Des étudiants à l'assaut du monde
Bastien et Timothée sont des étudiants on ne peut plus ordinaires. A la différence près qu’ils ont choisi de parcourir le monde pendant leurs études… et chacun à leur façon!
Le défi de Bastien: parcourir 15.000 kilomètres à moto à travers l’Europe et l’Asie
Son baccalauréat en sciences économiques et gestion en poche, Bastien Vansoye, 23 ans, a choisi de prendre une année sabbatique avant d’entamer son master. L’objectif? Découvrir le monde. Cet étudiant originaire de Genval nous a raconté son projet juste avant son départ le 20 avril dernier...
GUIDO: C’est par un voyage au Pérou qu’a débuté ton année sabbatique…
Bastien: Exactement! J’ai voyagé dans ce pays pendant trois mois. C’était une très belle expérience mais en rentrant en Belgique, j’ai réalisé qu’il me manquait un challenge. C’est à ce moment-là qu’un nouveau projet a germé dans mon esprit: j’ai eu l’idée un peu folle d’effectuer Bruxelles-Pékin en moto…
GUIDO: Pour y arriver, tu vas emprunter l’ancienne Route de la Soie. Pourquoi cet itinéraire en particulier?
Bastien: A partir de la mi-décembre, je me suis mis à plancher sur ce périple et j’ai réalisé que deux directions étaient possibles en moto: le Sud (vers l’Afrique) ou l’Est (vers l’Asie). En effectuant mes recherches, je suis tombé sur l’itinéraire de la Route de la Soie qui m’a semblé intéressant d’un point de vue historique. Les pays par lesquels elle passe m’intriguent et Pékin me semblait être une bonne destination finale. J’effectuerai le retour en avion depuis cette ville.
GUIDO: Par quel pays passeras-tu au cours de cette aventure?
Bastien: Par l’Allemagne, l’Autriche, la Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie, la Turquie, l’Iran, le Turkménistan, l’Ouzbékistan, le Kirghizistan, le Kazakhstan et la Chine. Au total, je parcourrai 15.000 kilomètres à travers l’Europe et l’Asie.
GUIDO: Pourquoi la moto et pas un autre moyen de transport?
Bastien: La moto ne s’est pas imposée directement. J’ai analysé les avantages et les inconvénients de plusieurs moyens de transports: en train, je n’aurais pas été libre de choisir mon itinéraire et mes horaires. Et puis, je serais passé par les endroits ‘classiques’ où débarque la majorité des touristes. En vélo, plusieurs mois supplémentaires auraient été nécessaires pour arriver jusqu’en Chine. Cela signifie que j’aurais dû partir plus tôt dans l’année mais ce n’était pas possible du point de vue des conditions météorologiques et de ma préparation. Quant à la voiture, je trouve que ce n’est pas le moyen de transport le plus convivial pour rencontrer et communiquer avec les gens. La moto était le moyen de transport qui me permettait le plus de liberté et que je trouvais le plus pratique.
GUIDO: Pour quelqu’un qui n’était jamais monté sur une moto auparavant, c’est plutôt audacieux, non?
Bastien: En effet! Mais pour me faciliter la tâche, j’ai choisi un modèle (Honda CBF 125 cc) dont la mécanique est relativement simple. En cas de pépin, je pourrai résoudre certains problèmes moi-même. En plus, dans de nombreux pays par lesquels je passe, la majorité de la population roule avec ce modèle. C’est pratique si j’ai besoin d’une pièce particulière à un moment précis du voyage.
«Je suis impatient de découvrir des lieux inconnus et des paysages peu communs»
GUIDO: Comment t’es-tu préparé à ce voyage?
Bastien: Cela fait plusieurs mois que je travaille sur ce projet. Dans un premier temps, j’ai dû trouver le financement nécessaire à ce voyage, c’est-à-dire 8.500 euros. J’ai réalisé un dossier complet que j’ai envoyé un peu partout afin de trouver des sponsors. J’ai eu de nombreux retours positifs. Mes sponsors sont principalement locaux ou issus du secteur de la moto. J’ai presque réussi à récolter la totalité de la somme dont j’ai besoin. Ensuite, je me suis bien renseigné sur les pays que je voulais traverser, notamment via le Ministère des Affaires Etrangères. J’ai analysé les routes et la sécurité de chaque pays. Certains endroits par lesquels je prévoyais de circuler au départ ont été éliminés car les postes-frontières sont trop difficiles à passer. La date du départ n’a pas non plus été choisie au hasard. Par rapport aux conditions météorologiques, c’était le bon moment pour effectuer un périple à moto. Côté mécanique, j’ai appris quelques bases, à savoir comment changer un pneu ou faire une vidange d’huile.
GUIDO: Où comptes-tu dormir?
Bastien: De ce côté-là, rien n’est prévu à l’avance. Je m’arrêterai un peu où bon me semble et je tenterai de trouver un endroit où dormir. Je compte privilégier les auberges de jeunesse et les petits hôtels. Je tenterai aussi de dormir chez l’habitant quand ce sera possible.
GUIDO: Pourquoi un périple en solo?
