Serial Tweeters: CES ÉTUDIANTS ACCROS À TWITTER
Aujourd'hui, l'étudiant lambda passe plus de temps sur son smartphone que dans ses syllabus. Et certains plus que d'autres. Alors qu'une grande majorité a choisi Facebook, certains irréductibles vouent un véritable au réseau social du petit oiseau bleu. Mais pourquoi cet engouement autour de Twitter? Nous avons rencontré cinq serial tweeteurs pour tenter d'apporter une réponse à cette question.
Les live-tweeteuses
Julie Vermeersch (@ju_vermeersch )
24 ans
Étudiante en communication à l'UCL
Alix Marcon (@AlixMrcn)
22 ans
Étudiante en relations publiques à l'IHECS
Bizarrement, la première chose que la majorité de nos témoins réfutent d'emblée lors de notre interview, c'est leur pseudo-addiction au réseau social de 140 caractères. Julie: «Je ne me considère pas personnellement comme une addict à Twitter même si je tweete beaucoup sur les émissions que je regarde, comme Top Chef ou The Voice. Je n'ai pas l'impression de faire ma kikoo et de tweeter toute ma vie.» Même son de cloche chez Alix qui, tout comme Julie, s'est inscrite sur Twitter pour suivre l'actualité, un plus indéniable quand on fait des études en communication ou en relations publiques.
Si les deux copines sont également présentes sur Facebook, elles utilisent Twitter différemment. Si Facebook est davantage axé sur sa vie personnelle, Julie utilise Twitter pour retweeter des posts d'actualité ou en rapport avec ses passions. Alix explique: «Je me vois mal poster sur Facebook ce que je poste sur Twitter. Par exemple, commenter une émission avec 36 tweets à la minute, ce serait un peu lourd sur Facebook, même s'il y en a certains qui le font!» Parce que le dada de ces deux tweeteuses compulsives, c'est le live-tweet, le fait de tweeter en direct une émission de télé, The Voice en ce qui les concerne. À tel point que l'émission de la RTBF est devenue leur rendez-vous immanquable du lundi soir, leur accordant même parfois quelques secondes de gloire quand leurs tweets passent à l'écran au cours du télé-crochet animé par Maureen. Alix avoue même rater beaucoup de choses qui se passent à l'écran, trop occupée qu'elle est à commenter l'émission sur son téléphone ou à regarder les commentaires des autres internautes: «Je rate presque toujours mes tweets qui passent à l'écran! Mais, ce n'est pas mon but en soi de passer à la télé. Même si ça arrive pratiquement toutes les semaines, je ne fais vraiment rien pour! Je ne tweete pas des choses gentilles exprès pour passer à la télé, que du contraire! J'ai même des gens qui ont voulu m'ajouter sur Facebook parce qu'ils ont vu un de mes tweets à l'écran. Je ne sais pas ce qu'ils s'imaginent, c'est une technique de drague assez spéciale!»
Outre le fait de permettre aux fans des émissions de télé de commenter leur programme préféré, Twitter a également effacé la distance qui existait entre les quidams et les stars du monde entier. Ainsi, il n'est pas rare qu'une chanteuse ou un acteur retweete le post d'un admirateur, provoquant à chaque fois la même hystérie de la part du fan inconditionnel. Malheureusement pour Julie, son message à Ed Sheeran n'a pas eu l'effet escompté: «Quand il est venu en concert, j'ai posté un truc en espérant qu'il le voie, mais malheureusement, rien ne s'est passé!,» nous déclare-t-elle dans un éclat de rires. Outre l'amour infini que l'on peut témoigner à son chanteur préféré, ce réseau social autorise également toutes les critiques. Alix en a fait l'amère expérience: «Personnellement, je déteste Christine and the Queens alors que tout le monde l'adore en ce moment. J'ai donc posté un jour un tweet comme quoi je ne comprenais pas l'engouement autour de cette chanteuse (sans pour autant l'identifier