DOSSIER: ET SI GOOGLE S’EMPARAIT DE TES ÉTUDES?
Si Internet est omniprésent dans nos existences, force est de constater que Google n’en est pas loin non plus. On google par ci, on google par là et, en règle générale, on est assez satisfait du résultat obtenu. C’est que Google est une formidable machine de guerre qui permet à des millions d’internautes, chaque jour, de trouver l’information qu’ils auraient mis des heures à chercher il y a quelques décennies à peine.
Mais cette quasi hégémonie de Google impose que l’on se pose certaines questions. Les techniques de référencement, maîtrisées par quelques gourous des mots-clés, ne risquent-elles pas de formater un mode à penser? Lorsque Google est utilisé dans le cadre d’études, à tous les niveaux de l’enseignement, des humanités au supérieur, ne risque-t-on pas de lisser les modèles, de standardiser la pensée? Et que penser alors des nombreux outils mis en place par la société de Moutain View, dans la Silicon Valley, qui ont tendance à tous nous faire tourner Google, de la messagerie instantanée à la boîte mail en passant par le fameux moteur de recherche, mais aussi mille et un outils dont nous parlerons et qui sont censés nous permettre de vivre plus facilement notre existence, qu’elle soit réelle ou virtuelle?
En d’autres termes, faut-il se méfier de Google ou simplement apprendre à en connaitre les rouages pour mieux le contrôler? Nous avons rencontré des professeurs et des étudiants dont les avis ne sont pas forcément divergents…
LA PARTIE IMMERGÉE DE L’ICEBERG
Lorsqu’on dit ‘Google’, on pense forcément au célèbre moteur de recherche, à deux doigts d’être monopolistique, sur lequel on se rue littéralement pour faire des recherches en tout genre, qu’il s’agisse de trouver la nouvelle pizzeria du coin ou de trouver un texte ancien pour peaufiner un mémoire de fin d’études. Mais quels sont les risques dudit quasi-monopole?
Stéphane est professeur de géographie dans le secondaire, mais son expérience a de quoi inquiéter les étudiants que vous êtes quant à la qualité des travaux effectués. «J’ai souhaité me mettre à la page. Je ne suis pas très âgé et je passe énormément de temps sur Internet. J’ai donc trouvé légitime, sachant que mes élèves étaient, eux aussi, des aficionados du Net, de leur demander d’effectuer un travail de recherche sur le Liban. Les consignes étaient claires: ils avaient le droit de délaisser leurs habituels livres de bibliothèques pour se ‘contenter’ de recherches sur la Toile. Seule obligation: m’indiquer chacune des sources choisies pour rédiger leur travail. Au-delà de la bonne compréhension qui ravage ce petit pays du Moyen Orient, j’ai été surpris du résultat. Sur une vingtaine de copies, une importante majorité des sites cités étaient identiques, le désormais célèbre Wikipédia trônant fièrement en tête de statistiques,» s’inquiète-t-il.
Nivellement par le bas?
Si l’exemple nous vient de l’enseignement secondaire, il pourrait sans doute fort bien s’appliquer à l’enseignement supérieur et à l’université en particulier, pourtant lieu où le mot recherche est sensé trouver tout son sens. Pierre est étudiant en 3ème Bac en Histoire de l’Art à l’Université Libre de Bruxelles et le confesse humblement: «J’ai tendance à ne regarder que les premiers résultats de mes recherches sur Google et, forcément, ce sont toujours les mêmes sites qui reviennent en premier. J’aime que les choses aillent vite, donc je puise mon information dans ces sites-là, sans me préoccuper de ce que je pourrais trouver dans les pages suivantes.» Certes, on pourrait dire que le premier qui n’a jamais fait pareil jette la première souris à Jean, mais ne risque-t-on pas alors de vivre une époque curieuse où les informations ne s’enrichissent plus de réflexions, de recherches et de contradictions, mais se suffisent à elles-mêmes et se répètent indéfiniment, les mots changeant à peine d’une fois à l’autre?
