Festival d'anecdotes
Ah, ces festivals. Que de mornes vacances si on ne les avait pas. Et que de souvenirs. Pour sûr, les prestations des groupes, qu'elles soient bonnes ou mauvaises, laissent souvent un souvenir impérissable. Mais les à côtés gravent à jamais bien des mémoires. On en a recueillis quelques-uns. Z'allez voir, c'est un festival.
Festival de jets et rateaux
La première bonne raison de courir les festivals, c’est évidemment pour l’affiche qu’ils proposent. Et au niveau de l’affiche, celle qui emporte en général l’adhésion de tous, c’est Werchter, une pépinière de grosses pointures. Sting en est une, incontestablement. Seulement voilà, ce jour-là, c'était pas son jour. Nico en témoigne: “Le concert de Sting à Torhout Werchter, ça, je crois que je m’en souviendrai toute ma vie. Il monte sur scène, il commence son petit tour de chant. Et voilà qu’à un moment donné, une nuée de bouteilles en plastique lui tombent dessus. Ca partait de partout. Et Sting de continuer. Bon, c’est vrai qu’à un moment, il en a eu marre et a adressé un beau ‘fuck’ à la foule. Avant de se barrer. Et dire que j’étais tout jeune…” Que les stars qui nous lisent - Eh, bonjour les stars, faudrait passer nous voir à l'occasion - ne se décommandent pas tout de suite. Cette réaction est très rare. Quoique... "Au concert de Cure, un groupe s'était placé tout devant, arborant des caliquots de toutes sortes. Je pensais que c'était des témoignages d'affection. Nenni. Je me souviens d'un "Robert, gros lard", et d'un "Fat Cure". Bon, c'est vrai, Robert Smith n'est plus mince-mince, mais de là à lui lancer des guides Weight Watchers, il y a un pont, non?!," raconte Maud-Sophie, fan de la première heure. Robbie William, le chéri de ces dames, n'a évidemment pas échappé à la tradition, lorsqu'en 1999, un pancarte l'interpelle dans la foule "Robbie we hate you but your music is nice". Robbie n'est pas qu'un ancien de feu Take That, c'est aussi un mec qui a du répondant, et du répondant bien loin du 'lisse' des boys bands: "I fuck your mother last night...." Eh alors, Rob, on a eu des soucis avec sa môman dans l'enfance?
Ce qui est gai, c'est que souvent, les artistes se baladent dans la foule et assistent à certains concerts. Ce fut notamment le cas de Pulp, à Dour. Stéphanie raconte: "C'était à l'époque de l'éclosion de la Britpop. Dour avait une affiche géniale, de Supergrass à Blur, en passant par Shed Seven, et bien sûr Pulp. Tous ces groupes n'étaient pas encore très connus en Belgique. Pour moi, c'est Dour qui les aura vraiment lancés. Cela dit, Pulp, je connaissais par coeur. Je me balade d'une scène à l'autre, et qui je vois, là? Jarvis et sa bande. Je fonce au bar, commande 5 bières, les prends dans les mains, reviens en courant vers le groupe. Elles étaient à moitié vides, mais bon, je leur offre quand même. Ils les prennent, en se marrant, et je suis restée béate devant eux, sans rien dire, comme une bienheureuse. Un bombe aurait éclaté que j'aurais pas réagi." Ah, Dour et son ambiance si particulière. L'affiche aussi, d'ailleurs. L'Alternative Music Event, comme aime à l'appeller Di Antonio. Entre les scènes vraiment 'hard', les plus 'rock', le 'reggae' ou encore 'La Marmite' (délire made in France assuré), il y a parfois des invités pour le moins 'décalés'. Ainsi, Remy Bricka, l'homme-orchestre fait partie des chouchous du public. Dimitri: “J’avais été très déçu de l’accueil que le public dourois avait réservé à Patrick Juvet. Le malheureux s’était pris des tomates à la gueule, et dans tomates, comprenez le modèle pelées en boîte, camping oblige. Alors quand on a appris que Rémy Bricka était de retour au Dour 2002, avec les potes, on a eu peur. On s’est juré qu’il n’y aurait pas une tomate qui toucherait notre idole. Alors, à son concert, on s’est mis tout devant, prêts à bondir afin de servir de bouclier humain pour notre homme-orchestre adoré. Mais là, la réaction du public nous a littéralement scotchés. Imaginez un peu le public Dourois, avec tout ce qu’il compte comme punks, mohicans, rasta’s, heavyers, j’en passe et des pires. Enfin, imaginez donc ces gens entonner “C’est la vie”, les yeux brillants