L'AMOUR SUR INTERNET: 1.275 amis et (dramatiquement) seul(e)…
À la genèse de ce dossier, une question aussi simple que futile: avec l’émergence des réseaux sociaux, les sites de rencontres sur Internet ont-ils une quelconque chance de survie? Facebook, Twitter ou Netlog ne se suffisent-ils pas à eux-mêmes pour permettre aux âmes en peine et autres timides de faire des rencontres qui pourraient déboucher sur le grand amour. À en croire les quelques étudiants et étudiantes rencontrés sur les différents campus du pays, la réponse à cette dernière question est clairement ‘non’. Ce qui n’empêche pas lesdits étudiants de répondre un peu embarrassés à la question de leurs amours virtuelles. Ils y sont, ils y ont déjà goûté, mais s’il y avait moyen que leurs potes ne soient pas trop au courant, cela les arrangerait. Comme quoi, malgré l’hégémonie d’Internet et de la communication online, l’amour reste un sujet que l’on préfère préserver dans une sphère somme toute privée et pas sur un disque dur.
JE T’AIME… CLICK… MOI, NON PLUS… DEL…
Rencontrer l’amour sur Internet? Que celui qui n’y a pas pensé un jour nous lance la première souris. Pourtant, on en parle difficilement, et ce, d’autant plus qu’on est jeune. Comme si c’était faire aveu de faiblesse que de dire que l’on a rencontré untel ou untel sur un site de rencontres. Coup d’œil sur un phénomène qui se développe… dans l’ombre des chambres estudiantines.
Lorsque nous nous asseyons dans un café proche du Cimetière d’Ixelles, Emilie sait que nous allons parler des rencontres sur Internet. Mais, dans sa tête, elle est convaincue que nous allons parler du phénomène du moment: Facebook. Alors, quand je lui demande si elle est déjà tombée amoureuse d’un garçon via un site de rencontres, je n’ai qu’un grand blanc comme réponse. Ce n’est qu’après quelques secondes qu’elle arrive à susurrer un «oui» à peine audible, la rougeur lui montant au front me prouvant que l’idée de base de ce dossier n’était pas aussi idiote qu’il n’y paraît. «Je ne sais pas pourquoi j’ai honte d’avoir rencontré des garçons via Internet. La question m’a surprise. Mais, finalement, cela n’a rien de vraiment différent que de rencontrer un autre étudiant lors d’un TD,» se rassure Émilie.
Le jeu de la séduction
Que ce soit Emilie ou d’autres, il semble que, chez les étudiants, ce ne soit pas le désespoir qui les pousse à aller sur des sites de rencontres, mais bien une envie de jouer un jeu de la séduction en toute sécurité, chez soi ou dans son kot, loin des regards et des obligations. «J’ai commencé à surfer sur un site de rencontres pendant mes examens,» avoue Émilie. «Je venais de me gaver de 300 pages de droit et j’avais envie de faire une pause. Certains regardent le tennis, moi, j’ai ouvert une page Internet. Sur mon Facebook, mes ‘amis’ ne faisaient que se plaindre du blocus. Plutôt déprimant. Une copine m’a dit qu’elle s’était fait un compte sur un site Internet et que les conversations qu’elle y menait avaient le don de lui remonter le moral. Je n’ai pas tout de suite compris pourquoi…»
Et Emilie de nous faire le détail de ses premiers pas sur l’Internet de l’amour. «J’ai hésité à mettre ma photo. Et si quelqu’un me reconnaissait? Puis je me suis lancée. En fin de compte, si l’on voyait ma photo, c’est que l’on était aussi inscrit sur ce site. Ce serait un partout, balle au centre. J’ai reçu mes premiers messages quelques secondes à peine après avoir validé mon compte. J’avoue que ce n’était pas très glorieux. J’ose à peine dire la vulgarité des propos et les propositions pour le moins indécentes que l’on m’a faites.» Heureusement, il n’y a pas que ça et, à chaque pause, Emilie prend l’habitude d’aller voir si on lui a laissé un message.