Prise de pouvoir intellectuelle
Thomas est assistant dans la même faculté que Pierre et pousse le raisonnement encore plus loin. «Certains diront que c’est de la science-fiction de bas étage, des extrapolations hasardeuses peu dignes d’un universitaire, mais ne doit-on pas craindre que d’aucuns tentent ainsi de maîtriser l’information et forgent pour le monde une nouvelle manière de penser?» Au jour d’aujourd’hui, l’idée du grand complot virtuel destiné à maintenir le bon peuple et son élite – les universitaires actuels qui deviendront les dirigeants de demain – sous la coupe d’une pensée unique est sans doute exagérée, mais il faut s’en inquiéter.
Elle est loin l’époque où, lorsqu’on trouvait une information utile sur un sujet donné, on tentait de trouver une seconde source pour pouvoir confirmer celle-ci. N’est-ce d’ailleurs pas là la base du travail universitaire? «J’ai eu des cours qui ont souligné le danger des sources uniques, l’importance de diversifier les méthodes de travail pour être certain de pouvoir faire une synthèse de plusieurs points de vue afin d’obtenir une nouvelle vision d’un sujet précis. Mais, comme tout être humain, j’aime cette facilité à ne pas devoir passer des heures comme un rat de bibliothèque,» poursuit Pierre.
La pertinence des informations recueillies
Le danger réside essentiellement dans la pertinence des informations recueillies, mais aussi dans la précision de celles-ci. Pour bien comprendre, il faut savoir comment fonctionne ce fameux moteur de recherche. Disséminés à travers le monde, des ordinateurs mouchards ne cessent de fureter pour découvrir les sites existants, nouveaux et en métamorphose pour ensuite, en respectant un algorithme qui fait la fierté de la société, les classer par ordre de pertinence.
Et c’est là que le bât blesse puisque certains étudient avec passion les tenants et aboutissants dudit algorithme pour pouvoir ensuite modifier leur site, histoire qu’il se trouve en bonne place lors d’une recherche Google sur des mots-clés précis. «Ce qui veut dire que ce ne sont pas les sites contenant l’information la plus intelligente qui se trouveront en premières places, mais bien ceux dont le contenu et la forme ont subi un lifting suffisamment profond pour que les fouineurs googliens leur mettent le grappin dessus,» explique Jean, étudiant en informatique et passionné par le référencement naturel. L’inquiétude est alors de voir de grands groupes, d’information ou de consommation – ce qui revient souvent au même – prendre le contrôle de la pensée en mettant de nombreux professionnels à l’œuvre pour que leurs sites, et donc leur façon de voir le monde sous toutes ses facettes, soient ceux les plus consultés. Pire, sous couvert d’informer et d’instruire, d’aucuns n’hésiteront pas à vendre des produits commerciaux, ôtant toute objectivité au contenu ainsi fourni.
Sauvés par le gong
Si le moteur de recherche Google est la partie immergée d’une gigantesque machine commerciale dont nous allons découvrir en quoi les rouages peuvent être utiles aux étudiants s’ils arrivent à bien en maîtriser les tenants et aboutissants, il n’est pas non plus un dictateur soumettant une populace un peu idiote à son diktat. «Il faut malgré tout un peu relativiser,» souligne Thomas. «C’est bien beau de ne s’intéresser qu’à Internet et de ne regarder que les premiers résultats apparaissant dans Google. Cela ne fonctionne que pour les travaux de base. Et si l’on vous demande de retrouver à quelle date a été signé un armistice quelconque, pas besoin d’aller chercher midi à quatorze heures. A l’inverse, lorsque les travaux se font plus complexes – comme c’est souvent le cas à l’université et proportionnellement avec les années d’études – se contenter des premières pages de Google ne permettra pas de briller, à peine de jeter un peu de poudre aux yeux à laquelle, je l’espère, le corps enseignant ne sera pas sensible.»