et le sourire jusqu’au oreilles, tel des gosses chantant “Dans sa maison un grand cerf”, au son du tambourin de la maîtresse, en maternelle. C’était tout simplement merveilleux.” Et puis, il y a les grosses machines, qu'il ne faut absolument pas louper. Et qu'on loupe tout de même. "Le Peuple de l'Herbe, là, j'ai râlé, m'explique Thomas. Deux semaines que je criais à tout le monde qu'il fallait aller à Dour voir le Peuple de l'Herbe. J'ai filé mon cd à plein de gens pour leur faire découvrir ce groupe, pour les préparer à Dour. Eh le jour venu, il y a eu déprogrammation, changememnt d'horaire, et d'autres choses encore. J'essayais de me tenir un max au courant... Puis, j'ai croisé des potes, qui m'ont demandé: "Alors, le Peuple, t'as aimé?" Ils en revenaient. Je les avais raté." Reprogrammation, et potins d'avant festival sont fréquents. L'épisode Noir Désir de l'année passée a beaucoup marqué les esprits: “L’année passée, après que Noir Désir ait annoncé qu’ils ne seraient pas présents à Dour, ça m’a fichu un sale coup. Je me suis battu sur le forum du Dour Music Festival, j’ai laissé des mots larmoyants sur le site de Noir Désir. J’ai suivi toute la charmante correspondance entre Di Antonio et le groupe. J’y pensais tout le temps. Finalement, ils sont venus. Alors, le soir du concert, je me suis… endormi. Voui voui. Non pas que c’était chiant. Enfin, je ne sais pas. Mais bon, voilà, j’avoue j’ai tout raté, je me suis en-dor-mi. J’ai honte.” Enfin, les déprogrammations sont souvent indépendantes de la volonté des organisateurs. Louise Attaque devait donner son concert le jour même de la finale de la Coupe du Monde entre la France et le Brésil. Eh bien les festivaliers sont rentrés bredouilles. Louise Attaque avait préféré regarder le match. Cela dit, ils sont revenus l'année suivante, histoire de se faire pardonner.
Festival en backstage
Un festival ne se passe jamais sans défis... Celui notamment d'entrer dans le backstage.
Plusieurs techniques existent. Esther vous livre la sienne, testée avec succès au Pukkelpop: "la plus efficace: la comédie. Quelques étapes sont nécessaires. Un petit pogo, pour être en sueur et tout rouge et deux trois cris perçants pour avoir la voix rauque. Dirigez-vous vers la croix rouge (backstage). On vous emmènera avec grande précaution vers un lit de camp pour vous reposer, un petit verre d'eau pour se
rafraîchir. Après 5 minutes, il suffit de dire qu'on va mieux, et de retourner toute seule vers la sortie, mais hélas, parfois on se perd dans les dédales... Meuh non que je n'ai pas fait exprès!!"
Festival au camping
Parce qu'un festival sans camping, ce n'est pas un vrai festival. On vous épargnera l'état des douches et commodités sanitaires, surtout le dernier joue. Mais retenez bien cela: le camping, c'est la convivialité, et l'ambiance assurée. Seb en a fait l'expérience: “A Dour, dans le camping, on a pas eu trop de bol. On s’est retrouvés encerclés par une tribu de Hollandais baba-cool, fous de tam-tams et djembés, visilement nocturnes et sourds, et grands amateurs de barbecue. Enfin, ça sentait le barbecue… J’étais arrivé le jeudi, où j’avais dansé jusqu’à six heures du mat’ avant de rejoindre le supermarché où je travaillais en tant qu’étudiant. De retour le vendredi soir, rebelote jusque sept heures du mat’. Le samedi soir, ça n’a pas loupé, j’errais comme un zombie. Je l’ai faite raisonnable et suis rentré dans mon sac de couchage tout douillet juste après le dernier concert. C’est là qu’ils ont commencé: vas-y que je chante, que je tape fort sur mon djembé, que je crie… Ils se sont endormis le dimanche matin, 10h00 tapante. J’avais passé la nuit à hurler “Vos gueeeuuules”, j’avais plus de voix, à côté de moi, Jean-Louis Aubert passait pour un ténor, c'est tout dire. Au Pukkelpop, j’ai cru mourir quand un djembé juste à côté de ma tente à commencé à raisonner aux alentours de huit heures du mat’. Je sors de ma tente, histoire de voir qui j'allais assassiner, et c’est là que j’ai retrouvé ma bande d’Hollandais. Ils m’ont appelé “vos gueules” pendant trois jours. Tout est bien qui finit bien, on a gardé le contact, et on a rendez-vous à Werchter.”
