VIVRE EN KOT: La liberté… sous conditions!
C’est décidé. Cette année, tu quittes le nid familial pour voler de tes propres ailes. Tu sais depuis quelques semaines où tu vas koter et le sentiment de liberté qui t’étreint a déjà un parfum d’aventure. Mais attention: le rêve peut se transformer en cauchemar si tu ne t’imposes pas certaines règles et, plus encore, si tu ne les respectes pas…
Se lever à pas d’heure et se coucher quand on le souhaite. Manger ce que l’on veut, quand on veut, avec qui on veut. Pouvoir ramener quelqu’un après une soirée sans craindre, le lendemain matin, les regards égrillards de son père tellement fier de voir son fils devenir un homme. Arrêter de devoir subir le regard désapprobateur de sa mère qui trouve que, vraiment, cette jupe est trop courte pour aller aux cours. Pas de doute, vivre en kot, c’est s’offrir une tranche de liberté indéniable, c’est goûter à ce plaisir indicible de ne devoir rendre de compte à personne. Du moins, c’est ce que l’on croit… au début…
Il y a kot et kot
Au moment de lire cet article, si tu as décidé de suivre cette année académique en kot, il est fort à parier (et à souhaiter) que tu as déjà trouvé ton kot. Tu sais donc si tu as l’opportunité de vivre dans ce qu’il convient d’appeler un studio ou plutôt dans une maison divisée en chambres dont les occupants partageront certaines pièces en commun comme la cuisine, la salle de bains… Il est évident que la façon de vivre dans l’un n’est en rien identique à celle de vivre dans l’autre. Si, dans un kot individuel, ta principale crainte sera un laisser-aller entraînant une quasi-impossibilité de ranger sans devoir faire appel à une équipe (souvent composée de papa et maman), la vie en communauté exigera une discipline du quotidien afin que tout le monde puisse, justement, trouver son espace de liberté.
«J’ai d’abord vécu dans un kot seul,» se souvient Thomas, étudiant en troisième année de sciences politiques. «L’absence de contrôle est magique. On vit à son propre rythme. Il m’aura fallu attendre la session de Noël pour me rendre compte que mon propre rythme ne correspondait en rien à celui de l’université. J’avais pris un retard considérable et les TP obligatoires où l’on tolérait quelques absences n’étaient pour moi qu’une vue de l’esprit. Mais le plus gros choc est arrivé lorsque mes parents m’ont fait comprendre que, après trois mois de vie seul, ils ne verraient pas d’un mauvais œil de se faire inviter, même si ce n’était que pour manger une pizza surgelée sur un coin de table. J’ai mis une journée complète à ranger, à aérer et à espérer qu’ils ne capteraient pas l’odeur de tabac. Pas que je doive leur cacher que je fume, mais bien parce que le bail de location indiquait clairement que l’espace était non-fumeur. En gros, la galère… Les années suivantes, j’ai intégré un kot en colocation. Les choses ne sont pas réellement différentes sinon qu’il faut beaucoup plus compter avec les autres au quotidien et que l’on ne peut pas forcément remettre les corvées au lendemain. Fini la procrastination en kot communautaire…»
La guerre des sexes
Certaines différences peuvent également induire des situations différentes. En d’autres termes, dans un kot aussi, il faudra se souvenir que les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus. Si le kot est pour les uns une zone de repli pour se retrouver chez soi, ce sera, pour les unes, un second chez soi avec ce que cela comporte d’exigences. «L’année passée, j’ai emménagé dans un kot occupé par deux autres garçons et deux autres filles. Nous avons dû très rapidement mettre au point un modus operandi. Les garçons avaient tendance à voir dans les communs – un salon, une salle de bains et une cuisine – une extension de leur propre chambre. Nous, les filles, nous voyions les choses différemment. Le salon, par exemple, devait être un endroit où l’on pouvait se retrouver tous ensemble, inviter des amis, voire même notre famille. Pas toujours facile si l’on doit y retrouver des chaussettes sales,» nous raconte Delphine, étudiante en journalisme.
