La 'Solar Team' belge vers une victoire dans la course de véhicules solaires en Australie?
La Punch Powertrain Solar Team, qui se compose de dix-sept étudiants-ingénieurs de Louvain, participe en ce moment au World Solar Challenge, une course de véhicules solaires traversant l'Outback australien, sur une distance de 3000 kilomètres. Ces dix-sept étudiants ont eux-mêmes construit l'entièreté de leur véhicule solaire. Comment ils s'y sont pris et pourquoi ils veulent (vont, osent-ils même déclarer) gagner, telles sont les questions que nous leur avons posées.
C'est déjà la cinquième fois qu'un véhicule solaire belge participe au World Solar Challenge, mais un nouveau point de règlement du concours a imposé aux nouveaux participants d'entièrement reconcevoir la voiture. Ce ne fut pas un problème pour les étudiants belges de la Solar Team, qui ont construit pendant un an leur voiture solaire Indupol One.
1 soleil, 1 voiture, 4 roues, 2 moteurs, 17 étudiants, 3000 kilomètres
Donaat Dieryck (21 ans) est le porte-parole de l'équipe et un des trois pilotes. Il n'est pas vraiment le plus grand et le plus gros de la bande, ceci explique cela?
Donaat: C'est une des raisons, en effet. Cette voiture est plus grande que celles des précédentes éditions, il y a donc plus de personnes qui peuvent y monter. Les règles imposent un poids de 80 kilos. Je ne pèse que 55 kilos, on ajoute donc du poids quand c'est moi qui conduis.
GUIDO: Vous roulez du Nord au Sud, à travers l'Australie. C'est loin, il y fait très chaud. En-dehors du fait que votre voiture solaire ne doit jamais cesser de rouler, la logistique est-elle considérable?
Donaat: La voiture solaire a déjà des véhicules qui l'accompagnent et derrière la caravane, un camion transporte notre matériel de camping et d'autres choses. On doit s'arrêter à cinq heures du soir et installer notre camp où que l'on soit. À huit heures du matin, on peut repartir.
GUIDO: Que se passe-t-il en cas de pluie?
Donaat: En absence de soleil, on roule sur batterie, mais ça ne nous emmène pas très loin. Et ça va aussi plus lentement. Cependant, la voiture est imperméable, ses composantes résistent donc à une averse. S'il fait nuageux pendant plusieurs jours, on est alors dans l'obligation de s'arrêter pendant une journée. Heureusement, c'est également valable pour les autres équipes.
GUIDO: Qu'est-ce que cette voiture a de nouveau par rapport à la précédente?
Donaat: La nouveauté, c'est que nous avons maintenant quatre roues. Cela faisait partie du règlement, il ne pouvait donc en être autrement. Cela nous a donné l'occasion de construire un moteur aussi bien devant que derrière. Mais il est possible qu'on ne roule que sur un moteur pendant la compétition. Les tests doivent encore le démontrer.
GUIDO: Dans la vie de tous les jours, une voiture qui marche à l'énergie solaire, est-ce possible selon vous?
Donaat: Certainement, mais pas dans un futur proche. Le scénario le plus réaliste étant une voiture électrique avec des panneaux solaires.
GUIDO: Tous les membres de l'équipe sont aux études avec toi.
Donaat: Oui, nous étudions tous dans la même université, en dernière année, même si je dois reconnaître qu'il y en a un qui est déjà diplômé. Les études d'ingénieur industriel sont normalement un master d'un an, mais on l'a étalé sur deux années pour disposer du temps nécessaire pour ce projet.
GUIDO: Les tâches sont-elles bien divisées au sein de votre groupe?
Donaat: Évidemment. Tout le monde a sa propre fonction. Il y a différents managers, qui sont responsables de la répartition des tâches entre les bonnes personnes. Untel s'occupe de la batterie, l'autre des panneaux solaires, chacun a sa propre tâche. À côté de cela, il y a encore des tas de petites tâches, moins spécifiques, et chacun apporte donc sa pierre à l'édifice.
GUIDO: Cette séparation des tâches est-elle adaptée aux capacités spécifiques de chacun?
Donaat: Au début du projet, les membres de l'équipe ont postulé pour une fonction spécifique, ils l'ont donc en principe choisie. Tout le monde a reçu la fonction qu'il voulait.
GUIDO: Vous êtes dix-sept à partir pour l'Australie?
Donaat: Oui. Grâce à nos sponsors, nous avons assez de budget pour emmener l'équipe entière là-bas. Nous sommes une ASBL, tout est donc financé par les sponsors. Nous sommes encore des pauvres étudiants. (rires)
GUIDO: Ce projet fait-il partie de votre travail de fin d'études?
Donaat: Non, le projet en soi ne fait pas partie de notre mémoire. Il faut voir la Solar Team comme un post-graduat, quelque chose en plus de notre diplôme, même s'il va de soi que beaucoup de membres de notre équipe utiliseront un pan de leur expérience pour leur TFE. Après l'Australie alors. Pour ceux qui ont réalisé un travail purement technique, c'est évident, mais pour moi, c'est plus difficile. J'ai un rôle dans le marketing au sein de l'équipe, il est donc difficile d'en faire un travail de fin d'études dans mon orientation d'études.
GUIDO: Un tel projet constitue-t-il un bon tremplin vers un job dans une des entreprises qui vous sponsorisent?
Donaat: En quelque sorte. D'ailleurs, c'est précisément ce qui motivent un nombre d'entreprises à sponsoriser ce projet. Ils espèrent ainsi se faire connaître des étudiants en tant qu'employeur potentiel. Mais le projet est en principe un tremplin vers un job dans n'importe quelle entreprise. C'est pour nous une belle carte de visite. On a ainsi la chance de montrer au monde extérieur ce que nous avons réalisé pendant nos années d'études, ce qui peut intéresser les employeurs.
GUIDO: Vous partez en Australie pour gagner?
Donaat: (sans hésiter) On y va pour décrocher la première place. La voiture est prête, et nous aussi.
Aurélie Smeekens (22 ans) est la seule fille de la 'Solar Team'
GUIDO: Quelle a été ton rôle lors de la construction de la voiture? Aurélie: Avec Pieter-Jan Pattyn, j'ai conçu l'esquisse structurelle. Le corps de la voiture en quelque sorte. L'extérieur.
GUIDO: Tu fais aussi partie des pilotes.
Aurélie: Je suis légère et petite, voilà la raison. La cabine de pilotage n'est pas si grande.
GUIDO: Tu es prête à avoir chaud?
Aurélie: En plein soleil australien, on s'attend à des températures allant jusqu'à cinquante degrés dans la cabine. Et je devrai subir cela pendant quatre heures de suite.
GUIDO: En tant que seule fille de l'équipe, tu t'es bien intégrée parmi les garçons?
Aurélie: Ça, il faudrait le demander aux garçons. (rires) On a travaillé pendant plus d'un an pour construire cette voiture. Entre-temps, on est devenu une équipe solide.
GUIDO: Comment cela se fait-il que si peu de filles choisissent des études techniques?
Aurélie: Je serais dans l'incapacité d'en faire une généralité, ayant moi-même grandi dans la technique. Mon père était tout le temps en train de réparer des choses et on avait le droit de l'aider. Peut-être les filles ont-elles peur d'entreprendre des études d'ingénieur parce qu'elles savent alors qu'elles se retrouveront avec plein de garçons?
Suis la course sur www.solarteam.be