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10/11/2014

DOSSIER: Étudiante le jour, prostituée la nuit

Les jobs d'étudiants, on connaît tous. On doit tous, un jour ou l’autre, passer par là. Pourtant, toutes et tous ne choisissent pas de devenir caissière de supermarché ou livreur de pizza. Choix délibéré ou pas, la prostitution s’invite dans les auditoires…


Si la plupart des étudiants cherchent et trouvent des jobs, pour les vacances ou à l’année, dans la grande distribution, la restauration ou même des entreprises offrant des missions administratives, d’autres empruntent une voie moins ‘classique’ et ont fait de la prostitution un moyen de faire face à leurs besoins, qu’ils soient de loisirs ou de vie. Nous avons cherché à rencontrer ces jeunes garçons et ces jeunes filles qui ont fait de leur corps un moyen de faire des études, de vivre la vie comme ils le souhaitent ou qui, tout simplement, ont fait une mauvaise rencontre au mauvais moment. Une démarche difficile qui montre, si besoin était, que le sujet reste tabou et que la peur de se faire démasquer reste grande. Nous nous sommes donc dirigés vers une université lilloise, espérant que l’éloignement permettrait aux langues de se délier. Pari réussi.

 

Néanmoins, il est important de préciser ici que le phénomène existe bel et bien en Belgique, dans toutes les grandes villes. Les ‘salons de massage’ emploient des jeunes filles qui, en dehors de leurs heures de prestation, poursuivent des études. Certains réseaux usent même de leur qualité d’étudiante comme d’un message d’appel, pour quelques clients préférant l’illusion d’être des bienfaiteurs que des personnes en recherche d’un moment de plaisir.

 

«Je suis tombée dans une sorte d'engrenage»

 

Le hasard ne fait pas toujours bien les choses. C’est en tous cas ce que semble vouloir nous faire comprendre Céline qui finalise ses études de traductrice. «Comme étudiante, j’étais heureuse de pouvoir remplir des missions dans mon domaine. J’étais engagée via une agence pour effectuer de petites traductions. Mais mon employeur a fait faillite. Quelques semaines, plus tard, il reprenait contact avec moi. Il s’agissait d’accompagner des personnes venues de l’étranger et qui avaient besoin de quelqu’un pour de l’interprétariat. J’ai accepté. Très vite, j’ai compris que ces messieurs avaient envie ‘d’autre chose’. J’ai refusé. Souvent. Puis, un jour, le hasard m’a mis sur la route d’un charmant jeune homme. Nous avons passé la nuit ensemble. Il m’a dit qu’il voulait me revoir. J’ai dit que ce serait possible lors de son prochain voyage. Et j’ai reçu un cadeau chez moi. Une montre que je n’aurais jamais pu me payer même avec deux ans de mes salaires de jobs étudiants. Du coup, je me suis dit ‘Pourquoi pas? Si le bonhomme me plaît’ Puis je suis tombée dans une sorte d’engrenage. Il n’était plus question qu’il me plaise; il fallait qu’il me rapporte assez. Aujourd’hui, j’ai décidé de mettre un terme à mes prestations nocturnes. J’ai envie, une fois mes études terminées, de fonder une famille. J’ai rencontré quelqu’un. Nous avons des fins de mois difficiles, mais nous sommes bien. Bien sûr, j’aurai toujours ce secret pour lui, mais je ne vois pas comment je pourrais lui avouer.»

 

«J’ai choisi ce job parce que je n’ai jamais eu de problèmes ni avec mon corps ni avec celui des autres»

 

Le danger est omniprésent. Hors de question de sombrer dans une forme de paranoïa, mais force est de constater que de toutes les jeunes filles interrogées, aucune n’a jamais affirmé n’avoir jamais eu de problèmes. L’histoire la plus effrayante est celle de Marie. Elle travaillait dans un salon de massage tantrique. «J’ai choisi ce job parce que je n’ai jamais eu de problèmes ni avec mon corps ni avec celui des autres. L’idée de pouvoir apporter une forme de plaisir aux clients sans franchir les limites que je m’étais fixées était, pour moi, un bon compromis. Jusqu’à ce fameux jeudi après-midi. Nous étions trois filles dans le salon. J’étais la dernière à ne pas avoir de client. Un habitué – celui d’une autre fille – est arrivé. Comme j’étais la seule disponible, il a décidé de prendre une séance d’une heure avec moi. Tout se passait très bien. Il était très gentil, a payé le montant voulu puis s’est déshabillé. Je n’ai rien venu venir. Une fois près de lui, il m’a demandé des choses qui n’étaient pas prévues dans la charte de courtoisie de l’établissement. Il m’a dit que l’autre fille ne faisait pas de problème, elle. J’ai voulu sortir, mais je me suis rendu compte qu’il avait bloqué la porte. Le temps que j’essaie d’ouvrir, il me tenait plaquée contre le mur. J’ai hurlé. Je pense qu’il a dû avoir peur que quelqu’un vienne. Mais je ne vous dis pas à quel point j’ai eu peur, moi. Depuis ce jour, je n’ai plus fait ce métier. Je travaille dans un fast-food. Et quand je dois rentrer tard le soir, je suis parfois effrayée quand je me sens suivie. Sans doute que cela passera avec le temps. Mais à qui puis-je en parler?»