Si la notion-même de propreté est différente chez un garçon ou chez une fille – sans compter qu’il pourra être différent entre deux garçons ou deux filles – il faudra aussi tenir compte de l’attitude à adopter. Un lieu commun de croire que les filles sont moins à déballer leurs histoires de cul? «Pas si sûr,», poursuit Delphine. «Nous avons dû, là aussi, établir quelques règles de vie pour éviter que cela devienne rapidement insupportable les uns pour les autres. Nous ne sommes pas des oies blanches, mais l’humour parfois un peu lourd des garçons pourrait devenir carrément insupportable si on est obligé de le supporter dans notre kot au quotidien.»
À chaque jour suffit sa tâche
Vivre en kot, que ce soit seul ou en colocation, nécessite une certaine rigueur si l’on ne veut pas se laisser dépasser par des choses somme toute assez simples du quotidien. Il faut te rendre à l’évidence. Fini cette belle époque où, après avoir pris son petit déjeuner, maman venait patiemment ramasser les miettes laissées sur la table, éponger les gouttes de lait curieusement échappées d’un bol de céréales et la vaisselle utilisée tout au long de la journée se retrouver propre dans l’armoire par on ne sait quel miracle. Désormais, si la tasse de café est laissée sur le bord de la table, il y a de fortes chances qu’elle y reste, commençant par sécher et, s’il y restait suffisamment de café, à offrir cette désagréable découverte de la prolifération de la moisissure. «Nous avons eu le problème avec un de nos colocs,» avoue Coralie, étudiante en sciences politiques. «Systématiquement, il laissait traîner les restes de son dîner dans le salon, avant de sortir. Du coup, nous étions toujours obligés de laver sa vaisselle pour éviter que cela devienne un cloaque. C’était atroce: j’ai presque eu l’impression d’être ma mère quand j’ai dû lui faire la remarque (rires).» L’histoire s’est bien terminée, sauf pour le colocataire indélicat puisque, après une première session désastreuse, il a décidé que les études, comme la vaisselle, ce n’était pas pour lui.
Heureusement, pour éviter que la vie en kot ne vire très vite au cauchemar, il existe des solutions. À commencer par établir une répartition des tâches. Celle-ci ne doit pas être immuable sous peine de créer, une nouvelle fois, des tensions. Si c’est toujours le même pauvre bougre qui doit descendre les quatre étages sans ascenseur avec deux sacs-poubelle à l’odeur pestilentielle, il y a de fortes chances, voire des risques certains, que quelques semaines plus tard, il n’oublie ladite tâche. Créez un tableau qui reprendra les différentes tâches ainsi que les différents occupants du kot. Toutes les semaines, tous les mois, établissez qui fera quoi. Chacun devra ensuite nourrir suffisamment de respect envers les autres colocataires pour s’acquitter de sa tâche avec régularité. Cela répond, en fait, à une caractéristique de la vie en société. Sans un certain ordre, il devient vite impossible de vivre tous ensemble. «C’est pareil lorsqu’on vit seul dans un studio,» indique Thomas. «Sauf que lorsqu’on est seul, on n’est pas soumis à la pression des autres. On ne la descend pas forcément, cette fameuse poubelle et on ne lave pas la salle de bains toutes les semaines comme on devrait le faire. Du coup, les poubelles s’accumulent et on est rouge de honte la première fois qu’on ramène une fille ‘chez soi’ et qu’elle cache difficilement son dégoût en ressortant de ladite salle de bains.»
