres laisseront une appréciation sur toi, et toi tu posteras sur leur profil ton appréciation de ta rencontre avec eux.» Comme j’ai pu le constater sur le site, les appréciations sont quasi exclusivement positives. Une référence négative a donc d’autant plus de poids… «Sur Couchsurfing.com, le monde est vraiment un village, les nouvelles vont très vite. On a très vite une réputation. Il y a donc des règles dans l’écriture des références qu’on fait sur une personne, on ne peut pas par exemple calomnier quelqu’un ou être insultant dans ses commentaires. Un bon plan pour avoir des références, glaner des conseils et des expériences, nouer des contacts, est de participer aux 'meetings' d’accueil des nouveaux qui se tiennent une fois par mois, conseille Yamina. A partir de là, plein de portes s’ouvrent à toi parce que tu es déjà intégré à une communauté près de chez toi.»

Si loin, si proche

«Un des effets inattendus du couchsurfing est que tu rencontres énormément de gens en Belgique même, s’étonne-t-elle. Je me retrouve à découvrir ma ville et mon propre pays! On fait des meetings à Liège, Anvers ou Bruges. Y a des gens des Pays-bas, de France, d’Allemagne qui font le voyage, le tout mêlés aux couchsurfeurs de passages. Et puis c’est l’occasion de rencontrer des couchsurfeurs du Nord du pays. Avant le couchsurfing, je n’avais pas d’amis flamands. Je ne connaissais pas non plus la communauté d’expats de Bruxelles… Alors que je suis quelqu’un d’hyper sociable et que j’avais déjà un bon cercle d’amis, quand je regarde mon carnet d’adresses aujourd’hui, je peux dire qu’avant, j’avais rien! En plus avec les potes du couchsurfing, c’est vraiment une autre ambiance. On se fait parfois des plans à l’arrache. Pas loin mais on se fait un week-end improvisé. Le dernier, c’était à Lyon pour la Fête des Lumières. A quatre dans une bagnole et hop!»

Belgrade Express

Partir en couchsurfing, c’est laisser la porte ouverte à l’inattendu, à la surprise d’une rencontre ou au stress de l’inconnu qui pimentent le voyage.

Yamina est entre autres partie en Croatie grâce au couchsurfing. Alors qu’elle avait prévu de se limiter à la république la plus touristique des Balkans, les surprises et les rencontres du voyage ont fait qu’elle s’est retrouvée à faire un trip à travers l’ex-Yougoslavie, passant par Sarajevo et Belgrade. «La première nuit à Zagreb, j’ai rencontré des filles de Belgrade qui logeaient chez la même personne que moi. Au cours du repas, on a échangé des conseils et des adresses. Elles m’ont dit que je devais voir telles et telles villes et que je devais pousser jusque Belgrade, qu’elles m’accueilleraient chez elles et me montreraient leur ville. Je me suis dit, pourquoi pas. D’autant que les transports en train et en bus sont vraiment pour rien. Cela dit, je ne conseillerais pas le train de nuit Sarajevo-Belgrade à une fille seule. C’est quand même un peu dangereux. Le train était désert et je me suis retrouvée en pleine nuit nez à nez  avec un contrôleur qui m’a paru vraiment super louche. Il avait la cinquantaine. C’est à ce moment là que tu te dis il y a 15 ans, ce mec il était où? Il fait quoi? Quant j’y repense, comme je suis d’origine marocaine, il a dû me prendre pour une musulmane bosniaque, et lui devait être serbe. C’est quand même un pays qui a vécu une guerre atroce il n’y a même pas 15 ans… J’étais contente de trouver une vieille dame dans le wagon d’à coté pour me tenir compagnie. Quand on est une fille et qu’on voyage seule, on a des radars, un véritable instinct du danger. Mais le fait de savoir qu’une fois arrivé à Belgrade, il y avait quelqu’un qui m’attendait, ça m’a vraiment rassuré.»

«En voyage, tu dois toujours être sur le qui-vive, ce qui est assez stressant. Avantage du couchsurfing: tu peux faire la route tout seul, dans un pays étranger et inconns, où les gens ne parlent pas ta langue, et parlent rarement anglais, tu sais que tu laisses derrière toi X chez qui tu as dormi la veille et qu’il y a Y qui t’attend le soir. Et pour peu que ton portable fonctionne, il y toujours un SMS de X qui te demande comment tu vas, si ton voyage se passe bien, si tu es bien arrivé, etc. C’est pour ça qu’il est très important de tout de suite acheter une carte téléphone du pays où on arrive pour permettre aux gens (qui ne sont pas toujours aussi aisés que nous…) de pouvoir communiquer. Ce qui permet d’être au courant de certaines choses, d’échapper à pas mal d’arnaques et quelques plans glauques, surtout quand on est une fille seule…»

(AG)

Les dix commandements du couchsurfing

Si le couchsurfing peut vous sembler être une communauté de babas cool sans prise de tête, il y a tout de même des règles de savoir vivre à respecter, surtout quand on cohabite avec des personnes de différents vécus et de différentes cultures. Il y a aussi des règles de bon sens à respecter quand on voyage à l’étranger.

1) Se donner un peu de mal

Prenez le temps de remplir votre profil, c’est votre carte de visite, et parcourez attentivement ceux de vos hôtes potentiels avant de leur écrire. R egardez leurs références et n’hésitez pas à écrire au précédents surfeurs qui sont passé par chez eux. Écrivez-leur un mail personnalisé plutôt que de spammer à tout vent, vous aurez plus de chance d’avoir une réponse positive, et surtout d’atterrir chez quelqu’un qui vous correspond.

