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14/04/2014

LES ÉTUDIANTS ET LEURS RÉGIONS: Je suis de là et fier de l’être!

Alors que des élections fédérales, régionales et européennes se pointent à l’horizon, nous avons été surpris de voir que nombreux sont les étudiants fiers de leur région. Repli identitaire? Pas seulement comme ont pu le prouver nos diverses rencontres…

 

 


C’est sans doute difficile à croire, mais, à l’heure où de terrifiants bruits de bottes un peu partout dans le monde rappellent à vos grands-parents les heures sombres de l’Histoire et que les nationalismes de tous bords n’hésitent plus à s’exprimer dans la sphère politique, les régionalismes n’ont jamais été aussi marqués chez les étudiants. Heureusement, cela reste bon enfant et, le plus souvent, folklorique. Il n’en reste pas moins intéressant de se poser la question de savoir ce qui sous-tend cet attachement à ce ‘C’est arrivé près de chez moi’.

 

«Nous avons tous besoin de cette bulle dans laquelle on se sent chez soi»

 

Le premier constat se veut rassurant. Après une rapide recherche via-via (merci Facebook), le nombre d’étudiants prêts à nous parler de leur attachement à une région, une province ou une ville nous avait quelque peu effrayés. Le repli identitaire qui nourrit racisme et xénophobie était-il en train de s’immiscer jusque dans nos auditoires? Certes, nous ne sommes plus des oies blanches et on sait le lobbying pratiqué par les groupuscules extrémistes de tous bords qui de façon larvée viennent recruter à la sortie des cours, voire pendant certaines activités culturelles. Mais ceux-là ne parlent pas d’amour de leur région, mais bien de haine de l’autre. Shéhérazade se souvient ainsi avoir été approchée par un bonhomme qui, s’il ne se disait pas membre d’un quelconque parti, n’en restait pas moins ambigu sur ses intentions. «Curieusement, il s’est d’abord inquiété de connaître mes ‘vraies’ origines et a eu l’air déçu que mon père soit d’origine algérienne. Chance pour moi – à le croire – je tiens plus de ma mère et mis à part via mon prénom, bien malin serait celui qui pourrait deviner mes origines paternelles. Du coup, j’étais une cible parfaite. Son régionalisme à lui tenait plus de la haine raciale et de la nécessité de préserver une race qui lave plus blanc que blanc.» A ceux-là, nous n’avons pas donné la parole…

 

Mais si le constat est rassurant, c’est parce que celles et ceux affirmant être amoureux de leur région ou de leur ville tenaient également à souligner leur appartenance à l’Europe. Pour la grande majorité, il apparaît que cette adhésion à des petites structures (régionales, provinciales ou urbaines) est liée à un besoin d’appartenance tangible. Eric, étudiant en droit, y voit même une trace d’échec du modèle européen. «Je suis de Namur et j’affirme aimer ma ville, ma région. Je serais bien incapable de dire de façon objective pourquoi. Je sais simplement que quand je suis là-bas, je me sens plus à l’aise que lorsque je parcours les rues d’autres grandes villes. Dans le même temps, je me sens extrêmement européen. Mais à quoi puis-je le rattacher au quotidien. Nous avons tous besoin de cette bulle dans laquelle on se sent chez soi, un peu comme quand on rentre dans notre famille après être restés deux ou trois semaines dans notre kot.»

 

La chose est dite: aimer sa région, sa ville voire même son patelin tient moins du nationalisme (qui peut s’exprimer à tous les niveaux) que du besoin d’un certain confort.