«Les deux premiers à s’octroyer mon intérêt s’appelaient Xavier et Eric. J’ai d’abord été rassurée: ils n’étaient pas dans la même unif que moi. Nous avons commencé par discuter de tout et de rien. Mais j’ai très vite ressenti leur envie de plaire. Mieux: de me plaire.» Les jours s’enchaînent et Emilie se surprend, ses examens derrière elle, à continuer à aller sur le site, sans ce besoin de se changer les idées. «Cela peut paraître puéril, mais cette sensation de plaire à quelqu’un qui ne vous a jamais vu était assez agréable et plus facile à gérer qu’un prétendant qui se retrouve tous les soirs à la porte de votre kot. Les jours où j’avais envie d’être seule ou tout simplement d’aller vérifier notre pouvoir de séduction, à mes copines et à moi, en live, je ne me branchais pas. Sauf que, très vite, je me suis rendu compte que cela me manquait. J’avais envie de rentrer au kot pour me connecter, toute seule. Disons, pour être honnête, que c’est Xavier qui me manquait. Sa conversation était sympa, il partageait les mêmes passions que moi…»
Du virtuel à la réalité
«En fait, de façon imperceptible, j’ai commencé à réduire mes conversations pour ne plus échanger qu’avec lui. Nous avions nos petits rendez-vous virtuels, nous commencions à avoir nos habitudes. Je devais me rendre à l’évidence: je m’attachais de plus en plus. Alors, le jour où il m’a proposé de le rencontrer à Louvain-la-Neuve ‘en tout bien tout honneur’, j’ai accepté. Mais pas à Louvain. J’avais ma fierté. Il n’avait qu’à venir sur Bruxelles,» s’amuse encore Émilie.
La rencontre se passe plutôt bien. «Je me suis demandé, au fur et à mesure que l’heure approchait, s’il allait être là, s’il ressemblerait à la photo qu’il m’avait envoyée et qui, je l’avoue, était plutôt flatteuse, si j’allais lui plaire… Rien qu’à me poser cette dernière question, je savais que j’étais foutue. Si je voulais lui plaire, c’est sans doute que le virtuel ne me suffisait pas. Xavier était comme il me l’avait décrit. Nous avons tout de suite beaucoup ri. Il m’a proposé de boire un verre. Il faisait froid dehors. Je me souviens que nous sommes allés sur la Grand’Place, dans un établissement où il y a une grande cheminée au centre. L’ambiance était au romantisme. Alors, quand il a posé sa main sur la mienne, je n’ai pas bougé. J’ai même dû sourire bêtement. Ce n’est peut-être pas utile que je vous raconte la suite…»
RENCONTRES SUR INTERNET: LES 10 COMMANDEMENTS
Il n’y a pas de règles en amour, que ce soit dans la réalité ou sur Internet. Mais le média incite à la prudence tant il offre des possibilités de mensonge, de faux-semblant et de pièges tendus à quelques âmes tristes trop heureuses de peut-être trouver le bonheur. Au fil de nos rencontres, nous avons décelé ces écueils qui ont fait sombrer ce qui auraient pu être de belles histoires. Avec nos dix commandements, pas de doute, vous allez non seulement vous amuser, mais peut-être tomber... en amour.
1. De m’éparpiller, j’éviterai
Si, pour un ado boutonneux, avoir 500 amis est une preuve de reconnaissance sociale, vous avez – nous l’espérons – dépassé ce stade. Il est donc préférable d’éviter de multiplier les contacts à l’infini. En effet, chacun de ceux-ci est une déception potentielle. À l’inverse, en choisissant bien votre site de rencontres et en sélectionnant l’une ou l’autre personne avec qui vous pensez avoir des affinités, votre quête de l’amour trouvera peut-être un écho sur le web.
2. Honnête, je serai
Si vous avez pris la décision de vous jeter sur un site de rencontres pour trouver l’âme sœur, mieux vaut être honnête dès le départ. Pas besoin de mettre la photo de la bonne copine qui a été troisième dauphine de Miss Hainaut occidental si vous vous sentez juste passable. De même, éviter de vous dire passionné(e) par la plongée si vous ne supportez pas l’eau. Une fois le cap du virtuel dépassé, vous devrez avouer vos mensonges (celui de la fausse photo étant à coup sûr rédhibitoire) et voir votre belle histoire s’écrouler comme un château de cartes.
