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21/04/2014

LES ÉTUDIANTS ET LES TATOUAGES: La peau comme terrain d’expression

Pour indiquer que les choses seront 'éternelles', d’aucuns utilisent l’expression 'gravé dans le marbre'. Aujourd’hui, il y a mieux que de se saisir du burin et du marteau. Aujourd’hui, on se rend chez le tatoueur, pour dire quelque chose ou simplement pour la beauté du geste…


Petits, on s’est tous, un jour, émerveillé de recevoir une décalcomanie à se transférer sur la peau. Avec fierté, on arborait alors le ‘S’ de Superman sur son avant-bras tandis que la petite voisine s’était déjà mis un cœur sur le poignet. Quoi de plus naturel dès lors que, les mentalités évoluant et le tatouage quittant les milieux interlopes qui le faisaient passer pour une activité marginale, on ait envie aujourd’hui de franchir le pas et de se faire tatouer définitivement un dessin, un idéogramme ou une petite phrase qui – du moins on le pense – soulignera à jamais sa personnalité vis-à-vis des autres.

«J'ai caché mon tatouage à ma mère pendant des semaines»

Pour bien comprendre la révolution qui s’effectue actuellement dans le domaine du tatouage, il faut savoir que si les sociétés primitives voyaient le plus souvent le tatouage comme une manière de marquer son identité par rapport aux autres membres de la tribu, ce même tatouage a été utilisé, dans la culture chrétienne, comme un moyen de souligner la déshumanité des personnes qui le subissaient, qu’il s’agisse des esclaves des Romains ou des prisonniers des seigneurs médiévaux. Plus près de nous, le tatouage était (presque) réservé aux marginaux, aux voleurs, à ceux qui, un jour ou l’autre, ont fait ou feront de la prison. «Cette époque-là n’est pas si lointaine,» explique Olivier, étudiant en droit. «Je me souviens que je me suis fait mon premier tatouage le lendemain de mon diplôme en humanités. J’ai fait ça sur un coup de tête même si j’y pensais depuis longtemps, sans doute influencé par des stars hollywoodiennes qui n’hésitaient pas à montrer leurs tatous. Pour moi, cela a été un peu moins ‘facile’ et j’ai caché mon tatouage durant des semaines à ma mère qui, chaque fois que l’on regardait la télé, n’hésitait pas à traiter ces mêmes stars que j’admirais de dégénérés. Pourtant, c’était un truc assez discret. Un petit tribal, juste sur l’épaule, au-dessus du bras.»

N’est pas tatoueur qui veut!

Le métier de tatoueur est assez particulier puisque tout le monde peut être tatoueur en Belgique pour autant que la personne concernée s’inscrive auprès du Service Public Fédéral de la Santé et suive une formation en hygiène et sécurité. Il est préférable de faire appel à un salon qui a pignon sur rue, la sécurité y étant plus grande. Pourtant, certains proposent leurs services de façon plus confidentielle. Nous avons rencontré un de ces ‘tatoueurs du dimanche’. Même s’il sait qu’il scie la branche sur laquelle il est assis, son conseil est clair: «Faites attention aux tatoueurs qui proposent des prix réellement en deçà de ce qui est demandé en salon. Il y a forcément un piège. Je m’emploie à stériliser mon matériel entre chaque séance, mais nous ne sommes pas tous pareils. Et même moi, parfois, je m’inquiète de la qualité de mon travail. Il faut être prudent, car, qu’on le veuille ou non, on inflige à la personne qui se fait tatouer des blessures qui pourraient s’infecter».

«J'aime l'idée d'embellir mon corps par des dessins esthétiques»