2) S’y prendre à l’avance

A moins d’avoir déjà un carnet d’adresse long comme le bras, planifiez votre voyage un minimum à l’avance. Ça vous laissera le temps de vous renseigner correctement sur la destination et d’échanger un minimum avec vos hôtes potentiels. Le contact sur place n’en sera que meilleur.

3) Respect

«Tu n’es pas chez toi, rappelle Loïc. Tu es hébergé gratuitement par quelqu’un et tu dois respecter sa propriété et ses habitudes. C’est également la contrainte d’avoir quelqu’un chez toi si tu accueilles. Faut se pointer les mains dans les poches en s’attendant à être accueilli comme chez maman. On sort où, où est mon lit, on mange quoi?» Loïc pointe aussi un décalage fréquent: «Alors que toi, tu es en vacances, tu débarque chez quelqu’un qui ne l’est généralement pas. Il ne faut donc pas attendre qu’il soit à ta disposition.»

4) On n’est pas à l’hôtel

«On recherche un échange. Les profils des autres ne sont pas juste des lits potentiels, insiste Yamina. Les gens qui accueillent, surtout si c’est une famille, placent vraiment leur exigence là-dedans. Il est important de voir si on mange ensemble, si on fait une activité le soir ou le lendemain… Et puis il faut penser à prendre un petit cadeau, avoir une histoire pour les enfants…   Si t’es pas là pour échanger un minimum avec l’autre, autant aller à l’hôtel.» En matière d’accueil tout est question de limite à savoir poser et que l’autre ne doit pas dépasser. «La question centrale c’est: "est-ce que je me sens bien avec cette personne chez moi?" On n'est pas payé pour le faire, c’est du bonheur qu’on offre et qu’on échange. Si cet échange n’est pas satisfaisant, autant arrêter.»

5) Discrétion

Soyez aussi discret que possible dans les pays que vous visitez. Certaines cultures peuvent se sentir offensées par des vêtements trop courts ou trop voyants ou des comportements peu discrets. Tâchez de vous comporter et de vous habiller comme les locaux. Ne vous attifez pas comme un arbre de Noël en portant toute votre quincaillerie sur vous. Vous attirerez moins l’attention sur vous et passerez moins visiblement pour les touristes de service, évitant ainsi pas mal d’arnaques, voire de vols ou d’agressions dont les touristes sont souvent l’objet. Pour éviter de jouer le touriste égaré, planifiez et repérez à l’avance où vous devez aller (voir point 2).

6) Faire confiance à son instinct

Si vous vous ne le sentez pas avec quelqu’un ou quelque part, partez sans attendre. Pas la peine de gâcher votre voyage en restant quelque part. Si vous accueillez quelqu’un chez vous et que vous n’êtes pas à l’aise ou pas en confiance, n’hésitez pas à lui demander de partir. Il faut savoir ce qu’on veut, et ne pas hésiter à le dire. Il est donc conseillé d’avoir toujours un plan de rechange au cas où ça ne colle pas.

7) Éviter de la jouer solitaire

Particulièrement si vous êtes une femme, n e pas dites pas à n’importe qui que vous voyagez seule. Si on vous pose la question dans un bar ou en rue, dites que vous aller visiter de la famille, que quelqu’un vous attend, etc… Dans pas mal de pays fleurant bon la domination patriarcale, un petit copain, voire un mari imaginaire, peut être utile (n’oubliez pas l’alliance, c’est plus crédible). Étant déjà la "propriété" de quelqu’un, vous susciterez moins de convoitise…

8) Go with the flow

Point très important pour Yamina : «La philosophie du couchsurfing, c’est "Go with the flow". Pas de plannings organisés et minutés. Voyager en couchsurfing, c’est se préparer à la surprise, à la rencontre. Il faut un cadre bien sûr, mais au milieu de ce cadre, tout est possible. Si ça ne t’intéresse pas, s’il est pour toi primordial de savoir à quelle heure tu bouffes et quoi et où, pars avec un tour opérateur ou va au Club Med!»

9) Keep in touch

Pour rester joignable et toujours être en mesure de passer un coup de fil ou d’envoyer un SMS, ayez toujours votre téléphone avec vous. Pour faire des économies et pour permettre à vos hôtes de vous joindre sans se ruiner, achetez toujours une carte SIM locale. Prévenez-les toujours en cas de retard ou d’imprévu. Rappelez-vous, vous n’êtes pas à l’hôtel et ils attendent sans doute de vos nouvelles.

10) Rester relatif

Pour Loïc, il y a un effet couchsurfing qui est parfois un peu difficile à gérer: «Tu passes trois-quatre jours de manière très intime avec quelqu’un puisque tu vis chez lui, ou lui vis chez toi, on mange ensemble,… et puis cette personne s’en va, ou bien tu t’en vas, et puis plus rien. Tu passes à autre chose et elle aussi. On tourne la page. Et ça peut être vu comme très brutal.» Parfois on s’écrit, parfois pas, mais parfois, ça débouche sur de grandes amitiés, voire plus si affinités… «Y a des mariage de couchsurfeurs et même des bébé couchsurfeurs,» m’assure Yamina…


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