dessus). Peu après, j'ai remarqué qu'elle l'avait mis en favori, j'étais donc un peu gênée et triste. Je n'avais pas spécialement envie de l'atteindre vraiment.» Julie s'est, elle aussi, déjà fait engueuler par les fans d'une personne qu'elle adore critiquer sur Twitter. Même si elle avoue se mettre à la place des gens sur lesquels elle commente, elle essaie de faire attention à ne pas les blesser. «Je ne regrette jamais ce que je mets, parce que je réfléchis toujours un minimum avant de le faire. Je me mets à leur place, je n'aimerais pas lire des trucs comme ça sur moi. Même s'il y en a qui le cherchent un peu…»
L'accro
Antoine Libotte (@antlibotte)
20 ans
Étudiant en communication à l'IHECS
De tous nos témoins, seul Antoine Libotte reconnaît sans broncher être un «accro de très haut niveau» à Twitter. Il passe en effet le plus clair de son temps à rédiger et à lire les célèbres messages composés de 140 caractères maximum. «J'y passe beaucoup de temps, selon certains! Quand je suis sur l’ordinateur, j’ai toujours l’app Twitter ouverte dans un coin et c’est sans doute celle que j’utilise le plus sur mon téléphone. Si je suis en déplacement, j’espère toujours bénéficier d’un réseau Wi-Fi ou 3G/4G pour avoir accès à l’oiseau bleu. Et dès que je reçois une notification, il faut absolument que j’aille vérifier ce qu’il se dit.» Mais pour quelles raisons trouve-t-il Twitter aussi génial? «Pour la rapidité et la concision des messages,» nous répond-il dans un éclair. «Twitter est un outil génial pour avoir de l’info très rapidement, même si parfois elle va un peu trop vite… Il faut toujours garder en tête la vérification des sources si on veut éviter la gaffe.»
Sous le pseudo d'@antlibotte, l'étudiant de l'IHECS poste le plus souvent sur l’actualité en général, les médias et les nouvelles technologies. Grâce à certains services (Nuzzel, Buffer), il peut même voir quelles actus sont populaires parmi ses followings et ainsi les repartager rapidement si le sujet l’intéresse également. Une hyperactivité virtuelle qui lui a rapporté quelques followers parmi des journalistes qui le reconnaissent dans des manifestations, alors qu'il n'a pas forcément de signes distinctifs particuliers. «J’ai aussi parfois droit à quelques mots d’encouragement, ce qui fait toujours plaisir!» Grâce à Twitter, il peut aussi entrer en contact beaucoup plus facilement avec des professionnels. Il y a même rencontré sa copine, c'est dire!
Passé maître dans l'art de la gaffe sur Twitter, notre ancien Premier Ministre, Yves Leterme, s'était distingué en postant publiquement ce qui aurait dû rester un message privé. Heureusement, cela n'est jamais arrivé à Antoine qui nous avoue quand même avoir envoyé un tweet par mégarde alors qu'il n'avait pas fini de le composer (avec faute d'orthographe ou mot manquant à la clé). Mais pas de quoi fouetter un chat en somme… Quoique… Aujourd'hui, le jeune homme se lâche plus qu'avant. «Je n’osais pas exprimer mes coups de gueule au tout début. Aujourd’hui, quand 'trop is te veel', j’hésite beaucoup moins avant de tweeter. Notamment quand je ne suis pas content d’un service (SNCB, Proximus, etc).»
Pour conclure, et s'il ne devait se souvenir que d'un seul tweet, ce serait lequel? «Je me souviens particulièrement d’un tweet: j’avais pris en photo mon téléviseur branché sur Télé Bruxelles. En soutien avec leurs confrères de l’ERT (audiovisuel public grec ayant dû cesser d’émettre sous décision du gouvernement), la chaîne bruxelloise avait modifié son logo en 'ERT Solidarité'. Non seulement ce tweet a été repris par Tuner.be et le Huffington Post, mais aussi en Grèce!» C'est ce jour-là qu'Antoine a compris que Twitter pouvait être un outil de communication très puissant.