Si, aujourd’hui, plus personne ne s’offusque réellement de voir quelqu’un montrer ses tatouages, plus nombreux sont celles et ceux qui se posent des questions sur les raisons qui poussent l’un et l’autre à passer à l’acte. De nos diverses rencontres, il apparaît que l’on peut distinguer deux grands groupes. Ceux du premier ont envie d’exprimer un message lorsqu’ils dévoilent leur tatouage. «Si mon tribal était plus lié à un phénomène de mode, j’ai entrepris aujourd’hui un tatouage beaucoup plus personnel,» précise Olivier. «Ce nouveau tatouage se fait en plusieurs étapes. Il raconte, en fait, les différentes étapes de ma vie, de ma naissance à la séparation de mes parents en passant par une enfance un peu violente.» Pour le deuxième groupe, il y a un aspect essentiellement esthétique. C’est le cas de Muriel, étudiante en sciences politiques, qui avoue ressentir un réel plaisir à regarder son tatouage dans le miroir, chaque jour. «J’ai commencé par un papillon, juste parce que je le trouvais beau. Maintenant il est intégré à un tatouage qui va de l’épaule au bas des fesses. Je dois l’avouer, je ressens un certain plaisir à l’acte même du tatouage. Je me demande d’ailleurs ce que je vais pouvoir faire de plus. J’aime l’idée d’embellir mon corps par des dessins à mes yeux esthétiques.»

Les contre-indications au tatouage

Il est possible aujourd’hui de se faire tatouer dans des conditions d’hygiène et de sécurité relativement rassurantes. Pourtant, il ne faut pas perdre de vue qu’un tatouage est une réelle agression pour l’épiderme qui entraînera saignement, croûtes et, parfois, des plaies plus difficiles à cicatriser. Si le tatoueur devra s’assurer que le (futur) tatoué a bien 18 ans révolus, ce dernier devra faire attention à certaines contre-indications médicales telles que le diabète, l’eczéma, l’alcoolisme, l’hémophilie ou le fait d’être enceinte. Cette liste n’est bien évidemment pas exhaustive et pour se lancer dans l’aventure du tatouage, il est sans doute important de rendre au préalable visite à son médecin pour s’assurer que l’on ne prend aucun risque.

«Le tatouage n'est pas encore entré dans les mœurs»

Il y a une grande dualité chez les personnes qui possèdent des tatouages. Il y a ceux qui veulent le voir et le faire voir tout le temps, puis il y a ceux qui ont plutôt tendance à le préserver comme un trésor qu’on ne montre qu’aux amis… et encore. Olivier: «Je n’aime pas trop me montrer torse nu. Trop de questions sans doute. Si j’ai ressenti le besoin de me faire tatouer, je n’ai jamais eu l’intention d’en faire un élément, éventuellement, de séduction. Les personnes qui ont déjà vu mon tatouage en devenir sont extrêmement rares.» Muriel: «Pour moi, c’est tout le contraire. J’aime quand on regarde les parties visibles de mon tatouage. Je sens bien que les gens essayent d’imaginer jusqu’où il peut aller. Sans doute qu’il y a un besoin d’attirer le regard. Maintenant, je ne suis pas exhibitionniste. Je ne passe pas mon temps à me mettre à poil pour que tout le monde puisse mater.» Pourtant, le regard des autres est parfois difficile. «J’ai un job d'étudiant dans une boulangerie. En été, j’ai l’habitude de porter des tops assez courts qui ont tendance à dévoiler mon dos quand je lève les bras pour attraper du pain dans le présentoir. Mon patron m’a fait comprendre que lorsque je venais travailler, je devais porter des fringues suffisamment longues pour éviter de susciter des commentaires. Il faut croire que le tatouage n’est pas encore entré dans les mœurs comme on se plaît à la croire,» poursuit Muriel.

5 conseils pour un tatouage dans les meilleures conditions

Se faire tatouer n’est pas un acte anodin qui demande réflexion. Nous avons posé la question à un tatoueur indépendant qui exerce dans différents centres à Bruxelles et alentours. Voici quelques conseils qui pourront vous être utiles…

  1. Assure-toi d’être certain de vouloir le faire

Voilà sans doute une lapalissade, mais un tattoo est quelque chose que l’on se fait pour la vie (même si des techniques laser permettent de s’en débarrasser à grands frais et sous le coup de fortes douleurs). Es-tu certain(e) de toujours vouloir arborer un «Je t’aime, maman» au creux de ton épaule?

  1. Visite un ou plusieurs salons avant de te décider

Il existe une relation 'étrange' avec son tatoueur. Il est donc préférable de t’assurer que le salon où tu te rendras répond à tes attentes.