Festival sous le soleil
Quand le soleil est de la partie, c'est cool. Le peuple bronze, les plaids sont jonchés sur le sol, les gens itou. La bière coule à flot. Il arrive que les pompers arrosent la foule, que la Croix Rouge fasse une overdose de victimes d'insolations. Mais il fait beau, la vie est belle. Mais les festivals ont beau avoir l'été, la Belgique étant ce qu'elle est, on est jamais à l'abri de la douche. En général, on a toujours la tenue de pêcheur de tonton Dédé pour parer aux aléas de la flotte. Mais n'a pas tonton Dédé qui veut. C'est en général à ce moment-là que les festivaliers débordent de créativité, et s'improvisent stylistes. La matière adéquate? Le sac poubelle. La jupe, le T-shirt, total look sac poubelle. Et parfois, ça ne suffit pas. "Au Pukkelpop, Je me suis retrouvée mouillée de 9h du matin à 2h du matin. J'étais habillée d'un jean, de deux puls, un k-way et deux sacs poubelles au-dessus. Le seul habit sec, était ma petite culotte, un confort non négligable. Mais... en fin de soirée, un jeune homme a eu la bonne idée (pour rester dans l'ambiance..) de sauter dans une immense flaque juste au moment ou je passais à côté de lui... Deux secondes après mon seul confort n'étais plus confortable et la tête du jeune homme, elle, était dans la flaque." Ne parlons pas des campings totalement inondés (Dour, Pukkelpop), du site simplement impraticable (re-Dour) et des batailles de boue (re-re-Dour) qui finissent toujours par toucher quelqu'un qui ne veut surtout pas y participer. Alors, une lueur sous cette grisaille, la pluie a parfois contribué à de très beaux instants: "En 1992, mon premier Werchter, j'attendais avec impatience les Red Hot Chili Peppers. En attendant d'autres groupes passaient, notamment Crowded House. Et quand ils ont commencé à jouer 'Always take the weather with you' une bonne drache belge a commencé. Tout le monde s'est installé sous ses plastiques, et chantait à haute voix, le refrain qui était tout à fait en harmonie avec la météo. Un moment magique", se souvient Johan. C'est y pas beau, ça?
Festival de médias
Qui dit artistes, et gros événememnts, dit presse. Et c'est toujours bien amusant de passer à la tv, de se retrouver dans le journal. Seulement... Nathalie: "J’ai rien contre les substances dites illicites… Je crache pas sur les pêtards. Mais c’est vrai aussi que je n’ai jamais touché à une pilule, qu’elle s’appelle Love ou MickeyX. Mais quand on installe un stand chargé d’analyser les composés et effets secondaires des pills ‘disponibles’ sur la plaine de la machine à feu, et qu’en plus ils demandent des volontaires les tests, y’a pas à dire, ça attise la curiosité. Alors, oui, c’est vrai, je me suis arrêtée à ce stand avec ma cop’ Isa, et on a lu attentivemement les conclusions tirées des analyses, affichées au dehors de la tente. Et c’est vrai qu’en apprenant qu’en prenant telle pilule, il y avait des risques de déshydratation, on a fait semblant d’être complètement déshydratées. Maintenant, comment on pouvait savoir qu’à ce moment même, une équipe d’une chaîne de télévision privée très connue en Belgique nous filmait?! Ben non, on savait pas, mais c’est ma mère qui me l’a appris quelques semaines plus tard, suite au coup de fil bien pensant d’une de ses amies, qui devait s’en faire pour ma petite santé fragile. Elle m’avait vu dans “le poste”, aux nouvelles de treize heures.” Il est vrai que le sujet avait fait les choux gras des jounaux, partout en Belgique, et c'est pas magada Aelvoet qui nous dira le contraire. Et puis, il y a ceux qui se font photographier dans des situations un rien compromettantes. Denis en a fait l'expérience: "J'étais à l'époque en relation avec un des boss d'un hosto universitaire pour mon mémoire. Un truc financier, très sérieux. Et c'est vrai que je l'avais jouée 'rat d'auditoire' histoire d'être bien vu par ce môssieur, et d'avoir accès au maximum d'informations. Je devais le revoir le lundi pour la cinquième ou sixième fois. J'étais à fond dans sa manche. Seulement, avant ce lundi, il y a eu le festival de Dour. Le lundi, me voilà en grande photo dans un journal national. Jusque-là, rien de grave. Que je sois torse nu, la panse à l'air, les yeux tout rouge en train de danser sous les pompes à eau des pompier, ça allait aussi, ça me rendait sympathique. Que j'aie un verre de bière dans chaque main, on a vu pire également. Que la légende parle des abus de drogues et d'alcool sur les festivals, je le prends bien. J'aurais assisté l'information, en quelques sortes et de toute façon, c'est pas un scoop. Mais que ce ponte de la finance en milieu hospitalier soit abonné au canard, ça, c'était pas cool. Je suis entré dans son bureau, et le journal était ouvert à cette page. J'ai eu droit à "je vois que vous avez passé un bon week-end" glacial. J'ai cassé le mythe." Bref, méfiez-vous, hein! Et bon(s) festivaux... Non, 'vals', pfff.
(NR)