 

«Un herpès en cadeau d'un client»

 

L'hygiène n’est pas une règle absolue. C’est Marie qui revient sur ce point. «La règle était que le client devait prendre une douche avant et après la séance. Avant, c’est pour nous. Après, c’est pour qu’il n’emporte pas avec lui les odeurs de nos huiles essentielles qui pouvaient poser problème à certaines épouses. Malgré cela, j’ai été parfois dégoûtée de voir l’hygiène déplorable de certains messieurs. Rien que l’odeur me donnait envie de m’enfuir. Face à certains, j’avais peur d’avoir des problèmes de peau. Je n’avais pas d’autres solutions que d’aller prendre une douche avec eux, pour être certaine qu’ils se lavaient convenablement. Je vous laisse imaginer la sensation. Je n’ai jamais osé faire de scandale à ce niveau, mais je peux jurer que chaque fois que j’ai travaillé dans ce salon, une fois rentrée chez moi, je me frottais vigoureusement. J’ai eu de la chance. Je n’ai jamais rien eu. Je sais qu’une amie a dû soigner un herpès directement reçu en cadeau d’un client fort peu enclin à se laver. Cela fait partie du métier entend-on dire. Je suis contente de ne plus le faire.»

 

«Cela me permettait d'avoir la vie que j'ai toujours voulu mener»

 

Michèle a aujourd’hui une trentaine d’années. Une jeune femme au physique agréable qui nous reçoit à la terrasse d’un café de la métropole française. Son diplôme? Elle possède un Master en Sciences Politiques et a effectué une spécialisation en Diplomatie. Nous l’avons trouvée grâce à une de ses collègues, une jeune fille encore étudiante qui lui a parlé de notre démarche. «Je me suis prostituée dès ma première année d’université. Mes parents m’ont toujours payé mes études, mais seulement mes études. J’aimais faire la fête et avoir un train de vie supérieur à celui de mes camarades. Les beaux vêtements, les beaux accessoires et pouvoir faire ce que je voulais, quand je voulais. J’ai surfé sur la vague des sites Internet de rencontre. Je savais qu’une partie des hommes s’y trouvant ne cherchaient pas l’amour, mais des aventures. Sans fausse modestie, je n’étais pas mal et ma jeunesse était un atout. Je me suis très vite positionnée comme quelqu’un aimant les hommes généreux. Ils comprenaient généralement très vite ce que cela voulait dire. De fil en aiguille, j’avais mes habitués et cela me permettait d’avoir la vie que j’ai toujours voulu mener. Cerise sur le gâteau, je réussissais même mes examens même si, parfois, cela a réellement été limite. Toujours est-il que j’ai terminé mes études. Mais c’est le seul point positif que j’y ai trouvé. En effet, avec le recul, je me rends compte que j’étais totalement déphasée par rapport aux autres étudiants. Je ne vivais pas dans le même monde. Je ne vivais d’ailleurs dans aucun monde, mais bien dans une illusion de bonheur. La preuve? Je n’ai toujours pas trouvé l’amour. Sans doute parce que j’ai un manque de confiance. En l’autre, mais aussi en moi. Pire: j’ai encore quelques clients, certes occasionnels. Je n’ai pas trouvé d’emploi dans la diplomatie. Je suis assistante dans un cabinet d’avocats. J’arrondis mes fins de mois. C’est de cela que je voudrais parler aux jeunes filles se sentant attirées par l’argent facile de la prostitution ou appelez-la comme vous voulez. On ne veut jamais revenir à la réalité parce qu’elle est difficile. Certaines de mes amies de l’époque en sont sorties, mais cela a été difficile. Cela a laissé des traces. Avant de franchir le pas, il faut savoir que cela change totalement votre personnalité. Vous ne voyez plus le monde comme avant. Et je ne parle même pas des personnages pour le moins étranges que vous pouvez croiser…»