Le fana des médias
Gilles Dej (@gillesdej)
19 ans
Étudiant à l'IHECS
S'il peut très bien vivre une semaine sans aller sur Twitter et si ce réseau social reste plutôt un passe-temps pour lui, Gilles Dej a néanmoins retenu toute notre attention lors de l'élaboration de notre dossier sur les étudiants actifs sur Twitter. Par petits moment dans la journée, ce jeune étudiant de 19 ans considère le petit oiseau bleu comme un bon fil d'actualités, comparable selon lui aux chaînes d'informations en continu. L'info est donc la première cause de sa présence sur Twitter, avec une nette préférence sur l'actualité des médias. «En général, tout ce qui tourne autour des médias m’intéresse vraiment.»
Nouveau sport apparu dans la twittosphère ces dernières, la satisfaction du bon mot, la punchline la plus aboutie ou la recherche du retweet à tout prix, très peu pour lui: «Je pense que c’est devenu lassant de trouver le bon mot qui attire. Avant, cela marchait, mais ce n’est plus le cas à présent. Je préfère un tweet qui affiche ma personnalité à un autre qui ferait 170 retweets.» Ce n'est d'ailleurs pas son but ultime, comme beaucoup d'autres Twittos, d'alpaguer les personnalités en recherche d'une réponse à un tweet qu'il aurait posté. Et s'il avoue avoir regretté certains messages à ses débuts sur Twitter il y a trois ans, il est désormais plus attentif à ce qu'il poste sur le réseau social. Même si le besoin de lâcher se fait parfois ressentir, comme durant les deux semaines qui ont suivi les attentats contre Charlie Hebdo. Il aime aussi décortiquer les médias, sans pour autant dire que telle ou telle chose est de la merde. Et inévitablement parsemer ses tweets de quelques blagues bien senties: «Ce qui est drôle, c'est quand deux personnes tweetent la même blague au même moment!»
Pour un futur journaliste, Twitter est évidemment un passage obligé pour s'immerger à fond dans le monde des nouveaux médias. Même s'il y voit une véritable utilité, Gilles est plus prudent sur l'utilisation que l'on en fait. «Il ne faut pas se mettre dessus parce que c’est tendance, soit on y va complètement, soit on n'y va pas…» D'ailleurs, dans son école, aucun cours spécifique sur Twitter n'est encore au programme, «il y a de brèves évocations, mais sans plus…»
Le parodique
La Brume de l'ULB (@LaBrumedelULB)
Sur le Net fleurissent également des comptes parodiques qui en ont déstabilisé certains dès leur apparition. Le plus célèbre est bien évidemment Le Gorafi qui est passé maître dans l'art de détourner l'info, laissant la voie libre à d'autres sites du genre, comme NordPresse en Belgique ou La Brume de l'ULB qui, comme son nom l'indique, distille des infos parodiques au sujet de l'université bruxelloise depuis 2013. Derrière ce compte parodique se cachent en fait trois étudiants qui tiennent à garder leur anonymat. L'un d'entre eux a quand même accepté de répondre à nos questions.
«L'idée était de créer un compte parodique sur L'ULB, selon le principe du Gorafi. Dès les premiers articles, ça a fonctionné, on a donc continué sur notre lancée,» nous explique notre témoin. Même s'il est très clair qu'ils se situent dans du parodique, la page Facebook (et donc aussi le compte Twitter) de La Brume de l'ULB a occasionné quelques confusions à ses débuts pour maintenant être devenue une référence en la matière sur le campus bruxellois. «Même si nos infos peuvent paraître vraisemblables par moments, on se base sur l'effet comique et la chute de l'article avant tout.» Si leurs publications n'occasionnent pas vraiment de débats, c'est parce que les modérateurs de la page de La Brume traitent leurs 'infos' sur le ton humoristique et qu'ils ne sont pas là pour taper sur les cercles d'étudiants.
Et les instances de l'ULB rient-elles avec le même aplomb aux 'farces brumeuses' inondant chaque jour le web? «Un responsable de l’ULB nous a dit qu’il aimait bien ce qu’on faisait. D’ailleurs, l’ULB a même partagé certains de nos écrits, donc ils prennent ça avec beaucoup d’humour et nous n’avons jamais eu de retour négatif.» Si certains articles ont plus de succès que les autres, c'est surtout pendant le blocus que le site de La Brume de l'ULB est davantage pris d'assaut, «le blocus, ça parle à tout le monde, c'est pour cela que ce sujet fonctionne assez bien.»