Etudier… Un peu, beaucoup, à la folie!
Profiter plus longtemps de sa vie d’étudiant, être mieux armé face au marché de l’emploi ou n’avoir tout simplement pas envie de travailler trop jeune: les raisons de poursuivre ses études d’une ou de plusieurs années sont nombreuses...
Zoé a choisi d’effectuer une année d’étude supplémentaire pour parfaire son néerlandais, Sophie a préféré compléter son bachelier en communication par un master en pub avant de se lancer sur le marché de l’emploi tandis que Maxime a décidé d’étoffer son parcours estudiantin d’un bachelier en éducation physique après avoir réussi un premier bachelier en infographie. Si poursuivre ses études d’une ou de plusieurs années séduit un certain nombre d’étudiants, Patrick Andries, informateur au SIEP Bruxelles (Centre d’Information sur les Etudes et les Professions) n’oserait parler d’une tendance actuelle à l’accumulation des diplômes. «Il m’arrive de conseiller des étudiants qui souhaitent poursuivre leur cursus scolaire d’une ou de plusieurs années ou effectuer une passerelle mais je n’affirmerais pas pour autant qu’un phénomène est en train de naître. Il est toutefois difficile pour un centre d’orientation de remarquer ce genre d’évolution car je pense que la plupart des étudiants qui souhaitent poursuivre leurs études n’ont pas nécessairement besoin de nos conseils. Ils sont généralement suffisamment sûrs d’eux après leur premier diplôme que pour prendre seuls leur décision» souligne-t-il
Du bachelier au master
Après une première année en communication à l’ULB, Sophie a rejoint l’ISFSC (Institut Supérieur de Formation Sociale et de Communication) en deuxième bac avant de compléter son bachelier par un master en publicité à l’IHECS (Institut des Hautes Etudes des Communications Sociales).
GUIDO: Pourquoi ce bref passage à l’ULB?
Sophie: J’ai commencé par l’unif dans le but de ‘viser haut’ directement. Le bachelier souffre de la mauvaise réputation de n’être destiné qu’à ceux qui ne réussissent pas l’unif même si, ayant expérimenté les deux, j’estime plutôt qu’il s’agit de chemins différents. J’ai réussi ma première année à l’ULB, mais je n’ai pas aimé le fait de me retrouver parmi cinq-cents inconnus dans un immense auditoire. J’avais envie que les professeurs me connaissent et je ne supportais pas d’être un numéro. Je me sentais perdue et j’avais besoin de structure, ce que pouvait m’offrir un bachelier.
GUIDO: As-tu dû suivre quelques cours de première année en arrivant à l’ISFSC pour pouvoir entrer en deuxième année?
Sophie: Je suis passée directement en deuxième année? mais la réussite de cette année dépendait tout de même de la réussite de certains cours de première année. Seulement, l’horaire de deuxième année étant complet, il ne me permettait pas de suivre des cours de première année. Les professeurs m’ont donc fourni les cours à connaître. Ils estimaient que ces cours étaient indispensables à la bonne compréhension des années ultérieures. En plus de mes exams de deuxième année, j’ai donc dû passer quelques exams de première année que je devais également réussir!
GUIDO: Une fois ton diplôme de bachelier en poche, quelles étaient tes motivations pour entreprendre un master à l’IHECS?
Sophie: En troisième bac, je suis partie en Erasmus au Portugal où j’ai suivi des cours de publicité. Contrairement à l’ISFSC qui enseigne la communication de façon générale, ces cours étaient beaucoup plus pointus. Ça m’a donné envie de reprendre des études de publicité à mon retour en Belgique. Et comme mon bachelier me permettait de faire une passerelle, je n’ai pas hésité. Si ça n’avait pas été le cas, je n’aurais jamais rempilé pour quatre ans d’études…
GUIDO: Pourquoi as-tu opté pour l’IHECS et n’es-tu pas retournée à l’ULB pour effectuer ton master?
Sophie: Tout d’abord parce que l’ULB ne propose pas de section ‘PUB’ en tant que telle mais aussi, et surtout, parce que les cours de l’IHECS sont plus pratiques. J’avais également eu de bons échos de cette école et elle me paraissait plus familiale que l’ULB. L’IHECS allie le niveau théorique d’une université et le côté pratique d’une école supérieure. Ça me convenait parfaitement.
GUIDO: As-tu ressenti des difficultés à effectuer cette passerelle entre l’ISFSC et l’IHECS, tant au niveau des cours que socialement parlant?
Sophie: J’ai eu un peu de mal au début car je n’ai repassé aucun cours des années inférieures. Il en était question au début, puis ça ne s’est finalement pas fait. Cela m’a quelque peu handicapée par rapport à d’autres étudiants, surtout au niveau des cours pratiques. Du point de vue social, j’ai également ressenti quelques difficultés. Tout le monde se connaissait déjà et ce n’était pas évident de s’intégrer. Et puis, ces deux écoles ont chacune un type de public bien spécifique: plus bourgeois et fermé à l’IHECS et plus ouvert à l’ISFSC. Ce n’était donc pas facile de s’adapter au début.
