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04/04/2016

DOSSIER: À chacun son quart d’heure de gloire…

La formule est d’Andy Warhol. Selon le maître du pop art, tout le monde, un jour ou l’autre, vit son heure de gloire. Quelques étudiants nous ont confié leurs expériences en la matière et la gloire prend parfois de bien curieux visages…


Derrière cette boutade qui finit même par embêter l’artiste se cache une vérité qui ne cesse de prendre de l’ampleur. Nous sommes de plus en plus nombreux à chercher ce moment où l’on sort du lot, où l’on est résolument différent de celui qui est à côté de nous. Et les réseaux sociaux n’arrangent pas les choses. C’est en tout cas ce qui ressort de nos conversations avec quelques étudiants.

«Péché d'orgueil n'est pas mortel»

En fait, si Andy Warhol a rendu cette phrase célèbre, le besoin qui la sous-tend est presque aussi vieux que le plus vieux métier du monde, c’est dire! Quand Rahan partait seul combattre le mammouth, c’était certes pour ramener de la viande à sa famille, mais aussi pour montrer son courage, sa force et son abnégation à tous les membres de la tribu. Ramener un cuisseau, même aidé de ses meilleurs potes, faisait de lui un héros. Un quart d’heure? Sans doute un peu plus longtemps. Du moins, jusqu’à ce que son voisin aille, lui aussi, occire l’une ou l’autre bestiole. Depuis, chaque être humain vit ce besoin de reconnaissance plus ou moins intensément. Une chose est certaine: si l’on ne recherche pas en tant que telle la reconnaissance et la gloire, si celle-ci se présente à nous, on la vit avec une espèce de satisfaction qui confine à la jouissance. Nathalie, étudiante en sciences politiques, se souvient très bien de son premier quart d’heure de gloire. C’était lors de sa rhéto. «J’ai reçu un prix de rédaction. Lors de la proclamation, j’ai été appelée sur scène pour recevoir mon prix. Après que tout le monde ait reçu son diplôme, l’école avait prévu un petit verre. Et durant un quart d’heure, j’ai vu les copains, mais aussi les parents des copains venir me féliciter. Péché d’orgueil n’est pas mortel. Je dois avouer que j’ai apprécié le moment. Seulement, c’est comme un vrai soufflé. Dès le lendemain, c’était bel et bien fini. Je me suis retrouvée à l’unif et, là, mon prix n’avait plus aucune valeur.»

«La gloire, même éphémère, peut avoir des vertus de réconciliation entre les générations»

Nous ne voyons pas tous de la même façon la gloire, la reconnaissance ou qu’importe la manière que nous avons de l’appeler. Le récit de Catherine (voir encadré) est clair: elle voulait atteindre ce sentiment fait d’un doux mélange d’adrénaline et de confiance en soi. Du coup, elle a pris des cours de chant et s’est rendue à Paris. Il fallait qu’elle perce dans la chanson. Elle s’est présentée à différents castings, a voulu être acceptée dans un grand concours de chanson (‘de voix’ si vous voyez ce que nous voulons dire) puis s’est retrouvée à pousser la chansonnette dans quelques bars miteux où des amateurs de dives bouteilles lui prêtaient une oreille fort peu attentive. Résultat: après le premier frisson de quelques applaudissements timides, Catherine a remisé ses partitions et est revenue à Lille pour finir ses études de médecine. L’inverse est vrai également. Pour Philippe, ce quart d’heure de gloire lui est tombé dessus un peu par hasard. «C’est tout bête. Je sortais de l’unif. Une vieille dame est tombée sur le trottoir devant moi. Je l’ai aidée à se redresser, puis je l’ai accompagnée jusque chez elle. J’ai appelé son médecin qui, par chance, est arrivé un quart d'heure plus tard. Le lendemain, quand je suis allé dans le petit café où je mange régulièrement un sandwich, le patron m’a proposé de m’asseoir et de prendre ‘ce que je voulais’. C’était pour lui! En fait, sans le savoir, c’est sa maman que j’avais aidée. Elle lui a relaté l’histoire. Et elle me connaissait. Elle me voyait souvent chez son fils. De mon côté, j’ai ressenti de la fierté. Mais bon, la page est tournée. La seule différence ? Quand je retourne manger mon sandwich, je dis bonjour à cette vieille dame, dans le fond du café, que je n’avais pas remarquée jusque-là. Comme quoi, la gloire, même éphémère, peut avoir des vertus de réconciliation entre les générations.»

