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26/05/2008

Femmes, mode d’emploi

Il y a 60 ans encore, elle attendait encore le droit de vote. Considérée alors comme une quasi irresponsable devant la loi, la femme a fait du chemin depuis qu’elle est sortie de sa cuisine pour passer, en 40 ans, des chaînes de montage aux bancs de l’université.

La solitude des amazones

Meilleure élève que ses camarades masculins, cette forte en thèmes n’a pas oublié de rester jolie et séduisante. Amazone mutante, elle n’en finit pas de se réinventer et de déconcerter les hommes de plus en plus désemparés devant ce sexe qu’ils croyaient faible. Prenant ombrage de sa réussite et jaloux de préséances auxquelles ils étaient habitués, ils n’admettent que rarement cette intruse à la table du conseil d’administration. Et si sa liberté ne lui a pas encore acquis l’égalité, son indépendance suscite la méfiance de ses peu téméraires prétendants. Et le soir dans son appartement, revenant d’un voyage d’affaire, elle se sent un peu seule devant le tas de cartons plats dans lesquels se trouve sa cuisine en kit. Être une femme libérée n’est décidemment pas si facile.

Princesse en quête de dieu

Cloîtrées au gynécée, reléguées au couvent, captives du harem ou de la maison close, emmurées sous la bourka, les femmes ont été, à de trop rares exceptions, confinées au rôle de pondeuses. Désormais libérées du corset social qui les enserrait, elles demandent elles aussi à mener la danse. Bien qu’étant nés du même père et de la même mère, les hommes ont toujours autant de mal à comprendre celles qu’ils doivent à présent considérer en égales.

Psychologiquement parlant, les femmes sont, d’un point de vue affectif et sexuel, beaucoup moins névrosées que leurs partenaires masculins. Elles ne sont pas marquées par le complexe d’Œdipe (pour la théorie, voir la version fille de votre magazine préféré) et ne vivent pas dans la hantise de voir ressurgir le fantôme de la mère castratrice et incestueuse à chaque fois que l’on prononce le mot  "Amour". Elle ont donc beaucoup moins tendance que les hommes à dissocier sexe et tendresse. Elles doivent, par contre, gérer la mécanique complexe de leur propre corps. Plus ou moins généreusement dotées par Mère Nature pour donner la vie, la "matrice" peut avoir une grande influence dans le comportement et la sexualité des femmes. Selon Patrick de Neuter, psychanalyste et docteur en psychologie: «Si la contraception a marqué une évolution décisive, la relation sexuelle est toujours associée chez la fille à la possibilité de la procréation. A l’inverse, la procréation n’est pas l’affaire de l’homme, il n’a donc pas à se soucier de cette possibilité. Le désir d’enfant chez l’homme est traditionnellement associé au désir de descendance, moins à celui de paternité. Chez les femmes, c’est viscéral, dans les tripes, au sens premier du terme. C’est l’idée de porter l’enfant en elle. C’est beaucoup plus complet. Pour une femme, un acte sexuel a toujours la possibilité, même théorique, de se prolonger dans la maternité.»

Si les hommes passent leur vie à fuir leur mère, les femmes par contre, selon Patrick de Neuter, «cherchent dans leur homme idéal à reproduire les premiers objets d’amour. Elles recherchent à la fois la mère et le père, mais dans une seule personne. Elle recherchent donc un homme qui soit maternant, nourricier, protecteur, fort, enthousiaste et pragmatique. Bref, elles recherchent un dieu.» Bonne chance les gars…

Confusion

Les femmes étaient auparavant réputées plus sages que les hommes (on se demande alors avec qui ces cochons pouvaient bien se dévergonder…). La dernière et très sérieuse enquête sur le Contexte de la Sexualité en France (CSF), parue en 2007, nous révèle, entre autre, que l’âge du premier rapport chez les filles (17,6 ans) s’est rapproché de celui des hommes (17,2 ans) et que le nombre de partenaire déclaré par les femmes est en augmentation.

Selon Jacques Marquet, sociologue à l’UCL: «La contraception a eu une influence décisive sur cette évolution. Les féministes disaient que la contraception permettait aux femmes de ne plus faire l’amour la peur au ventre. Avoir la possibilité de dissocier la sexualité de la reproduction change fondamentalement les choses. Il y a une inversion totale dans le sens où si la plupart des rapports sexuels se déroulent aujourd’hui sous contrôle de moyens contraceptifs, il faut choisir d’avoir, à un moment donné, une sexualité "fécondante".»

