Mon tattoo, c’est tout moi!
Ils sont discrets ou, au contraire, ostentatoires. Ils se cachent pudiquement ou se revendiquent fièrement. Une chose est certaine : lorsqu’un tatouage apparaît, il ne laisse personne indifférent. Des tatoués, nous en avons rencontrés pour vous, mais nous avons aussi découvert des students qui n’entendent pas l’être (tatoués, pas students!) et d’autres encore qui voudraient bien, mais qui n’osent pas…
L’idée peut paraître saugrenue. Alors que l’on tente de plus en plus de prendre soin de sa peau, que l’on rejette les produits trop agressifs, que de manière plus pragmatique on multiplie les allergies et la guerre aux allergènes, de plus en plus de personnes, jeunes et moins jeunes – oui oui, même chez vos profs – poussent la porte d’un tatoueur. Le but est clair et déterminé: se faire graver dans la peau textes et motifs. Derrière ce geste que d’aucuns considèrent comme barbare, alors que d’autres y voient une forme de communion avec eux-mêmes, nous avons cherché les motivations. Et le moins que l’on puisse dire est que la surprise était du voyage.
Hors de question!
Durant nos différentes rencontres, nous avons découvert un nombre étonnamment élevé d’étudiants et d’étudiantes totalement opposés à toute forme de tatouage. On les divisera en deux grandes catégories. La première serait celle des puristes, qui ne comprennent pas pourquoi on devrait altérer un corps qui, avec un peu d’effort, représente le summum de l’esthétisme. Thomas, étudiant en sciences politiques, pousse le distinguo encore plus loin. «De manière générale, je ne vois pas les tatouages d’un bon œil. Si je comprends, même si je n’adhère pas, qu’un homme veuille marquer sa virilité à l’aide d’un tatouage, je comprends encore moins une femme qui casse de manière consciente et volontaire la féminité et ce que cela comporte de sensationnel. Entendons-nous bien: je considère que tout le monde est libre de faire ce qu’il veut avec son corps et je me refuse d’interdire quoi que ce soit à quiconque, mais lorsqu’on a la chance d’avoir un corps synonyme d’esthétique, il n’y a pas de raison de le maltraiter.»
La seconde catégorie regrouperait ce que nous appellerons les visionnaires. Les visionnaires, ce sont ces gens qui voient plus loin que le premier regard dans un miroir, ceux qui pensent à leur avenir, tant professionnel que physique. Ceux-là nous opposent généralement une vision plus humoristique du tatouage. Christian s’inquiète: «Que va devenir le papillon que ma petite amie s’est fait tatouer sur le bas du ventre avec le temps qui passe. On ne peut pas échapper aux affres du temps. Je trouve ça plutôt joli un tatouage, sur un ventre ou sur un biceps. Mais quelle tronche aura-t-il lorsque nous aurons arrêté de faire du sport de manière intensive? C’est la principale raison qui m’a toujours éloigné du tatoueur».
Eve, elle, s’inquiète du tatouage de son petit ami qui lui mange littéralement la moitié de l’épaule. «Je trouve cela hyper sexy. Nous sommes partis en vacances ensemble et force est de constater que quand Tom retirait son T-shirt au bord de la piscine, cela créait un certain émoi. Dans le même temps, je me demande ce qu’il fera lorsqu’il devra ‘tomber’ la veste et que l’on verra cette œuvre d’art à travers sa chemise blanche. Sera-ce du goût de tous les employeurs? Il se destine à une carrière dans la finance et je ne pense pas que ce sont tous des rigolos qui apprécient ce qui reste malgré tout une différence.»
Raconter une histoire
Et puisque l’on parle de Tom, continuons avec lui. «Je n’ai pas décidé de me faire tatouer. Cela a toujours été comme une évidence pour moi. D’ailleurs, l’idée n’a jamais été tant d’aller chez un tatoueur et de me faire faire un beau dessin sans signification sur une omoplate. J’ai effectué mon premier tatouage pour l’arrivée de mon fils. J’avais à peine dix-huit ans et l’événement m’a détourné pour un temps des études. Je me suis ensuite fait tatouer une rose près de mon fils. C’était quelques jours après ma séparation de sa mère. Cela symbolisait une forme de beauté ultime, mais celle-ci est aussi couverte d’épines, me rappelant chaque matin, devant mon miroir, que la vie n’a pas toujours été sans douleur. Le dernier en date est un phénix aux ailes déployées. Je me le suis offert après ma rencontre avec Eve. J’ai vécu ce moment de ma vie comme une renaissance. La vie m’a donné la chance de revivre, une seconde chance. La symbolique du phénix s’est d’autant plus imposée à moi que c’est à ce moment que j’ai repris mes études. Il fallait – avec tout ce que cela comporte d’obligatoire – que je marque ces événements dans ma chair, comme pour pouvoir m’y référer et ne pas oublier mon bonheur retrouvé durant les jours où cela irait moins bien.» De son propre aveu, Tom ne sait pas s’il s’arrêtera un jour. «À la fin de ses études, Eve aimerait avoir un enfant. Si je nourris l’espoir que je puisse être le père, je sais déjà que je trouverai toujours une place, ici ou là, pour immortaliser ce moment de bonheur.»