«Chaque fois que mon nombre de followers augmente, je ressens un sentiment de bonheur»

Si la recherche de notoriété, on l’a vu, est vieille comme le monde, l’émergence des technologies de la communication en général et des réseaux sociaux en particulier n’a fait qu’accentuer le phénomène. Alors que certains revendiquent l’anonymat d’Internet, d’autres préfèrent être visibles, présents, voire omniprésents. Thierry est étudiant en graphisme. «C’est comme une drogue. Le matin, je me réveille et j’emporte mon smartphone aux toilettes avec moi. Si la nature m’impose une chose avant de checker mes comptes, j’ai réussi, malgré tout, à réduire le délai qui me sépare de mon premier ‘like’. Pas de like? Pour moi, la journée commence mal,» avoue Thierry. «Mais cela n’arrive pas souvent. Je suis sur tous les réseaux que l’on peut imaginer. J’ai des followers et je contrôle régulièrement leur nombre. Chaque fois que celui-ci augmente, je ressens un sentiment de bonheur. J’ai presque envie de parler de réussite. Par contre, lorsqu’on me demande ce que cela me rapporte de factuel, j’ai des difficultés à le dire.» Et Christelle d’enchaîner: «J’adore regarder les émissions où l’on peut interagir avec des messages Twitter. Je regarde The Voice toutes les semaines et je ne manque pas une occasion de lancer un tweet. Mon espoir? Voir mon compte apparaître à l’écran. C’est déjà arrivé deux fois et mon nombre de followers a à chaque fois connu un boost incroyable. Cela m’incite à écrire encore plus.» Au sortir de cette discussion, la question restait ouverte. Si les réseaux sociaux sont clairement un vecteur permettant aux uns et aux autres de vivre leur quart d’heure de gloire, quelles sont les balises? À partir de combien de likes peut-on être considéré comme un ‘influenceur’? Nous n’avons pas de réponse à cela, mais lorsqu’on voit que certains sont prêts aux pires pitreries pour émerger, on peut s’inquiéter de ce qui nous attend à l’avenir.

«Certains vivent leur quart d'heure de gloire toutes les semaines»

Nos conversations ont également fait sortir une autre vérité qui, même si elle revient à enfoncer une porte ouverte, n’en est pas moins criante. Le monde qui nous entoure est de plus en plus impersonnel. Nous nous fondons de plus en plus dans la masse et l’atmosphère parfois anxiogène n’améliore pas les choses. Vivre son quart d’heure de gloire, si on peut le faire de façon plus ou moins régulière, c’est sortir de ce monde où tout le monde sort de la grisaille ambiante. Parmi la dizaine d’étudiants entendus, les manières de faire sont assez différentes. Certains vivent leur quart d’heure de gloire toutes les semaines, en étant chef scout, par exemple, et en étant le point d’attraction d’une série de gamins en quête d’un guide à suivre. Les autres le font en écrivant des articles (voir l’encadré de Christine) pour un magazine. Et que dire de ces sportifs qui, à chaque compétition, tentent d’atteindre cette gloire, aussi modeste (et c’est là le paradoxe) soit-elle.

En conclusion à nos rencontres, il apparaît que vouloir vivre son quart d’heure de gloire, ou le vivre sans l’avoir désiré, mais apprécier l’effet ressenti, n’est pas quelque chose de grave. Mieux, si trouver la gloire se fait sans dommage pour personne, c’est même bénéfique pour le moral. Du coup, choisissez le domaine qui vous passionne et essayez d’y exceller. Cela aura deux conséquences: vous rencontrerez votre quart d’heure de gloire et vous pourrez éventuellement vous faire suffisamment remarquer pour qu’un professionnel voie en vous son futur employé (voir le récit de Thomas plus bas).
 