Patrick De Neuter confirme: «Les femmes sont devenues beaucoup plus exigeantes en matière sexuelle. C’est incroyable le nombre de femmes qui amènent leur mari en consultation chez le sexologue ou l’andrologue pour des problèmes d’impuissance. Ça n’empêche pas certainshommes de se plaindre du manque de désir de leur femme. Comme on l’a vu, le désir de la femme est plus complexe, plus total. Il est aussi tourné vers les enfants ou les petits enfants. Entre le ménage et le travail, elles sont surchargées. La réserve de libido, d’énergie sexuelle au sens large, n’est pas infinie. Je comprends donc que les femmes soient moins braquées sur le sexe que les hommes. En plus de tout ça, les femmes se retrouvent aujourd’hui face à des tâches énormes: intelligentes, brillantes, travailleuses, belles, séduisantes, sensuelles, sexy, bonnes ménagères et bonnes mères… On leur demande d’être tout.»

Martine Goffin ajoute que cette nouvelle omnipotence féminine n’est pas sans conséquence sur les hommes: «Les femmes ont acquis des responsabilités de premier plan dans la société ainsi que leur autonomie financière. Toute la vieille construction identitaire masculine s’écroule. Leur position dans la société, les rapports hommes-femmes, leur rôle de père,… tout a changé. Ils n’ont plus cette assurance que leur donnaient l’argent et le pouvoir. Leur identité n’est plus assurée dans ces rôles-là. Qui sont-ils? A quoi servent-ils? Les femmes ont une longueur d’avance. Elles ont fait un bout de chemin et demandent maintenant aux hommes d’assumer.Ils se sentent dépassés et prennent la fuite. D’où l’impression de lâcheté qu’ont les femmes par rapport aux hommes.»

Évolution

Les vieux réflexes sont pourtant toujours présents. Jacques Marquet nous explique que «la femme occupait les fonctions domestiques en même temps qu’elle s’occupait de l’aspect relationnel entre les membres de la famille tandis que les hommes sont tournés vers l’extérieur et le professionnel. Ces rôles continuent à influencer les besoins de chacun et nous font croire que ces différences sont naturelles. Certaines femmes, par exemple, pensent encore que les hommes ont plus de besoins sexuels que les femmes, ou qu’un rapport sexuel sans pénétration est frustrant pour l’homme, etc. Les hommes et les femmes continuent d’avoir une représentation des autres et d’eux même qui est complètement construite.»

Malgré leur émancipation et l’égalité, du moins dans la loi, dont elles peuvent se prévaloir, les femmes sont, par exemple, capables de trésor de renoncement de soi et de sacrifice pour paraître insignifiante aux cotés de leur ombrageux mari, telle Carla Bruni en mocassin à coté des talonnettes de son président de mari. Pensez-vous, un président de la République plus petit que sa femme qui s’incline devant la Reine d’Angleterre, ça risquerait de faire jaser…   

Si le processus est en marche, il continue de rencontrer de nombreux obstacles. «Ce qui a été le plus visible dans un premier temps, ça a été l’évolution du rôle de la femme qui était limité à l’espace du foyer, nous raconte Jacques Marquet, la sortie de la femme de cet espace clos pour investir massivement le monde du travail salarié a été le phénomène le plus marquant. Il y a aussi l’aspect du contrôle de la sexualité et de la procréation qui s’est aussi joué du côté essentiellement féminin. Il est clair que toutes ces évolutions ont modifié le rapport homme-femme et que les hommes ont dû également s’adapter. Si la femme s’émancipe et acquière du pouvoir, l’homme va conséquemment devoir en céder.» Pour Patrick  De Neuter, cela constitue un choc pour de nombreux hommes: «les femmes ont déjà le pouvoir exorbitant de donner la vie; donner encore plus de pouvoir aux femmes et les laisser s’investir dans d’autres champs que celui strictement familial représente pour eux un danger de déséquilibre.»

La question cruciale, selon Jacques Marquet est maintenant de savoir «si les hommes vont davantage investir le champ domestique. Les évolutions qui ont lieu en ce sens sont très lentes. Pendant des millénaires, l’identité des hommes a été définie par leur statut à l’extérieur, notamment au travail.C’est pourtant là-dessus que ça se joue parce que ce qui contribue, entre autre, à perpétuer les inégalités au travail dont les femmes sont encore l’objet, c’est l’obligation pour ces femmes de devoir encore assumer un grand nombre de tâches domestiques. Ce qui les empêche de s’investir plus au travail. Lorsque dans un couple les investissements sont partagés aussi bien dans le cercle professionnel que privé, on construit une communication dont le référent est égalitaire. Les rapports passent du complémentaire à l’interchangeable. Il n’y a plus dépendance de l’un vis à vis de l’autre. Avant, une femme qui était insatisfaite de son couple était coincée, aujourd’hui elle a le choix de rendre des comptes à son partenaire, ou éventuellement de mettre fin à la relation. Les couples développent donc une toute autre forme de relation basée sur la communication. Certains hommes prennent cela comme une chance de pouvoir eux aussi échapper à un rôle qui leur était imposé: celui de subvenir aux besoins de leur foyer, de symboliser l’autorité, de prendre les responsabilités, etc. Par contre, il y en a d’autres qui se sentent fragilisés, voire insécurisés par cette indépendance des femmes qui les oblige à envisager et à construire la relation autrement. Un exemple, la nouvelle loi sur le divorce a soulevé l’opposition de certains mâles parce qu’elle facilitait le divorce alors qu’ils auraient préféré le rendre plus difficile, dans le but de retenir leurs femmes. Le couple n’est perçu comme réel aujourd’hui que si les partenaires se sont mutuellement choisis et que si la relation continue d’être positive et enrichissante pour les deux. Tout le monde n’adhère pas à cette vision et certains continuent à mettre en avant l’engagement social et la tradition.»