 

«Il tenait un compte précis de toutes les personnes qu'il m'avait ramenées»

 

Dans ce 'métier', la peur n’est jamais loin. C’est Céline qui nous parle de cette désagréable sensation de peur. Un jour, un de ses clients lui indique qu’il est en mesure de lui présenter de nombreuses autres personnes désireuses de vivre le même genre d’expérience. Candide, elle accepte, convaincue qu’ils seront tous dans le même genre. Et de fait, au début, les choses se déroulent plutôt bien. «Un jour, mon client est revenu vers moi. Il avait tenu un compte précis de toutes les personnes qu’il m’avait ramenées. Il a exigé de percevoir une partie de ce que j’avais gagné. Je n’avais plus cet argent. Et puis, de toute façon, j’étais convaincue qu’il faisait ça parce qu’il m’aimait bien. Il m’a dit que je n’avais pas le choix et que, d’ailleurs, il ne voulait plus que je travaille comme indépendante, mais exclusivement pour lui. Quand je lui ai dit qu’il n’en était pas question, il m’a dit qu’il arriverait toujours à me retrouver et à me faire payer… d’une façon ou d’une autre. J’ai eu peur, très peur. J’ai même failli aller à la police, mais cela m’aurait obligée à raconter mon histoire. Mes parents, mes amis, tout le monde auraient été au courant. Donc je me suis tue. Je n’ai plus jamais eu de ces nouvelles, mais j’ai changé de numéro de GSM et j’évite encore aujourd’hui de fréquenter les quartiers où je sais qu’il aimait aller.»

 

Des histoires de ce genre, il y en a autant que d’étudiants et d’étudiantes qui ont choisi de se prostituer. On nous a dit que certaines étaient très bien, qu’elles vivaient très bien ce qu’elles font. Nous en avons même rencontré. Elles ne souhaitaient pas s’exprimer, acceptant de parler d’une forme de honte, mais affirmant aussi ne rien vouloir changer. D’autres nous ont aussi parlé de filles et de garçons qui ont été trop loin, de garçons prêts à se prostituer simplement pour avoir accès à l’une ou l’autre drogue. Des individus vivant une forme de déchéance sociale et ne réussissant pas leurs études. Là encore, nous avons voulu les rencontrer, mais le dialogue semblait impossible tant, perdus comme ils pouvaient l’être, ils en voulaient à la société de les avoir laissés aller jusque-là.

 

La prostitution chez les étudiants est une réalité. Certains la jugent, d’autres la comprennent. Celles et ceux qui la pratiquent ont souvent une explication qui résonne à leurs oreilles comme une justification. Mais de tous les témoignages que nous avons pu recueillir, il apparaît qu’aucun n’a réellement envie de vivre cette situation (trop) longtemps. Une chose est certaine: dans chaque discussion, qu’il s’agisse de parler de parents absents, de besoins d’argent ou même d’attirance pour une forme de risque, le discours était toujours teinté d’une forme de tristesse.

 

Une législation (très) (trop) souple

En Belgique, la prostitution n’est pas une infraction. L’infraction intervient lorsque l’on racole ou que l’on est un proxénète, c’est-à-dire que l’on tire un revenu de la prostitution d’autrui. Une étudiante ou un étudiant travaillant seul ne pourra donc pas être poursuivi (et donc avoir un casier judiciaire) pour l’acte qu’il pose, mais bien pour les moyens utilisés pour  atteindre et ‘appâter’ son client. Quant à celles et ceux qui voudraient intégrer les salons pudiquement nommés salons de massage, ils seront confrontés à des patrons qui, pour se protéger, leur demanderont d’être employé(e) au titre de serveur, serveuse, masseur ou masseuse, mais certainement pas en précisant la nature même des prestations effectuées. D’autres exigeront même que la masseuse ou le masseur prenne un statut d’indépendant. Dans un cas comme dans l’autre, outre le manque de couverture évident et une sorte d’aliénation qui n’a pas lieu d’être lorsqu’on est encore étudiant, le principe aura des conséquences au niveau social. En effet, ici, pas de contrat étudiant possible. Vous serez considéré(e) comme ouvrier, au mieux comme employé, aurez des impôts et cotisations sociales à payer. Une autre conséquence sera sans doute que vos parents perdent les bénéfices d’allocations familiales ou de bourses d’études. À ce niveau aussi, le tableau n’est pas aussi idyllique qu’il n’y paraît.

 

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