Courses et repas
Delphine souhaite pointer du doigt un poste qui a régulièrement failli faire exploser la bonne entente au sein de la colocation. «Les courses et les repas ont été assez difficiles à gérer au début de notre colocation. Nous avions décidé que chacun se débrouillait pour manger sans nous inquiéter les uns des autres. C’était, à nos yeux, la solution la plus simple et la plus efficace. Sauf que, très vite, untel ne trouvait plus le paquet de pâtes ramené le lundi précédent en revenant de chez ses parents. Un autre s’est énervé de voir son pot de mayonnaise se vider terriblement vite. C’était idiot de se monter les uns contre les autres pour des bêtises de ce genre, mais il faut se rendre compte que pour celles et ceux qui n’ont pas la chance de pouvoir aller faire les courses avec leurs parents, le poste nourriture est une grosse partie de leur budget global.»
Là encore, les solutions sont simples. Dans un premier temps, il peut être intéressant de créer un pot commun, alimenté tous les mois, qui permettra d’acheter tous les produits de première nécessité dont des colocataires peuvent avoir besoin pour vivre au quotidien. Si l’on comprend très bien que chacun souhaitera avoir son shampoing, son gel douche, il devient presque ridicule de demander à chacun de garder précieusement son rouleau de papier toilette dans sa chambre pour être certain que personne d’autre ne l’utilisera. Pareil pour les pots de sel dont il serait idiot d’en voir cinq ou plus encombrer le plan de travail d’une cuisine souvent trop petite. Établir une liste d’achats qui seront effectués à tour de rôle permettra de faire des économies d’échelles. Delphine va même plus loin: «Nous en sommes arrivés à noter sur un tableau blanc les plats que nous allions préparer durant la semaine. Si certains se montraient tentés, il suffisait de l’indiquer et le cuistot d’un soir préparait le menu en conséquence. Très vite, on s’est rendu compte que nous aimions nous retrouver les uns avec les autres.»
La fête, mais pas trop
La tentation est également grande de faire de son kot un endroit où la fête bat son plein jour après jour. Lorsqu’on vit seul, cela ne pose pas de problème sauf, éventuellement, avec les voisins. À l’inverse, lorsqu’on vit à plusieurs, il peut arriver que les cinq potes qui sont venus voir le dernier match des Diables Rouges tombent mal lorsqu’un des colocataires doit rendre, le lendemain, un travail écrit de vingt pages. Prenez donc soin de planifier ces petites fêtes et, le cas échéant, essayez de les réunir pour que tous les jours ne soient pas synonymes d’agapes et de nuits blanches.
On le voit, vivre en kot est avant tout une question de compréhension de l’autre. Il s’agit effectivement de plusieurs individualités qui doivent cohabiter pendant près de dix mois par an. Communication sera donc le mot d’ordre.
Dix choses à faire si l’on veut réussir sa colocation
- Établir immédiatement comment les frais annexes sont répartis. Télévision, Internet sont l’objet d’un et un seul abonnement. Qui le prend en charge et se fait rembourser par les autres?
- Organiser régulièrement des dîners ‘tous ensemble’ pour souligner ce qui ne va pas et trouver des solutions avant que les choses ne s’enveniment.
- Établissez un calendrier, notamment avec les anniversaires, pour apporter une touche humaine à votre colocation.
- Déterminez des règles de fonctionnement entre vous, gardez-les par écrit afin de vous les remémorer et, surtout, respectez-les.
- Envisagez le départ inopiné d’un des colocataires et établissez des règles pour la reprise en charge de ses tâches et de ses obligations pécuniaires.
- Soyez clair sur la possibilité de ramener copains, copines, petit ami ou petite amie au kot. Ne dérogez pas à la règle établie pour éviter les jalousies éventuelles.
- Définissez les périodes de blocus et d’examens où votre kot se transformera en cellule de moine afin de permettre à chacun de se concentrer.
- Parlez en termes de ‘Je’. Vous éviterez ainsi de rejeter la faute sur autrui et de créer des conflits souvent inextricables.
- Établissez, comme dans la vraie vie, un contrat de colocation qui définit les responsabilités de chacun, notamment en cas de dégâts et de mise en péril de la garantie locative commune.
- Soyez à l’écoute de l’autre, tant dans son envie de faire la fête de temps à autre que dans celle, à l’inverse, de bénéficier du calme nécessaire à son repos.