Festivals de l’été: Rock Circus
Alors que la planète entière aura cet été les yeux rivés sur Pékin et ses Jeux, ses records olympiques policièrement surveillés, médicalement assistés et commercialement sponsorisés, les amateurs de musique se consacreront à d’autres activités et performances, parfois tout aussi sportives.
Les festivals de l’été nous préparent, comme de coutume, un marathon musical, véritable Tour de France du Rock dont tout passionné qui se respecte se doit de courir au moins une étape. Y en aura pour tous les goût, des fluo kids aux vieux blueseux, des métalleux hirsutes aux dandys pop, des mères de familles aux skaters. Tels de réfugiés cyber punks, ils se mélangeront pendant plusieurs jours dans un décor quelque part entre le Temps des Gitans et Mad Max.
Sous un soleil de plomb ou une pluie de hallebardes, dans la poussière ou dans la boue, peu importe que tu sois à l’eau, à la bière ou sous une autre influence, tu entreras dans un monde où les concepts tels que la fatigue, l’hygiène, l’équilibre des repas ou l’élégance perdent toute réalité. Tu te mêleras toi aussi à la foule pour voir le grand cirque des festivals de l’été. De Werchter au Pukkelpop en passant par Dour ou les Ardentes, les organisateurs rivalisent d’affiches toutes plus alléchantes les unes que les autres. Quelle que soit l’issue de cette guerre à la surenchère implacable, la victime collatérale sera à coup sûr ton portefeuille. Petit guide histoire de limiter la casse.
Guide pratique des festivals de l'été
Il y a des choses comme ça qui ne lassent pas d’étonner: le nombre de personnes qu’on arrive à caser sur quelques hectares de terrain boueux, la tolérance (presque) pacifique que peuvent avoir ces mêmes dizaines de milliers de personnes les unes envers les autres, l’acceptation de conditions d’hygiène qui scandaliserait l’ONU, la résistance des organismes humains à quatre jours d’allées et venues, d’inconfort, de privation de sommeil sous un régime constitué presque exclusivement de graisses, de féculents et d’alcool, la quantité de déchets que peut produire une foule humaine en aussi peu de temps, s’y retrouver soi-même, content d’être là, et même d’y rencontrer ses amis…
On commence en douceur avec Couleur Café . Festival planté du 27 au 29 juin en plein cœur de Bruxelles, sur le site de Tours et Taxis, suave et frais comme une Caïpirinha bien frappée, avec son affiche qui vous donne envie d’aimer la ville en été: MC Solaar, James Deano, Cesaria Evora, Baloji, Psy4 de La Rime, Luciano, Massilia Sound System. 68 € pour les trois jours et 32 € la journée, rien de tel pour se détendre après les examens.
Ensuite, on enchaîne avec du lourd, du très lourd. Le plus grand, le plus fort, le plus énorme festival de notre petit royaume déploiera pour la 24 ème année consécutive ses deux méga podiums sur la morne plaine de Werchter . Au menu de cette édition, qui se déroule du 3 au 6 juillet, ont été conviés, à quelques oublis près tous ceux qui ont fait l’actualité musicale de ces deux dernières années, des phénomènes médiatiques comme Mika, Duffy, Babyshambles, Justice, Soulwax aux habitués comme Lenny Kravitz, R.E.M., Radiohead, The Chemical Brothers, dEUS, en passant pas des nouveautés prometteuses comme Vampire Weekend, Panic At The Disco, Hercules and Love Affair, The Black Box Revelation, MGMT. Si le repas est particulièrement copieux, préparez-vous à une addition salée: 75 € le ticket à la journée et 165 € le pass quatre jours. Ce prix ne semble pourtant pas dissuasif puisque les tickets pour le jeudi 3 juillet (avec Mika, les Chemical Brothers et les Dewael Brothers) ont déjà tous été vendus.
Quelques nuits de sommeil réparateur et une bonne piqûre d’EPO plus tard, on remonte sur sa selle le jeudi 10 juillet, direction les rivages arborés de la Meuse à Liège pour la troisième édition des Ardentes . L’équipe de la Soundstation (voir interview plus loin) nous a concocté quatre jours de programmes aux petits oignons. Deux ans après des débuts plus que prometteurs, les Ardentes nous proposent cette année une affiche digne des plus grands festivals européens. Se presseront cette année sur les bords de Meuse rien de moins que The Do, Yael Naïm, Camille, Trentemöller, Laurent Garnier, Arsenal, Yelle, Soldout, CSS, Booka Shade, Apparat, Sacha Funke, Chloé, Gui Boratto, Michael Mayer, Tim Vanhamel, Spiritualized, The Streets, Groove Armada, The Puppetmastaz, The Kills, Girls in Hawaii, Arno, Dionysos, Alain Bashung, The Dandy Warhols… Le pass de quatre jours a même l’élégance de rester démocratique (80 €), que demander de plus?
Pas encore fatigué? Tu en veux encore? OK, on continue le marathon. On reprend sa tente igloo, son sac de couchage, ses packs de bière et ses Red Bull et on repart pour le Dour Festival . De l’avis général, Dour occupe une place à part dans le paysage des festivals. Peu de noms connus à l’affiche, mais comme dans X Files, la vérité est ailleurs. Lieu de rassemblement de tribus improbables: punks à chiens, techno freaks, rastas blancs, vieux hardeux, Hollandais, Lasnois rebelles,… Au milieu des gobelets vides et des papiers gras, l’ambiance bat son plein, le concert de djembé improvisé rivalise avec le groupe de métal qui éructe 50 mètres plus loin, ce qui n’empêche pas de dormir quelques festivaliers fatigués qui ont trouvé le repos réparateur sur une couche de terre meuble. Le festival de Dour fait penser à une grande guindaille, un peu comme si la Jefke avait quitté le Campus de la Plaine pour migrer au fin fond du Borinage. C’est dire alors si on se soucie de la musique. Selon le site, «Dour, c'est un concept unique qui a déjà convaincu 1.255.000 festivaliers . Pour sa 20 ème édition, pourquoi changerait-il si ce n'est pour une programmation encore plus unique et une ambiance encore plus hors norme? » Une expérience hors norme, à vivre tant qu’il vous reste des neurones. Si vous êtes de la fête, sachez en tous cas que vous devrez vous acquitter de 85 € de droit de passage pour les 4 jours du festival.
Après ce régime infernal, votre médecin pourra vous prescrire un repos forcé, au moins jusqu’au 1er août, où on vous conseille chaudement de faire un saut aux Lokerse Feesten (qui se tiennent donc à… Lokeren, entre Gand et Anvers) pour assister à un vrai festival de revenants avec les Sex Pistols, The Buzzcocks, Sonic Youth, Massive Attack, Supergrass et même Alanis Morissette. Avec des prix variant entre 12 € et 27 € selon la soirée, on ne peut pas dire qu’on se ruine.
Gardez toutefois votre énergie pour l’étape finale de notre tour de Flandre avec les trois jours du Pukkelpop à Kiewit (pour ceux qui ne sont jamais allés, c’est près d’Hasselt). Au programme, Metallica, The Killers, Ricardo Villalobos, Miss Kittin and the Hacker, Simian Mobile Disco, the Dresden Dolls, Holy Fuck,… Et plusieurs noms à confirmer. C’est le festival champion de la convivialité, de la bonne organisation et de la découverte, même ses prix sont comparables à Werchter: 135 € pour les trois jours et 75 € pour un jour.
(AG)