DOSSIER: Enquête sur le sport & les étudiants
Mens sans in corpore sano… «Un esprit sain dans un corps sain». À l’heure de reprendre les cours, il est sans doute intéressant de méditer cette citation du dixième satyre de Juvénal. Quelles que soient les études entreprises, faire un peu de sport ne fait manifestement pas de tort.
Histoire? Sciences économiques? Droit? Seule la Faculté des Sports des différentes universités ne doit pas faire promotion de l’intérêt du sport pour les étudiants. Pour toutes les autres formations, il est intéressant de rappeler que le sport est un moyen de détente exceptionnel. Il permet aussi de se réaliser. Nous avons rencontré quelques étudiants qui en sont la preuve vivante. Nous avons aussi discuté avec un responsable d’une cellule sportive dans une grande université. Leurs points de vue se rejoignent: bouger ne peut faire que du bien et faciliter la réussite.
Mauvaise excuse
Tordons immédiatement le cou à une idée reçue: faire du sport coûte cher. L’université est justement là pour te permettre de pratiquer de nouvelles disciplines et sans que cela ne te coûte une fortune. À ce titre, Mehdi, étudiant en sciences politiques, ne remerciera jamais assez sa petite amie. «Je ne voulais pas faire de sport parce que je considérais que cela coûte cher. Les abonnements, les équipements… Je paie moi-même mes études et je n’ai pas forcément les moyens. Sauf que, en passant par le service des sports de l’ULB, je me suis rendu compte qu’il ne fallait pas débourser des sommes énormes pour pratiquer une multitude de sports différents.» De fait, en tant qu’étudiant, l’accès aux sports pratiqués sur les différents campus ne coûte rarement plus de 50 euros. À titre d’exemple, pour 50 euros, à l’Université Libre de Bruxelles, ce sont des dizaines de sports différents, encadrés par des moniteurs aguerris et reconnus par leur fédération, qui sont mis à disposition. «Évoquer le manque de moyens était une mauvaise excuse. Désormais, je sais que je peux pratiquer le sport que je souhaite, quand je le souhaite,» se réjouit Mehdi.
À la carte
Certaines universités ont appelé l’accès aux différentes disciplines la carte sport et cette dénomination n’est pas le fruit du hasard. En effet, le plus souvent, pour une cotisation unique, tu auras le droit de pratiquer tous les sports proposés par l’université concernée. Il y en a des dizaines. Autant dire que tu n’as pas fini d’en faire le tour. Stéphanie, en dernière année de médecine à l’UCL, se souvient: «Quand j’ai commencé mes études de médecine, j’étais très consciente de la nécessité de faire du sport. C’est indispensable pour conserver une forme adéquate à la réussite d’études éprouvantes comme peuvent l’être celles de médecine. Mais que faire? Je faisais déjà un peu de jogging. Il me fallait quelque chose de différent, de passionnant. Grâce à ma carte sport, j’ai pu m’essayer à différentes choses. Au fil des ans, j’ai fait de l’escrime, de l’escalade, des sports de combat et j’ai même pu participer à des compétitions. C’est un des moments excitants de mon parcours estudiantin. Après la guindaille, bien sûr!». Comme Stéphanie, ils sont des dizaines à papillonner d’un sport à l’autre, certains ne se satisfaisant jamais de l’expérience, d’autres accrochant réellement à une discipline et montrant même des capacités pouvant les porter loin.
Un exemple désormais célèbre
Faire du sport peut mener loin. Très loin. Voire vers des sommets. L’été dernier, nous avons tous eu l’occasion de le vivre. Une Liégeoise a brillé sur la scène internationale. Et pas de la moindre des manières puisqu’elle a remporté la médaille d’or de l’heptathlon féminin lors des derniers Jeux Olympiques de Rio. Cette Liégeoise, c’est Nafissatou Thiam, une étudiante en géographie qui a bénéficié d’un suivi particulier de la part de son université. Car, là aussi, les universités peuvent jouer un rôle important. Si on n’en est pas encore au niveau des États-Unis où toute une frange de la population estudiantine est subsidiée pour pratiquer du sport de haut niveau, les universités belges sont prêtes à arranger les horaires de leurs étudiants pour leur permettre de briller dans leur discipline. Malheureusement, le soutien s’arrête là et les efforts à consentir pour le sportif de haut niveau sont particulièrement importants. Muriel, ancienne étudiante en histoire, se souvient: «Je n’étais pas mauvaise en natation. Sans fausse modestie, je faisais des résultats. À l’ULg, on m’a permis de passer des examens en décalage par rapport aux autres étudiants, j’ai eu la possibilité d’aménager certains travaux pratiques pour pouvoir répondre aux exigences de mes entraînements. Malheureusement, une blessure m’a éloignée des bassins. La chute a été rude. Mais je ne regrette pas l’expérience.»
