VIRGINIE EFIRA: "Il ne faut pas être trop jolie pour réussir à la télé"
Après avoir fait ses armes sur RTL-TVi, Virginie est désormais la star montante de la chaîne de télé française, M6. Nous avons rencontré la plus bel(ge) des animatrices françaises et nul doute que son charme, sa spontanéité et son naturel l'emmèneront encore vers de nombreux succès dans le futur. On parie?
GUIDO: On peut vraiment dire que tu as fait un parcours sans faute!
Virginie Efira : Effectivement, on peut dire qu'il y a eu une belle évolution qui s'est produite alors que rien n'était réellement prévu dès le départ. Bien que je n'aie pas le profil de l'ambitieuse type, les choses se sont enchaînées avec une certaine cohérence et une certaine facilité. Tout cela sans jamais vraiment brûler les étapes.
GUIDO: Tu avais toujours rêvé de faire de la télévision?
Virginie Efira : Pas du tout, je voulais devenir comédienne, cette profession me faisait davantage rêver que celle d'animatrice télé. J'ai donc fait l'INSAS et le Conservatoire de Bruxelles. Ensuite, j'ai passé un casting à RTL-TVi et je me suis alors rendu compte que le métier d'animatrice me plaisait et ne m'ennuyait pas. J'ai donc décidé de continuer dans cette voie.
Mauvais souvenirs
GUIDO: Quels souvenirs gardes-tu de tes études?
Virginie Efira : Les études artistiques sont quand même assez différentes de celles que l'on peut trouver sur un campus universitaire (des classes de douze personnes, un examen d'entrée, ...). J'en garde un excellent souvenir humain par rapport aux gens de ma classe, mais un souvenir plus difficile du côté professoral et des études en elles même. Quand on apprend l'interprétation dramatique, on joue avec toi tout le temps, la matière avec laquelle on travaille, c'est ce que tu es toi-même. Et à 19 ans, quand tu as des professeurs qui te disent que tu n'es pas intéressante ou que tu es de la merde, tu n'as pas encore la maturité pour comprendre ce que ça veut dire, tu crois alors ce que ces gens te disent. Je ne pouvais pas personnellement bien évoluer dans une atmosphère aussi sadique.
GUIDO: Reçois-tu malgré tout encore des propositions de cinéma, de théâtre ou de téléfilms?
Virginie Efira : En effet, je viens de finir un court-métrage et je reçois beaucoup de propositions de pièces de théâtre en Belgique et de téléfilms en France. Mais je suis obligée de refuser pas mal de choses.
GUIDO: On se souvient de tes collaborations avec Patrick Ridremont (ndlr: son mari), de tels projets pourraient-ils revoir le jour?
Virginie Efira : Oui, je pense qu'on le refera. Que ce soit en télé ou en théâtre, on y réfléchit. Patrick est quelqu'un qui joue, mais qui écrit également, on pourrait s'imaginer une émission que l'on produirait, qu'il écrirait, que j'animerais et dans laquelle il pourrait insérer des pastilles comiques. Tout cela reste du domaine du possible.
A la conquête de la France
GUIDO: Quand tu te revois maintenant dans Mégamix, quel regard portes-tu sur cette période?
Virginie Efira : Ça me fait bien rire! C'est sûr que je n'avais pas l'air d'une grande intellectuelle (rires) mais ce ne sont que des bons souvenirs. On était lucides, on n'était pas dupes une seule seconde, on savait très bien l'image qu'on renvoyait. On n'aimait pas toujours ce dont on parlait et les gens que l'on invitait, mais on s'est super bien marrés!
GUIDO: Tu as ensuite débarqué sur M6 où tu as directement été projetée à la tête d'un prime-time. Tu avais cette ambition de "conquérir" la France?
Virginie Efira : Non, je trouve cela très prétentieux d'affirmer ce genre de choses. En fait, j'animais la pastille belge d'une émission de M6 (ndlr: Nouvelle Star) et je commençais à m'ennuyer. Quand j'étais là-bas, on m'a proposé de passer un casting pour animer une météo humoristique et décalée. Deux semaines plus tard, je me retrouvais seule à la barre d'un prime-time.