 

«Aujourd'hui, nous ne faisons plus de différences entre les nationalités, mais restons malgré tout attachés aux personnes qui partagent les mêmes quartiers, les mêmes routes que nous»

 

Frédéric et Michel sont tous les deux étudiants en sciences politiques et tous les deux passent une année à l’étranger. Barcelone pour l’un, Dublin pour l’autre. Sans doute mieux que personne, ils savent ce que cet amour de leur région représente. «Quand je suis arrivé à Barcelone, je ne connaissais personne. J’étais un peu paumé. Je me suis très vite retrouvé dans des groupes d’étudiants Erasmus pour tenter de jeter les bases de relations sociales dans ce nouveau pays d’accueil. Force est de constater que les premières personnes vers qui je me suis tourné étaient des Bruxellois. Comme si, parce qu’ils venaient de la même ville que moi, je pouvais leur faire confiance à 100%. C’est un sentiment bizarre. On a l’impression d’être en terrain connu alors que nous nous étions sans doute déjà croisés des dizaines de fois à l’unif sans même jamais s’adresser la parole,» explique Frédéric qui tient néanmoins à préciser que, les mois passant, il avait internationalisé ses relations. «Je connais bien ce sentiment. Je viens de Liège et l’on nous dit souvent très attachés à notre principauté. C’est une réalité. À Dublin, je me suis tout de suite lié d’amitié avec quelques personnes de ma région. Pendant les vacances, nous sommes tous heureux de pouvoir revenir dans ‘notre’ ville. D’ailleurs, nous faisons désormais les trajets ensemble et nous nous voyons régulièrement, à Dublin comme à Liège. Je suis convaincu que, plus que les générations passées, nous ne faisons plus de différences entre les nationalités, mais restons malgré tout attachés aux personnes qui partagent les mêmes quartiers, les mêmes routes…»

 

«Créer une nouvelle cellule familiale avec des personnes qui vivent le même désarroi que nous»

 

Sophie est encore plus claire. «Je suis luxembourgeoise. On me dit d’ailleurs que cela s’entend (rires). De façon naturelle, nous nous regroupons entre nous dans les auditoires. Pourtant, nous avons décidé de faire nos études à Bruxelles et assumons parfaitement notre choix. J’analyse ça comme une volonté de créer une nouvelle cellule familiale. Comme nous sommes loin de notre propre famille, nous cherchons à nous retrouver en présence de personnes qui vivent le même désarroi que nous. Ce faisant, on se sent plus forts et prêts à affronter des défis plus importants. Ce ciment lié à nos origines nous donne l’impression que, quoiqu’il nous arrive, nous aurons toujours une base de repli nous permettant de nous ressourcer. Ce sentiment est d’autant plus étrange que, une fois de retour au Luxembourg, nous ne nous voyons jamais. Là encore, je pense que c’est lié au fait que nous avons retrouvé notre vraie famille, le cocon protecteur originel. Nous n’avons plus besoin les uns des autres, jusqu’au moment où l’on reprend le chemin de l’université

 

Doit-on en déduire que plus l’éloignement est important, plus ce besoin de retrouver des bases communes est important? C’est sans doute vrai durant les premiers mois de cursus, voire la première année, mais le sentiment semble vouloir s’étioler avec le temps.

 

En fait, à entendre les différents témoignages, l’étudiant qui quitte sa région pour étudier dans une autre vit le même drame que les petits garçons et les petites filles qui, pour la première fois, rentrent à l’école (sauf que, sans doute, cela ne s’accompagne pas de crises de larmes). Il y a un sentiment d’abandon, d’être laissé à son triste sort et de n’avoir plus personne vers qui se retourner. Certains le vivent très mal. Laurence, étudiante en médecine, en a payé le prix fort. «J’étais incapable de rester dans mon kot plus de deux jours d’affilée. Du coup, alors que mes parents m’avaient loué un superbe appartement à quelques dizaines de mètres de l’unif, je me suis retrouvé plus d’une fois dans un train pour rentrer vers ce que je considérais être chez moi, à Tournai. Les choses ne se sont arrangées que des années plus tard. J’ai rencontré un garçon. Il n’y a pas de hasard. Il est de Mouscron. Parce qu’il m’a proposé de vivre avec lui, j’ai réussi à mettre un terme à ces allers-retours incessants. Aujourd’hui, on prévoit de se marier dès que nous aurons fini nos études l’un et l’autre. Ensuite, nous nous installerons… à Tournai.»