Et Pierre de surenchérir: «C’est vrai qu’en première année, il ne fallait pas pousser nos recherches trop loin. En troisième, la donne n’est plus la même. Bien sûr, je continue à faire mes recherches d’abord et avant tout sur Internet puisque je peux y trouver des ouvrages complets, documentés et enrichis de bibliographies me permettant, à mon tour, de poursuivre mes recherches. Mais je ne peux plus me permettre d’être superficiel. L’avantage de Google? A mes yeux, c’est la puissance du moteur de recherche qui nous permet de décider si l’on veut dégrossir le terrain dans notre propre langue ou, au contraire, aller chercher une information à l’autre bout du monde. Au final, je ne pense pas que nous puissions gagner beaucoup de temps par rapport à une recherche classique en bibliothèque. Par contre, le champ d’investigation s’est élargi de façon considérable et ça, c’est passionnant!»
Des alternatives existent…
Le but n’est pas ici de faire le procès de Google, mais plus de l’utilisation que l’on en fait. Force est d’ailleurs de constater que, sur certains sujets, une recherche effectuée sur Google ou sur un autre moteur de recherche offre exactement le même résultat. Pour celles et ceux qui voudraient se détacher du géant américain, il existe des alternatives. Celles-ci s’appellent Yahoo!, Bing, Scroogle, Baidu, …
Mieux encore: le travail universitaire étant particulièrement ciblé, il peut être intéressant d’effectuer ses recherches sur des moteurs de recherche spécialisés. Il en existe quasiment pour toutes les disciplines étudiées. Le futur médecin ira ainsi sur SearchMedica tandis que le régent préférera Spinoo. Pour connaître le moteur de recherche qui correspond à vos études, parlez-en dans votre cercle ou consultez les étudiants des années supérieures, ils sont souvent de bons conseils.
DES OUTILS POUR LA VIE
L’avantage avec Internet, c’est qu’on a le choix. Mais si certains sont des fans inconditionnels d’Apple, nombreux sont ceux qui commencent doucement, mais sûrement à ne jurer que par Google. Et, de fait, pour les études comme pour la vie courante, ce ne sont pas les outils qui manquent dans cette galaxie en croissance constante…
La recherche en fer de lance
Une chose est certaine, rechercher des informations sur le net reste le premier métier de Google et, pour ce faire, plusieurs outils vous sont proposés en plus du moteur de recherche classique. Pour les atteindre, il suffit, une fois que vous avez ouvert une page Google, de cliquer sur ‘Plus’ puis ‘Encore plus’ pour découvrir l’offre pléthorique qui vous est faite. «J’aime particulièrement le fil actualités,» nous dit Séverine, étudiante en journalisme qui a configuré le moteur de recherche pour qu’elle reçoive les informations sur le domaine qui l’intéresse plus particulièrement (ndlr: la politique internationale) directement dans sa boîte mail.
«J’aime aussi Google Desktop qui me permet de tout retrouver sur mon propre ordinateur qui n’est pas vraiment bien… rangé. Des photos de mon petit ami que je dois effacer parce que j’ai fait un reset de l’histoire au résumé qu’une copine m’avait envoyé des semaines avant l’examen, il suffit de quelques clicks pour tout trouver. Lorsque je dois retrouver dans quel livre j’ai piqué une citation, la recherche par livres est assez intéressante. Et quand je n’ai rien à faire, je pousse une pointe sur Google Earth. J’ai l’impression de voyager à la vitesse de la lumière,» nous avoue Séverine.