GUIDO: Que t’ont apporté ces deux années à l’IHECS?
Sophie: Beaucoup de connaissances pratiques et professionnelles. Plus d’assurance aussi. A l’IHECS, j’ai plus souvent été confrontée à des difficultés, que j’ai dû apprendre à surmonter.
GUIDO: Es-tu satisfaite de ton parcours ou regrettes-tu certaines décisions?
Sophie: Mon parcours est plutôt atypique, mais je ne le regrette en rien. J’estime qu’il m’a bien formé l’esprit et ouvert socialement. Je garde de très bons souvenirs de l’IHECS et de l’ISFSC. J’ai moins de souvenirs de l’ULB, mais je ne regrette pas pour autant d’y avoir mis les pieds.
GUIDO: Parmi ces trois expériences, laquelle t’as le plus marquée?
Sophie: Je dirais l’ISFSC, pour les contacts que j’ai eus avec le monde professionnel, pour les étudiants et les professeurs.
Een tweede diploma
Après un master en journalisme à l’UCL, Zoé termine cette année une formation complémentaire en ‘Bedrijfscommunicatie’ à la Hogeschool-Universiteit Brussel (HUB) pour améliorer son néerlandais.
GUIDO: Pourquoi avoir choisi d’étudier une année supplémentaire dans une école néerlandophone?
Zoé: Un peu avant la fin de mes études en journalisme, j’ai commencé à consulter les offres d’emploi en communication et je me suis rendue compte qu’il était rare que le néerlandais ne soit pas requis dans ce domaine. J’ai réalisé que pour mettre toutes les chances de mon côté, je devais mieux connaître cette langue. En plus, je n’étais plus tout à fait certaine de vouloir travailler comme journaliste et je me disais qu’un diplôme davantage axé sur les relations publiques et la publicité pourrait sans doute m’aider à élargir mes horizons. Enfin, je me sentais trop jeune pour travailler et ce facteur a aussi joué dans la reprise des études.
GUIDO: Eprouves-tu des difficultés à étudier en néerlandais?
Zoé: Bizarrement, non. Mon niveau de néerlandais était pourtant plutôt médiocre avant d’entamer cette année. Je dois quand même avouer que les débuts ont été difficiles car je me suis vite rendue compte que je ne comprenais pas grand-chose aux cours et que j’avais beaucoup de difficultés à m’exprimer devant une classe où la majorité des étudiants étaient néerlandophones. Heureusement, les profs et les étudiants sont très compréhensifs et font tout pour aider les étudiants francophones. A partir de décembre déjà, ça allait beaucoup mieux. J’ai bien réussi ma première session d’examens et je suis confiante pour celle de juin. Le but de cette année est avant tout d’apprendre le néerlandais, mais je compte aussi la réussir.
GUIDO: Pourquoi n’as-tu pas choisi une immersion totale en étudiant en Flandre plutôt qu’à Bruxelles?
Zoé: Tout d’abord parce que la formation qui me tentait le plus se trouvait à la HUB et ensuite parce que je souhaitais rester à Bruxelles. L’immersion totale m’aurait peut-être permis d’apprendre le néerlandais plus vite, mais je ne regrette pas pour autant mon choix. Parler néerlandais la journée au cours et français le soir avec mes amis m’a sans doute permis d’apprécier davantage l’expérience.
GUIDO: Penses-tu que ce diplôme supplémentaire sera avantageux?
Zoé: Oui, bien sûr. Après cette année, je vais pouvoir postuler pour des emplois qui exigent le néerlandais. Je n’aurais jamais osé le faire avant. Cela m’ouvrira donc davantage de portes. En plus, cette année me donne envie de m’orienter dans un premier temps vers les relations publiques. Je pense que ce secteur me conviendrait mieux que le journalisme. L’idéal serait d’être engagée dans une boîte néerlandophone, histoire de pouvoir mettre cette année en pratique.
GUIDO: Recommanderais-tu ce genre d’expérience à d’autres étudiants?
Zoé: Oui, sans hésiter. Non seulement parce que cette expérience permet d’apprendre une langue indispensable dans notre pays, ce qui est un bel avantage, mais aussi parce qu’elle offre la possibilité de découvrir la culture flamande. Beaucoup de gens ont des a priori sur nos voisins. Pourtant, lorsqu’on vit au quotidien avec des flamands, on se rend compte que ce sont des gens sympas et très ouverts. C’est une expérience qui vaut vraiment la peine d’être vécue.
Deux bacheliers en poche
Après un bachelier en Infographie à la HEAJ (Haute Ecole Albert Jacquard de Namur), Maxime poursuit actuellement son parcours par un second bachelier en Education Physique à l’HENaC (Haute Ecole Namuroise Catholique).
GUIDO: Quel était ton objectif professionnel en débutant un bachelier en infographie?