 

Pour d’autres, le sentiment de déracinement a été moins long. Christophe, étudiant en économie, a très vite trouvé ses marques. «Oui, les premiers jours, c’est la question qui est sur toutes les lèvres. Tu viens d’où? Et de façon presque animale, on reste avec les gens qui viennent du même coin que nous. Moi, j’ai pu rencontrer Virginie. Elle prenait le bus pour rentrer dans le Brabant wallon. J’étais en voiture. Je lui ai proposé de la ramener. Mais j’ai très vite compris que c’était à Bruxelles que se faisait ma vie. Je me suis donc arrangé pour trouver un job et pouvoir m’offrir un studio ‘à la capitale’ comme disent mes parents. Aujourd’hui, je me sens bien plus bruxellois que rixensartois…»

 

«J’ai participé à de nombreuses guindailles, mais jamais je n’ai ressenti le même plaisir que lorsqu’elles se déroulent à Liège»

 

Nous avons parlé jusqu’ici des étudiants qui ont dû quitter leur région, leur ville, pour étudier ailleurs. Mais ils sont également nombreux ceux qui, originaires de Liège, Namur ou Mons, intègrent les facultés et universités propres à leur région. Quel est leur sentiment? Yannick est liégeois. Et il n’est pas peu fier de sa ville. «J’ai participé à de nombreuses guindailles, mais jamais je n’ai ressenti le même plaisir que lorsqu’elles se déroulent à Liège. Je ne sais pas expliquer ce sentiment. J’ai l’impression de pouvoir m’amuser pleinement alors que, quand je suis ailleurs, je reste un peu sur la défensive. Mais je suis convaincu que le même sentiment doit être partagé dans toutes les villes du royaume. C’est sans doute assez naturel.»

 

Bien sûr, il y a également celles et ceux qui voient dans ce déracinement une occasion de sortir – justement – du cocon trop confortable dans lequel il se trouvait, de quitter une sphère où il ou elle ne parvenait pas à s’épanouir pleinement. Il se peut alors que, plutôt que de revendiquer l’appartenance à une ville, une province ou une région, l’étudiant aime à se localiser là où se trouve son université. Il n’est alors pas tant question de renier ses origines que d’affirmer sa volonté de devenir quelqu’un à part entière.

 

Il apparaît en tous cas que comme on vantera (en principe) toujours les mérites d’un membre de sa famille, on devient très vite tatillon lorsqu’il s’agit de sa ville ou de sa région. Et il suffit alors d’aller sur le net et d’y lire la littérature que certains sociologues y déversent pour se rendre compte que plus la sphère à laquelle on fait référence est petite, plus on peut s’identifier pleinement à ce qui s’y déroule. Le jeune étudiant qui a un grand frère architecte sera heureux de pouvoir dire à ses copains, passant devant une maison ou un immeuble, que c’est son frère qui l’a fait. Il aura alors l’impression d’être partie prenante dans la réalisation de cet édifice alors qu’il n’en est rien. C’est pareil avec sa région. Renaud suit une formation d’éducateur physique. «J’aime le foot. Je suis comme tous les supporters. Lorsque la Belgique joue, je suis à fond avec l’équipe et je me surprends même à dire à mes proches ‘on a gagné’ alors que tout le monde sait que je ne joue pas en équipe nationale. Dans le même temps, je ressens la même fierté lorsque l’équipe de mon village remporte un match amical. C’est nécessaire, je pense, de savoir où l’on peut planter ses racines. Cela permet de faire face aux tempêtes qui parsèment la vie.»

 

On le voit, le régionalisme des étudiants semble avant tout être un sentiment né d’une crainte, celle d’être perdu(e) au milieu de nulle part, de ne pas savoir s’en sortir et, pire encore, de ne pas savoir à qui s’adresser pour se sortir d’un mauvais pas. Il ne faut pas y voir une volonté de renfermement, mais, au contraire, une envie de se servir de ces spécificités locales pour aller à la rencontre d’autrui, de personnes venant d’ailleurs afin de vivre des expériences qui, comme tous les métissages, sont forcément enrichissantes.


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