Des outils très pratiques
Google, ce sont aussi des outils méchamment pratiques. Retour chez Séverine qui, comme tu l’auras compris, est un Google Maniak. «Ma boîte mail est bien évidemment une Gmail, mes photos de vacances sont sur Picasa, hyper pratique pour les partager avec mes copines et nous sommes de plus en plus nombreux à utiliser Talk pour parler entre nous. C’est vrai que cela peut paraître monomaniaque, mais c’est très facile, et ce, d’autant plus que tous ses services (ndlr :gratuits, est-il besoin de le préciser) sont en interaction permanente. Quand je suis sur mon mail, je vois si j’ai des amis connectés et je peux leur parler sans devoir ouvrir de programme supplémentaire,» s’amuse-t-elle.
Mais l’offre n’est pas seulement ludique: avec des produits comme ‘Documents’, plus besoin (ou presque) de faire les frais d’une suite bureautique (pour rappel, OpenOffice est totalement gratuit et extrêmement pratique) et ‘Traductions’ qui permet à tout le moins de comprendre le sens d’un texte simple écrit dans une langue étrangère, tout étudiant qui se respecte a de quoi affronter le monde.
Cinq conseils estampillés Google
Google crée même des pages pour aider les étudiants à améliorer leurs performances grâce à la marque. Les cinq conseils suivants permettront de booster tes résultats avec Google.
- 10 millions de livres ont été scannés par Google. L’outil ‘Livres’ permet donc de retrouver très facilement des citations.
- Avec Google Scholar, ce sont des millions de travaux d’étudiants universitaires qui sont mis à votre disposition, comme source d’inspiration, mais faites attention au plagiat.
- Lors d’une recherche dans Google, l’onglet ‘Show Options’ permet d’affiner ses recherches et de trouver des informations sinon oubliées.
- A tout moment, vous pouvez choisir la langue dans laquelle vous faites vos recherches, voire faire vos recherches dans toutes les langues. Parce qu’il y a une vie en dehors du campus…
- La fonction ‘Images’ de ton moteur de recherche te permettra de mettre un peu de couleurs dans tes travaux à l’aide de photos se trouvant dans une photothèque contenant plus de deux millions de spécimens.
Es-tu, comme Séverine, un(e) Google Maniak?
Réponds par oui ou par non aux affirmations suivantes:
· Tu utilises Google pour faire tes recherches sur Internet.
· Ta boîte mail est une boîte Gmail.
· Ton navigateur est Chrome.
· Tu recherches des endroits sympas via Google Maps.
· Ton smartphone fonctionne sous Android.
Tu as répondu au moins trois fois ‘oui’ à ces affirmations? Pas de doute, tu es un Google Maniak!
Serions-nous les dindons d’une mauvaise farce?
Certes, Google est une merveilleuse machine de guerre, quand bien même celle-ci serait pacifique, ce qui, je vous le concède, est antinomique. Certes, une fois qu’on n’a plus accès aux services auxquels nous sommes habitués, nous sommes un rien perdus. Mais quand même: ne devrait-on pas se poser cette question toute bête de savoir pourquoi des génies de l’informatique déploient à ce point tant d’efforts pour nous proposer une foultitude de produits?
Mon esprit suspicieux tend à y voir une volonté purement commerciale. En centralisant toutes mes démarches sur Internet, en m’incitant à effectuer une grande majorité de mes démarches sur Internet en passant, de façon directe ou détournée, par Google, ne suis-je pas en train d’alimenter une base de données à ce point gigantesque que Big Brother, le héros de George Orwell, pas l’émission de téléréalité, nous apparaîtrait comme un gentil lutin nourri de bonnes intentions.
Cette base de données n’aurait d’ailleurs pas pour but de nous surveiller ou de vérifier que nous sommes encore et toujours sous le joug d’une puissance dominatrice, mais plus de fournir des informations pertinentes à une nébuleuse de sociétés forcément mondialisantes. Grâce à ces données, point besoin de faire de coûteuses études de marché: on sait ce que je consomme, ce que je pratique comme sport, quels sont mes loisirs préférés… Il n’est pas très difficile, ensuite, de me faire des propositions à peine malhonnêtes dans lesquelles je plongerai à pieds joints puisque, heureux hasard, elles correspondent pile-poil à mes attentes.