3. Naturel(le), je resterai
Lorsque vous rencontrez quelqu’un à une soirée, vous ne lui dites pas immédiatement quels sont vos buts dans la vie et combien d’enfants vous souhaitez avoir. Pour Internet, c’est pareil. Évitez d’effrayer vos correspondants en voulant mettre la charrue avant les bœufs. En restant naturel(le), vous construirez une relation et vous vous nourrirez des attentes et souhaits de l’autre. Certes, l’expérience est excitante, mais calmez-vous. Rien ne sert de courir si le but est bien d’arriver à trouver un amour qui dure.
4. Avec modération, je jouerai
Il y a plusieurs raisons d’aller sur des sites de rencontres, plus ou moins recommandables. Faites néanmoins attention à ne pas trop vous disperser dans des histoires abracadabrantesques au risque de vous y perdre vous-même. De même, multiplier les expériences sur un même site, sauf si celui-ci est effectivement dédié à une forme d’échangisme virtuel, peut très vite vous coller une vilaine étiquette qui, même si cela peut paraître surprenant, vous suivra dans la vie réelle.
5. De ma crédulité, je me méfierai
Si tout ce qui brille n’est pas de l’or, tout le monde n’aura pas votre honnêteté sur le net. Méfiez-vous des profils trop beaux pour être vrais et ne vous faites pas des films une fois une conversation terminée. Le net est un espace virtuel où il est très facile de s’inventer une vie. Si, par détresse, vous vous attachez à la fausse vie de quelqu’un d’autre, vous risquez de tomber de fort haut.
6. Ma méfiance, j’adapterai
Dans le même temps, s’il faut éviter d’être crédule, il faut aussi laisser certaines portes ouvertes. À trop vouloir mettre les gens en doute, vous les lassez et vous vous empêchez, peut-être, de vivre une belle aventure. Si, si, on peut être beau, attentionné et délicat… Ne croyez pas tout de suite au mensonge.
7. Mes contacts, je sélectionnerai
Une histoire d’amour, passagère ou non, sur le net, demande un peu de rigueur. En vous connectant et en y réfléchissant bien, vous savez ce que vous souhaitez obtenir, le but de la manœuvre. Faites attention à bien sélectionner les personnes avec qui vous parlez. Non pas pour fermer la porte aux moches ou aux imbéciles, mais plus pour vous permettre d’avoir une vie réelle et de ne pas virer au virtuel absolu.
8. Mes coordonnées, je préserverai
Faites attention, lorsque vous êtes sur un chat sur un site de rencontres, à ne pas en dévoiler trop, trop vite. Si, quand vous rentrez dans un bar, vous ne donnez pas votre carte de visite à tout le monde avant d’adresser la parole à qui que ce soit, faites pareil lorsque vous êtes sur Internet. Vous éviterez ainsi qu’une personne que vous connaissez à peine ne vous téléphone à trois heures du matin pour vous déclarer sa flamme (le plus souvent dans un accès de soûlographie intense).
9. À être actif(ve), je m’astreindrai
Sur le net comme dans la ‘vraie’ vie, il faut se bouger un peu pour obtenir ce que l’on souhaite. Vous inscrire sur un site ne sert à rien si vous n’y mettez pas un minimum du vôtre pour susciter l’intérêt des uns ou des autres. Attention, un conseil dont vous userez avec modération pour éviter de devenir très vite la gentille organisatrice des rencontres des autres.
10. Du virtuel, je sortirai
Enfin, au risque de se répéter, il est indispensable que vous sortiez, à un moment ou un autre, du virtuel. Certes, celui-ci a tendance à effacer tous les aspects négatifs de la vraie vie, mais, comme son nom l’indique, ce n’est pas la vraie vie. À trop idéaliser le virtuel, vous risquez ainsi de ne plus supporter la réalité et à ne plus jamais pouvoir sortir de relations ‘trop belles pour être vraies’.