  1. Prépare-toi pour éviter la douleur

Se faire tatouer est une chose. Aimer avoir mal en est une autre. Il existe différentes manières d’atténuer la douleur. Il existe par exemple des pommades qui permettent d’anesthésier la zone destinée à être tatouée. Des antidouleurs, pour autant qu’ils ne fluidifient pas le sang, permettront, là aussi, de réduire l’anxiété avant de passer à l’acte.

  1. Occupe-toi l’esprit pendant que l’artiste s’exécute

On dit souvent, chez le dentiste, qu’au moment où il pique pour endormir la zone à soigner, il faut penser à autre chose pour ne pas ressentir la douleur trop intensément. C’est pareil lorsqu’on va chez le tatoueur, sauf que cela dure un rien plus longtemps. Mieux vaut s’équiper alors d’un bon bouquin ou télécharger un film que l’on a envie de voir depuis longtemps. Cela détournera efficacement ton attention.

  1. Protège-toi après le tatouage

La zone tatouée est blessée. Il est important de tout faire pour éviter d’augmenter les irritations, voire les infections. Vêtements larges, protection solaire ou pommade cicatrisante feront partie de l’arsenal de petit tatoué pour éviter les douleurs après le tatouage, mais aussi les soucis sanitaires qui pourraient aggraver les choses.

«Quand on se fait tatouer, c'est pour la vie»

La question brûle souvent les lèvres. Si le tatouage est beau aujourd’hui, comment le vivre plus tard, dans le cadre professionnel d’une part et, d’autre part, par rapport aux affres du temps. Pour Muriel, les choses sont claires: «Je vis les choses comme elles viennent. J’aime tellement ça que je me suis déjà renseignée sur la possibilité de faire évoluer mon tatouage pour qu’il s’adapte aux changements de mon corps. Quant au côté professionnel, j’ai déjà vécu le rejet d’un patron. Je sais que je devrai m’adapter. Mais je n’y renoncerai jamais. Cela dit, c’est plutôt compliqué d’y renoncer. Quand on se fait tatouer, c’est à vie.» Même son de cloche chez Olivier. «J’ai déjà dessiné mon tatouage jusqu’à sa réalisation ultime. Il couvrira tout mon bras, mais se terminera au niveau de mon poignet. Le regard des autres ne m’inquiète pas. Je sais que, une fois dans le milieu professionnel, je porterai des manches longues. Pareil, je porterai toujours des chemises assez épaisses pour ne rien dévoiler du dessin sur ma poitrine. Il faut faire des sacrifices pour être beau (rires).»

Il ressort de cette rencontre croisée que le tatouage est avant tout un acte très personnel et réfléchi. Certes, nombreux sont ceux qui se risquent à un petit tatouage discret, au creux du poignet, sur une cheville ou dans le creux des reins. La démarche peut ici être qualifiée de passagère, la personne succombant à une mode. Olivier est inquiet pour ces gens. «Il n’y a pas beaucoup de conséquences à se faire tatouer sauf si, un jour, on ne supporte plus le dessin, le logo ou la phrase que l’on s’est fait tatouer de façon plus ou moins visible sur le corps. Pas facile de faire retirer un tatouage. Là encore, la démarche à effectuer est de taille…»

Des fringues qu’on a dans la peau

C’est tout récent. Un magasin de prêt-à-porter proposait à ses clients – jeunes pour la plupart – de bénéficier d’un 'petit' tatouage pour tout achat d’un certain montant de vêtements. La surprise, c’est que les personnes préférant le tatouage à la paire de chaussures proposée comme alternative étaient invitées à se faire tatouer immédiatement, entre chaussures et autres sous-vêtements. Le buzz est assuré. À quelques jeunes filles un peu inquiètes, la responsable du magasin se veut rassurante: la tatoueuse présente sur place possède tous les agréments nécessaires. Ce ne sera pas le cas des autorités qui estimeront qu’un magasin de vêtements n’est pas le lieu idéal en termes sanitaires pour effectuer cet exercice un rien particulier. La tatoueuse a donc dû remballer aiguilles et autres machines à stériliser. Derrière cette anecdote qui fera sourire les uns, frémir les autres, c’est l’engouement pour le tatouage qui est à souligner, la pratique n’étant plus seulement réservée à une population que l’on qualifiera pudiquement de marginale.


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