Maxime: Je voulais travailler dans le développement web car c’est un domaine que j’apprécie particulièrement. Je me voyais parfaitement dans cette branche et je n’exclus d’ailleurs pas le fait d’y travailler un jour même si j’ai repris d’autres études.
GUIDO: Pourquoi avoir entamé un second bachelier?
Maxime: Quand j’ai obtenu mon diplôme d’infographiste, j’avais 21 ans. C’est très jeune pour commencer à travailler, mais j’ai quand même cherché un emploi. J’ai été engagé dans une boîte de communication et de développement web où j’ai travaillé pendant un an. Rapidement après mon engagement, je me suis rendu compte que je ne me sentais pas vraiment à ma place en raison de mon jeune âge. Après avoir parlé de la situation à mes parents, j’ai décidé de me lancer dans un domaine tout à fait différent, l’éducation physique. Je suis très sportif et cette branche me tentait bien.
GUIDO: As-tu éprouvé des difficultés à reprendre des études après une année de travail?
Maxime: Non, car j’ai bien pesé le pour et le contre avant de me décider. Reprendre des études était vraiment mon souhait. J’étais plutôt soulagé que mes parents aient accepté mon choix et n’aient pas essayé de me persuader du contraire.
GUIDO: Ne crains-tu pas un manque de cohérence sur ton CV?
Maxime: Je pense que les deux domaines, pourtant très différents, peuvent être liés. Comme le métier de professeur d’éducation physique laisse un peu de temps libre, je pourrais peut-être développer une activité en tant qu’infographiste indépendant. Aujourd’hui, beaucoup de gens effectuent une activité d’indépendant complémentaire parallèlement à leur job d’employé. Pourquoi pas moi?
GUIDO: Quel domaine a ta préférence?
Maxime: L’éducation physique me séduit le plus, sans doute parce que j’étudie cette branche en ce moment. Je me vois mieux dans un métier qui bouge qu’assis derrière un bureau toute la journée. Mais je ne me prononce pas définitivement car il se pourrait que je change d’avis le jour où je chercherai un emploi. Je postulerai en premier lieu pour un job de professeur d’éducation physique mais je verrai bien ce qu’on me propose. Savoir que j’ai plusieurs possibilités est une idée qui me plaît bien.
«La passerelle permet aux étudiants de laisser des portes ouvertes»
Rares sont les étudiants qui, à la sortie des études secondaires, sont sûrs de leurs capacités. C’est la raison pour laquelle beaucoup préfèrent jouer la carte de la prudence en commençant leur parcours estudiantin par un bachelier, quitte à poursuivre ensuite par un master. «La passerelle représente une possibilité intéressante pour beaucoup d’étudiants» estime Patrick Andries du SIEP Bruxelles. «Ils sont rassurés de savoir qu’au bout de trois années d’études, ils obtiendront déjà un diplôme mais qu’ils pourront, s’ils le souhaitent, poursuivre leur cursus. Cette opportunité de pouvoir laisser la porte ouverte est bien perçue par les étudiants» note-t-il. Patrick Andries met toutefois en garde contre les mauvaises surprises. «Toutes les passerelles ne sont pas possibles» prévient-il. «L’idéal est de se renseigner sur les futures possibilités avant d’entamer les études, même si entreprendre un master n’est pas encore à l’ordre du jour dans l’esprit de l’étudiant. Mieux vaut éviter les déceptions au bout de trois ans d’études.»
Patrick Andries cite trois types de passerelles: celles de la Communauté Française, qui sont automatiques et donnent accès à un certain nombre de masters bien spécifiques en fonction des études préalablement suivies, mais aussi les passerelles internes qui consistent en des accords entre établissements et, enfin, les passerelles sur base d’un dossier remis par l’étudiant à un établissement précis et formulant ses motivations. L’école peut accepter la demande de l’étudiant si elle estime qu’il remplit les conditions nécessaires, mais n’est en aucun cas tenue de le faire.
L’accumulation de diplômes: avantageux ou handicapant?
«Rien ne sert d’accumuler les diplômes pour le plaisir» estime Patrick Andries du SIEP Bruxelles. «Cela peut rebuter certains employeurs qui considèrent le postulant comme un touche-à-tout ou comme une personne instable.» Patrick Andries conseille plutôt aux étudiants d’envisager les études en termes de projet professionnel et leur propose de réfléchir à deux questions: quel est le niveau de responsabilités que je souhaite professionnellement? Que puis-je apporter à un employeur? « Beaucoup choisissent leurs études comme ils choisiraient un plat dans un menu au restaurant, c’est-à-dire un peu au hasard, sans trop savoir ce qui va être servi. C’est une erreur.» poursuit Patrick Andries. «Etablir un projet professionnel permet de se rendre compte des moyens qui devront être mis en œuvre pour y arriver. Si un diplôme supplémentaire s’avère utile et nécessaire à ce projet, cela vaut alors la peine de se lancer. Par contre, poursuivre des études qui ne desservent pas le projet n’a aucun sens et la démarche ne sera alors pas nécessairement considérée comme positive par l’employeur.»