Au delà des genres: L’univers du Queer

Garçon ou fille, hétéro ou homo, angora ou poisson rouge, … A l’heure où le web et ses réalités virtuelles nous permettent d’être un raton laveur nymphomane ou une blonde à forte poitrine (et inversement) et où les identités et les genres semblent se mélanger dans une joyeuse partouze télévisuelle (la boîte à images n’étant jamais avare de frissons frelatés et de subversions bon marché), pour certains, les mots comme masculin, féminin, hétéro, homo, bisexuel perdent de leur sens et surtout de leur intérêt.  

Marre des étiquettes qu’on vous colle sur le front? A l’étroit dans les tiroirs où on vous a fourré? Pas envie de suivre les règles, ni d’appartenir à une équipe? De plus en plus de gens refusent de se considérer comme hétéro, homo ou même bisexuel (et pas seulement pour continuer à vendre des disques comme Robbie Williams ou Christophe Willem…), d’autres n’acceptent même plus de devoir choisir entre homme et femme, ils embrassent l’identité queer qui leur permet d’être tout ça à la fois. ‘Queer’ est une injure qu’on pourrait traduire par ‘pervers’ ou ‘anormal’. Elle désigne de manière flexible les personnes qui ne correspondent pas à la conception morale des familles américaines blanches, chrétiennes et hétérosexuelles. Le fait de se revendiquer queer implique ainsi une attitude militante, provocatrice et agressive. Queer renvoie à "différents", "hors normes", "inhabituel", c'est l' antithèse sociale du terme "straight"qui renvoie à l'enfermement systématique des comportements humains dans des catégories préconçues, immuables et institutionnalisées (les hétéros, les gays, les lesbiennes, les hommes, les femmes). Le mouvement queer est né de la détresse engendrée par le sida dans l’Amérique triomphante des années Reagan qui préférait regarder ailleurs. Cette indifférence et cette rage de survivre malgré tout a favorisé le rapprochement de ces pestiférés de tous bord que la bonne société WASP aurait bien vu brûler en enfer: homos, prostituées, junkies, blacks, …

Mélange des genres, opposition aux catégorisations trop strictes et pensées comme intangibles, le mouvement queer s'est également   construit en réaction à l'évolution du mouvement gay qui commençait à se transformer en marketing gay et où le sens de l'autodérision, de la critique de la société se sont complètement dilués dans le merchandising.

A force de vouloir s’assimiler à la société et à la culture américaine, les gays en ont récupéré son matérialisme, son culte de l’image et son conservatisme. Du cercle d’amis à la carte de crédit en passant par les agences de voyages et les sorties, jusqu’à la maison de retraite, l’arc-en-ciel a commencé à filer des bouton à toute une frange de la population homosexuelle qui ne se reconnaissait ni dans les musclettes épilées ni dans les camionneuses moustachues.

Inspiré du mouvement féministe et s'appuyant sur l'idée de Simone de Beauvoir qu'on «ne naît pas femme, on le devient», la théorie queer considère le genre comme un construit et non comme un fait naturel. Elle apporte une possibilité de repenser les identités en dehors des cadres normatifs d'une société qui fait de la différence des sexes un clivage binaire insurmontable et fondateur sur base de la complémentarité dans la différence et censé se concrétiser au travers du couple hétérosexuel. Le mouvement queer conteste cette norme unique hétérosexuelle présentée comme "naturelle" où chacun, selon qu’il soit fille ou garçon, se voit imposer sa place. Il offre une place, ni victime, ni paria, à ceux qui n’ont pas envie de se déguiser pour faire bonne figure sur la photo de famille.

Le terme queer ne serait finalement qu’une étiquette de plus, si ce n’est que cette fois-ci, on se la colle soi-même sur le front histoire de signifier aux adeptes du classement qu’ils ne sont pas rangeables dans une case. Une femme joueuse de rugby ou un homme adepte du tricot seraient-ils queer? Oui s’ils le revendiquent. Puisque le terme est apparemment allergique par essence aux définitions trop précises et discriminantes, tout le monde est le bienvenu tant qu’il préfère le dialogue aux idées préconçues, le questionnement à l’ordre établi et qu’il se scandalise de la pire des insultes: être considéré comme "normal".

Pour s’ouvrir à ces question d’un nouveau genre: BangBang, tous les vendredis soirs, de 20 à 23h sur Pure FM. http://www.myspace.com/bangbangisqueer

(AG)


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