Par esprit d’esthétisme
Contrairement à nos précédents témoins, certains ne voient aucune symbolique, mais trouvent cela tout simplement beau. Non, ils n’ont pas l’impression de se détruire le corps et ils ne craignent pas une seconde que le temps puisse avoir un quelconque effet sur ce corps qu’ils veulent se façonner à leur image. Sans vouloir la caricaturer, Muriel ne manque jamais une occasion de se regarder. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cela lui demande des trésors d’ingéniosité. «Je me suis fait tatouer une geisha en habit traditionnel dans le dos. Quand je suis habillée, on peut juste voir un idéogramme à la base de mon cou. Mais une fois que j’enlève mes vêtements, on peut remarquer que le dessin va jusqu’à la naissance de mes fesses. L’ensemble tire dans des nuances de noir et de rouge. C’est assez sombre et profond. Certains disent que c’est envoûtant. Comme j’aime bien le regarder, j’ai installé chez moi deux miroirs, en face l’un de l’autre, en léger décalé. Comme ça, en sortant de ma douche, j’ai l’occasion de voir ce dessin qui me fait littéralement ‘triper’. L’autre moment où je profite pleinement de mon tatouage, c’est quand je rentre de soirée avec un mec et que l’on se déshabille. Certains en ont la chique coupée… Si j’ose dire (rires). Une chose est certaine: celui qui voudra vivre une longue histoire d’amour avec moi devra s’y faire parce que, quelle que soit la force de mes sentiments, ce tatouage fait partie de moi et il n’y a pas de retour en arrière possible.»
Mais toutes les recherches esthétiques ne sont pas aussi extrêmes. Certains et certaines œuvrent dans la discrétion. C’est le cas de Marie, passionnée par la culture japonaise et qui a décidé de se faire tatouer un idéogramme sur l’intérieur du poignet. «Je me refuse à dire ce qui est écrit. C’est comme un trait d’union avec mes amis japonais. Je ne désire pas le partager avec tout le monde et n'importe qui. En outre, je trouve cela très beau. Il est relativement petit et je peux aisément le masquer ne portant des manches longues ou un bracelet large. Pratique lors de mes visites en famille où certaines personnes ne comprennent pas. Sans doute devrais-je leur expliquer qu’il n’y a rien à comprendre. Par contre, quand j’ai envie de le voir, je n’ai qu’un geste à faire et je vis un vrai moment d’évasion.»
Le minimaliste
Nous avons aussi rencontré une jeune fille, Louise, qui considère ne pas être tatouée, qui n’aime pas ça et qui considère qu’il n’y a pas de raison de s’abîmer le corps. Par contre, et même si cela peut paraître contradictoire, elle n’a pas hésité à se faire tatouer un point juste derrière l’oreille. Cette étudiante en droit nous a confié sa démarche: «Nous sommes une bande d’amies. Nous nous sommes juré de ne jamais nous oublier. Un soir, alors que nous passions dans une rue où était ouverte la boutique d’un tatoueur, nous avons décidé de chacune nous faire tatouer un point derrière l’oreille droite. Autant dire que personne ne le voit jamais. Sauf mon petit ami qui m’a dit un jour que j’avais une trace de Bic derrière l’oreille. J’ai beaucoup ri. Mais quand il m’a demandé de quoi il s’agissait, je lui ai répondu que cela faisait partie de mon jardin secret. Bon, s’il lit le Guido Magazine, je suis grillée…»
On le voit, les motivations et les manières de vivre ou de ne pas vivre le tatouage sont très différentes. Il convient à chacun de réfléchir avant de se tatouer un symbole ou le nom de son petit ami ou d’une personne aimée. Imaginez que vous vous fassiez tatouer ‘À maman pour toujours’ sur l’épaule et que, au final, ce ne soit pas la dernière femme de votre vie…
Le savais-tu?
Le mot ‘tatouage’ vient de la culture tahitienne. Littéralement, il signifie ‘dessin de l’esprit’. Autant dire qu’il vaut mieux y réfléchir à deux fois avant de se lancer dans l’aventure afin de bien choisir son motif, l’endroit et d’être certain que l’on assumera les questions et remarques des autres. Nous ne sommes malheureusement pas, comme le voudrait la culture tahitienne, de purs esprits…
10 choses à faire avant de se faire tatouer
Un tatouage est un acte que tu pourrais un jour regretter. Voici dix choses auxquelles réfléchir si tu ne veux justement pas le regretter.
1. Prends le temps de réfléchir
Un tatouage se fait sur le long terme. Il faut donc que le motif choisi puisse avoir une vie sur le long terme.
2. Choisis bien l’emplacement
Tu souhaites pouvoir le voir tous les jours ou, au contraire, le masquer facilement? C’est aussi une question de choix…
3. Souviens-toi que c’est irréversible
Certes, il existe des méthodes pour enlever des tatouages, mais ce n’est ni sans cicatrices ci sans douleur…
4. Vérifie le professionnalisme de ton tatoueur
Il ne s’agit pas d’un dessin que tu pourras jeter s’il ne te plaît pas. Vérifie que le tatoueur connaît son métier…
5. Vérifie ta compatibilité avec certaines couleurs
Pour qu’un tatouage soit beau, il faut aussi que ses couleurs soient belles. Et là, nous parlons de carnation de peau.
6. Écoute l’avis des pros
Ton tatoueur te déconseille un motif. Réfléchis bien à ses conseils qui, souvent, se basent sur l’expérience.
7. Rappelle-toi que tu vas vieillir
Un tatouage vieillit, ses traits s’épaississent. Toi aussi, tu vas vieillir. Il est important d’en tenir compte pour que ton tattoo perdure.
8. Analyse ta résistance à la douleur
Certains endroits sont plus douloureux que d’autres pour un tatouage. À retenir si tu es une petite nature!
9. Vérifie si tu es allergique
Certaines personnes sont allergiques aux pigments utilisés pour un tatouage. Mieux vaut le savoir avant de se mettre à l’œuvre.
10. Choisis un motif qui ne sera jamais démodé
Ce motif chinois est hyper tendance pour le moment? Les modes passent et trépassent, essaie donc d'opter pour un intemporel.
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