Le sport, l’indispensable
Une vérité qui ne touche pas que les étudiants, mais qui a son importance lorsqu’on tente de poursuivre un cursus, est que le sport a des vertus importantes pour la santé. La première d’entre elles est qu’une pratique récurrente d’un ou de plusieurs sports permet de se prémunir de différentes maladies chroniques. En d’autres termes, si tu pratiques ton sport de manière ‘sérieuse’, tu risques moins de faire des bronchites chroniques ou autres maladies cardio-vasculaires. Philippe, médecin du sport collaborant dans une grande université, confirme ce premier point et nous rappelle aussi que le sport est un moyen incontournable pour garder la forme. «Les étudiants sont particulièrement soumis à une vie dissolue. On vit la nuit, on boit beaucoup et je ne parle même pas des menus qui frisent parfois la correctionnelle en matière de teneurs en graisses et autres composants nocifs. Du coup, la pratique d’un sport s’apparente à une bouée de sauvetage. Je m’amuse souvent, quand je croise des étudiants, en leur disant que s’ils veulent éviter la bouée qui apparaît chez trop d’entre eux suite à la consommation excessive de bières, ils doivent se jeter à l’eau, que ce soit au propre ou au figuré.» Mais Philippe ne s’arrête pas là. «Je suis convaincu que le sport a des vertus sur la réussite des études. D’abord parce que quelqu’un qui fait du sport améliore la qualité de son sommeil. Je vous renvoie aux différentes études sur le sommeil et sur la qualité de l’étude lorsqu’on est bien reposé. C’est édifiant. Enfin, j’emploie toujours une image forte pour inciter les jeunes qui viennent me voir à pratiquer un sport. Quelqu’un en surcharge pondérale de 12 kilos imagine-t-il que, chaque fois qu’il se rend à l’auditoire, il porte deux packs de bouteilles d’eau virtuels par rapport à son camarade qui montrerait un poids plus adapté. Cela n’est pas sans conséquence sur le bien-être, sur la forme et sur la capacité à affronter, par exemple, un blocus.»
Un argument de plus
Pour celles et ceux qui pensent que les chiffres ne mentent pas, penchons-nous maintenant sur une étude réalisée par le Sport Industry Research Centre de l’université de Sheffield Hallam, en Grande-Bretagne. Celle-ci nous démontre de manière statistique que si tu ne t’es pas encore mis au sport, il est grand temps de le faire. En effet, il apparaît que, en moyenne, les étudiants ayant pratiqué un sport durant leurs études perçoivent un salaire 18% plus important que ceux qui ont préféré continuer leur entraînement au fond d’un canapé. Ces derniers sont 27% à avoir connu une période de chômage durant leur carrière qui a suivi leurs études. Ceux ayant pratiqué un sport de manière suivie ne sont que 21% dans ce cas.
À ce niveau, la même étude montre que ce n’est pas tant la pratique du sport, mais l’implication dans la sphère sportive qui apporte ce type de bienfaits. Ainsi, les chiffres montrent que les personnes aidant à l’entraînement de leurs camarades, à la gestion d’un club ou à l’arbitrage d’un match ont les mêmes chances de réussite. Voilà qui devrait rassurer celles et ceux qui voient l’idée de faire un tour de piste en courant comme le pire cauchemar de leur vie.
Sur les 5838 jeunes interrogés, ils ne sont pas moins de 51% à estimer avoir pu développer un esprit d’équipe et par là une capacité au leadership lors de leurs différentes pratiques sportives. Des qualités que les employeurs, confrontés à de jeunes universitaires, ne font que confirmer. 94% d’entre eux sont convaincus qu’un candidat ayant pratiqué un sport, et notamment un sport d’équipe, aura plus de capacité à réussir sa mission que son homologue adepte du chips-coca devant la télé.
Émulation de groupe
Les quelques paragraphes ci-dessus ont fini de te convaincre que le beer pong ne suffisait pas à ton développement physique? Tu souhaites franchir le pas et te mettre à pratiquer un sport qui, jusqu’ici, était réservé à une émission du dimanche soir, juste avant de quitter tes parents pour rentrer en kot? Mais tu ne sais pas par où commencer? Un bon début est de surpasser tes propres craintes. Lucie, étudiante en biologie, ne savait pas par où commencer. «Je ne suis pas agoraphobe, mais j’ai quelques difficultés à aller vers les gens. Plus jeune, je me suis essayée à une équipe de basket. Je trouvais ça très chouette, mais j’avais eu des difficultés à intégrer le groupe. Je pense que je redoutais d’être coincée dans une activité et de devoir en faire, en quelque sorte, une seconde vie. En arrivant à l’ULB, j’ai pris une carte sport. Le fait même de pouvoir passer d’un sport à l’autre me convenait très bien. Bon, d’accord. Je fais partie d’une équipe de basket et j’essaye d’être à tous les entraînements. Mais la flexibilité offerte par ce système. Mon conseil? Jette-toi à l’eau. Le pire risque que tu prends est d’avoir dépensé 50 euros pour rien. Hormis cela, tu ne peux récolter que du plaisir!»
Extra muros
Bien évidemment, il est toujours possible de faire du sport en dehors de l’université. Sache toutefois que s’inscrire au service sport a des avantages, notamment en matière d’assurances. Tu peux également te tourner vers ta commune de résidence qui possède le plus souvent un service sport offrant des conditions particulières pour les jeunes. Enfin, si ton but est de courir sur un beau tapis, de te regarder dans un miroir pendant que tu soulèves des poids ou tout simplement d’effectuer du spinning avec une amie, les frais inhérents à un abonnement dans une chaîne comme Basic-Fit sont plus qu’abordables. Une astuce pour que le sport ne te coûte rien? Essaye de convaincre ton papa ou ta maman de refaire du sport, de prendre une carte familiale dans un des centres et, au final, de l’utiliser toi, sans autre forme de coût supplémentaire.
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