À CHACUN SON SITE
Impossible de citer ici tous les sites Internet qui ont fait leur la mission de vous trouver l’âme sœur. Cette offre pléthorique pourrait vous faire craindre de passer à côté de la perle rare. C’est peut-être également le moyen de mieux cibler le site où se trouvera votre prince charmant ou votre belle princesse…
Selon le but recherché
Que ce soit pour alimenter un tableau de chasse (virtuel ou non) ou pour trouver le grand amour, vous n’irez pas sur les mêmes sites. Pour faire court, moins le moteur de recherche du site vous permet de faire des recherches par affinités, plus vous courez le risque de tomber sur n’importe qui, avec des intentions tantôt déplacées tantôt ennuyantes.
Selon le style recherché
De même, l’offre de site étant à ce point diversifiée, il est possible aujourd’hui de faire des rencontres via des sites plus spécialisés. Mieux: les forums de sites qui n’ont pas vocation à susciter les rencontres deviennent alors l’occasion de lier une amitié (et plus si affinités) avec quelqu’un. Nous avons ainsi rencontré un étudiant en histoire de l’art qui a rencontré sa désormais petite amie via un site parlant de l’art du vingtième siècle.
Vous le voyez, tout est possible sur Internet, le pire comme le meilleur. Ce qui nous fait dire que, en somme, réalité et virtualité ne sont pas si différentes que cela lorsqu’on s’implique un peu dans ce que l’on fait.
NOUVELLE RÉVOLUTION LIBERTAIRE?
Et si les sites de rencontres étaient un moyen de se libérer du carcan de notre société, faussement permissive? Et si les sites de rencontres étaient un moyen de vivre des expériences que l’on se croyait interdites? Olivier, étudiant en graphisme, a découvert des tas de choses grâce à ces sites, notamment que les filles sont moins sages qu’il n’y paraît…
Lorsque nous rencontrons Olivier, nous lui parlons de l’expérience d’Emilie. Sa réaction nous surprend: «Ça, c’est une sage. Moi, j’en ai connu d’autres…». Il en a trop dit ou pas assez, mais a réussi, en tout cas, à titiller notre curiosité. Car si Emilie se plaignait d’être abordée trop souvent par des lourdauds qui voyaient en elle de la chair fraîche à consommer sans modération, Olivier a lui aussi découvert son statut d’homme-objet. Et on caricature à peine.
À un click de l’extase…
Olivier s’est rendu sur un site de rencontres pour se faciliter la vie. «Je suis terriblement timide. Comme je ne peux pas tout miser sur mon physique, j’ai toujours eu des difficultés à me lancer dans une histoire d’amour, même passagère. J’ai entendu parler des sites de rencontres sur le net, et j’avoue que je ne regrette pas.» En effet, quelques jours après son inscription, Olivier fait sa première rencontre en réel. «J’ai été surpris de la rapidité avec laquelle certaines filles évoquent une possible rencontre et affirment que celle-ci n’aura pas forcément de suite. ‘Amitiés améliorées’, qu’elles appellent ça. En gros, elles ont envie de s’envoyer en l’air et chassent sur le net, beaucoup moins dangereux que certains bars où il est difficile de reculer si l’on a allumé le chaland.»
Filles faciles?
Mais Olivier insiste: «Pas question de les prendre pour des filles faciles. Simplement, quand un garçon explique qu’il a juste envie de passer une nuit agréable avec une fille, tout le monde trouve ça normal, quand une fille le fait, cela devient forcément une salope. Les quelques filles du genre que j’ai rencontrées – il avoue aussi que celles-ci se comptent sur les doigts d’une main, mais qui sait savoir si elles sont nombreuses ou pas – ont d’abord voulu savoir qui j’étais, ce que je faisais et surtout, si je comprenais bien que je ne devais pas m’attacher.» Au final, Olivier ne regrette pas son incursion sur le net du cœur. Aujourd’hui, il a une petite amie et entend entretenir son couple. Il a effacé son profil des trois sites sur lesquels il était inscrit et espère que Nathalie, ladite petite amie, a fait pareil. Quand nous lui avons posé la question, elle n’a pas voulu répondre.