Bastien: Je ne suis pas spécialement quelqu’un de solitaire mais tous mes amis sont soit à l’unif ou bossent déjà. Si, dans mon entourage, une autre personne avait été motivée par ce projet, je serais sans doute parti avec elle. Mais je ne crains pas la solitude pendant ce voyage. Je pense au contraire qu’elle me permettra de rencontrer davantage de locaux.
GUIDO: Pourquoi prendre une année sabbatique au milieu de tes études?
Bastien: Dès mon entrée à l’unif, c’était mon projet. Je voulais m’investir à fond pendant trois ans pour obtenir mon baccalauréat puis faire une pause avant de rempiler pour deux années supplémentaires et obtenir mon master. Mes parents ont toujours été d’accord avec cette idée…
GUIDO: Qu’est-ce qui te réjouit le plus dans cette aventure?
Bastien: Je suis impatient de découvrir des lieux inconnus et des paysages peu communs. J’espère être surpris par les gens et les situations que je vais rencontrer. Ce ne sera peut-être pas tous les jours faciles mais je suis sûr que je garderai de fabuleux souvenirs de ce périple.
GUIDO: Et qu’est-ce qui t’effraie le plus?
Bastien: Qu’on me pique ma moto en cours d’aventure! (rires)
Le défi de Timothée: une traversée transatlantique en voilier
Timothée, 19 ans, est étudiant en deuxième année d’éducateur spécialisé en activités socio-sportives à l’Institut Parnasse Deux Alice. Diabétique, il est membre de l’association Force Douce qui vise le développement personnel de jeunes en difficulté par la pratique de la voile sportive. Grâce au soutien de cette association et de son école, Timothée a eu l’opportunité d’effectuer une traversée transatlantique en voilier du 5 au 21 mars dernier. Il raconte ce voyage hors du commun.
GUIDO: Parle-nous de ce projet dont tu viens de revenir… Timothée: Avec deux autres étudiants diabétiques (ndlr: Simon, également étudiant en éducateur spécialisé en activités socio-sportives à l’Institut Parnasse Deux Alice et Julien, étudiant en polytechnique) et une équipe de trois personnes (ndlr: un kinésithérapeute, un médecin et le skipper belge Denis Van Weynbergh qui a déjà effectué la Route du Rhum), nous avons réalisé une traversée transatlantique de la Guadeloupe aux Açores. Il s’agit en réalité du retour de la Route du Rhum (ndlr: course transatlantique en solitaire). Nous sommes partis de Point-à-Pitre en Guadeloupe pour arriver à Horta aux Açores, des îles situées à 1.500 kilomètres environ de Lisbonne. Simon a poursuivi la route jusqu’à Nieuport. Cette expérience est une première mondiale.
GUIDO: Comment as-tu été choisi pour participer à cette aventure?
Timothée: Je suis membre de l’association Force Douce depuis cinq ans et comme je suis l’un des plus anciens navigants diabétiques, on m'a proposé de participer au projet. J’en ai profité pour faire d’une pierre deux coups: j’ai proposé cette expérience en guise de stage à mon école afin que celle-ci se poursuive au-delà des quinze jours de voyage. L’école m’a instantanément soutenu.
GUIDO: Comment t’es-tu préparé au départ?
Timothée: En ce qui concerne les notions de voile, je les ai acquises durant plusieurs années via l’association Force Douce. Pour le reste, plusieurs réunions ont eu lieu avec le skipper et le Président de l’association Force Douce, Philippe Pirard. Nous avons pu poser toutes les questions nécessaires. Nos aprioris et nos inquiétudes ont rapidement disparu. Un diététicien a établi nos menus pour l’ensemble de la traversée et un médecin était présent à bord en cas de souci. Heureusement, son intervention n’a pas été nécessaire. La préparation était également mentale: avant le départ, il a fallu se faire à l’idée qu’on serait en pleine mer et loin de tout pendant quinze jours.
«Cette aventure m’a permis d’évoluer et de grandir»
GUIDO: Quels ont été les plus grands défis de ce voyage?
Timothée: Il y avait selon moi deux grands défis. Un défi humain tout d’abord: ce n’est pas toujours évident de vivre pendant quinze jours en vase clos en pleine mer et au milieu de nulle part. On prend parfois sur soi pendant l’aventure. On se remet en question aussi. Ensuite, il y avait également un défi scientifique qui consistait à analyser comment une personne diabétique évolue dans de telles circonstances.
GUIDO: Qu’est-ce que cette aventure t’a apporté?
Timothée: Elle m’a permis d’évoluer et de grandir. Cette expérience représente une étape importante dans mon apprentissage de la voile et du diabète. L’aspect humain était également incroyable.
GUIDO: Que souhaites-tu communiquer sur cette expérience?
Timothée: Beaucoup de personnes pensent que le diabète empêche de vivre normalement. Cette expérience prouve le contraire et redonne espoir à d’autres personnes diabétiques. En parlant de ce voyage dans les médias et dans des écoles, on espère toucher un maximum de personnes afin de les informer davantage sur le diabète et leur permettre de mieux comprendre cette maladie. Nous avons reçu de nombreux messages de parents disant que nous avions redonné de l’espoir à leurs enfants. C’est super!