Quelques exemples:

 

Christine rédige des articles pour un magazine

«Je suis née avec un stylo en main, mais je n’ai jamais cru que cela pourrait, un jour, m’amener une quelconque notoriété. Mon premier quart d’heure de gloire? Quelque part en humanités, lorsque ma prof de français m’a demandé si elle pouvait photocopier une de mes rédactions. Elle l’a ensuite donnée aux autres élèves et fait publier dans la revue du collège. J’ai ressenti un grand sentiment de fierté. Quelques élèves sont venus me dire que c’était bien. Puis on en est tous et toutes revenus à des considérations moins passionnantes. Genre la dernière couleur de cheveux de Rihanna ou les perfidies du Loft. Mais j’ai eu de la chance, ce fameux quart d’heure de gloire, je le connais désormais toutes les semaines. Je suis toujours étudiante en philologie romane. Mais je n’ai pas envie d’attendre plus longtemps avant d’être publiée. Du coup, j’ai envoyé des critiques de films à différentes revues. La responsable de la rubrique Ciné/DVD de l’une d’entre elles m’a proposé de lui ‘filer un coup de main’. Certes, seules mes initiales sont en bas des articles, mais cela me suffit. Mon quart d’heure de gloire, c’est vis-à-vis de moi-même que je le vis. La prochaine étape? Je suis en train d’écrire un roman, un thriller. J’essayerai de le faire publier. On verra le résultat. Mais ne dit-on pas 'jamais deux sans trois'?»

 

Thomas a pris la parole devant un auditoire bien rempli

«Je termine mes études de sciences politiques. Depuis deux ans, je suis actif dans différents cercles. J’organise des conférences, des débats, je participe à la rédaction d’un journal. Je suis du genre hyperactif. L’idée de base n’était pas de me faire remarquer. J’ai toujours aimé transmettre. Pas tant un savoir que les opinions des uns et des autres pour susciter le débat. Puis, un jour, on m’a conseillé de me faire remarquer. J’ai donc commencé à introduire moi-même les débats que j’organisais. Sans doute que je touchais là à ce fameux quart d’heure de gloire. Un auditoire rempli me regardait comme celui qui avait rendu possible leur présence. Mais cela a eu des conséquences inattendues. Alors que j’avais invité quelques hommes politiques à parler de l’avenir économique de notre pays, j’ai été rejoint par un assistant de l’un d’entre eux. Il m’a demandé de le rappeler pour convenir d’un rendez-vous. J’y ai été. Son ‘patron’ voudrait m’engager pour que je m’occupe de faire le lien entre son cabinet et les jeunes universitaires. Comme quoi, parfois, vouloir faire le malin sur scène, cela peut vous amener à avoir du boulot.»

 

Catherine a passé le casting de 'The Voice'

«Je venais de finir ma deuxième année de médecine. Je me suis réveillée en me disant que je soignerais les gens différemment, en chantant. J’ai donc pris des cours de chant. Puis je suis partie à Paris. Je voulais toucher du monde. Il y a des tas de sites Internet où l’on recherche des chanteuses. J’ai tout vu. Je me suis retrouvée dans des endroits peu fréquentables, mais aussi pas fréquentés. C’était parfois drôle, parfois décourageant. Puis, un jour, une amie m’a demandé pourquoi je ne tentais pas ma chance à la télé. J’ai passé les premières auditions de The Voice. C’était stressant. Nous étions des centaines à entendre, parqués comme du bétail que l’on amène à l’abattoir. La partie filmée, c’est la partie émergée de l’iceberg, la plus séduisante. Je n’ai pas été retenue. Le mec face à moi m’a semblé amorphe. J’ai fini mon année en chantant dans un restaurant qui propose aux clients de choisir une chanson dans un répertoire. C’était à moi de l’interpréter. Quelques applaudissements. Au début, c’est sympa, mais, très vite, cela devient un boulot comme un autre. Du coup, je suis à nouveau en médecine. J’ai bouclé une boucle.»

 

Pierre habite à côté d'une vedette

Puis il y a ceux qui n’ont pas encore vécu ce quart d’heure de gloire. Et donc, ils se rattrapent comme ils peuvent. Souvent, ils ont un ami ou le frère du cousin de la sœur de qui, lui, a vécu un moment de gloire. Nos étudiants l’ont tous vécu. Karim avait une copine qui se gargarisait de vivre dans la même rue que Stromae, mais cela n’a jamais fait d’elle une chanteuse. Pierre, lui, vit dans la rue d’un présentateur vedette de la télévision française qui est venu s’installer dans une des belles communes de la capitale. «J’avoue que je m’en sers parfois. Cela me permet d’attirer l’attention. Est-ce que ce n’est pas ce que l’on recherche tous. Et dans ce cadre, tous les coups sont permis…»

 

Photo: Shutterstock


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