GUIDO: Tu as un modèle en télé?
Virginie Efira : Je n'ai pas vraiment de modèle, il n'existe pas une personne dont je souhaiterais avoir la carrière, mais j'aime assez bien Thierry Ardisson qui est un mélange de plein de choses à la fois. C'est un vieux qui a encore l'air jeune; il n'essaie pas de jouer au branché, il est branché. Il est extrêmement intelligent et cultivé, ce qui est assez rare à la télévision. Il a de l'humour et a su s'imposer au cours du temps.
GUIDO: On te compare souvent à Flavie Flament...
Virginie Efira : J'aime bien Flavie, mais ce que j'ai envie de faire plus tard ne ressemble pas du tout à ce qu'elle fait. Elle reste tout de même très classique, elle fait son métier avec beaucoup de professionnalisme, mais bizarrement on n'a pas le même emploi. En fait, je me vois plus en Julie Snyder qu'en Flavie Flament. Faire quelque chose avec plus d'humour, d'aspérités...
Se bouger les fesses
GUIDO: Tu fais très souvent les allers-retours entre la France et la Belgique. Y a-t-il certaines concessions à faire pour réussir?
Virginie Efira : Je ne pense pas que j'irai plus loin dans les concessions que ce que je fais pour l'instant. Je suis en France trois jours par semaine et je ne me verrais pas imposer à Patrick de me suivre là-bas si j'avais l'opportunité d'y assurer une quotidienne. J'essaie de ne pas faire trop de compromis entre vie privée et vie publique, j'essaie donc de me bouger les fesses un maximum.
GUIDO: On réduit encore souvent les animatrices à un physique, quelle est ta recette pour te sortir de ce carcan?
Virginie Efira : Personne n'est handicapé par un physique. Si je ne présente pas un débat politique, ce n'est pas parce que je suis blonde, mais tout simplement parce que je n'en ai pas les aptitudes. Pour réussir à la télé, il ne faut pas être trop jolie, mais avoir un physique consensuel. Après, tu peux faire ce que tu veux, évidemment si tu as les aptitudes nécessaires.
GUIDO: On note également une nette propension à davantage valoriser les hommes que les femmes à la télévision.
Virginie Efira : La télévision est toujours en retard d'une guerre, elle est le reflet de la société telle qu'elle était il y a quelque temps. Effectivement, on est encore dans des schémas judéo-chrétiens où il est plus difficile pour une femme d'avoir des responsabilités. C'est identique dans l'amour: si une femme sort avec trop de mecs, ce sera assez mal vu alors qu'on se moque qu'un homme collectionne les conquêtes. Le jeunisme sévit aussi beaucoup à la télévision, surtout pour les femmes. Si tu ne présentes pas des émissions de fond, tu n'as plus ta place dans le métier.
GUIDO: Dorénavant, pour percer en tant qu'animatrice, il semble plus facile de participer à l'élection de Miss Belgique qu'autre chose, aurais-tu été prête à participer à ce genre de concours?
Virginie Efira : Pour être honnête, j'ai participé à un concours similaire pendant mes humanités, quelle honte! (rires) C'était Miss Belgian Beauty et je suis arrivée deuxième. J'ai fait ça pour rigoler, et maintenant, dès que je retombe sur les images, je me fous bien de ma gueule! Sinon, je n'aurais jamais participé à Miss Belgique parce que je n'avais pas les critères de mensuration adéquats et parce que j'ai trop de dérision par rapport à ça. Attention, je n'ai rien contre Sandrine Corman ou Julie Taton mais je n'aurais pas assumé facilement ce genre de choses.
GUIDO: Notes-tu certaines différences significatives entre la télé belge et française?
Virginie Efira : En France, il y a plus d'émissions de divertissement qu'en Belgique. Ils peuvent donc se permettre de mettre plus de femmes en avant là-bas alors qu'ici, on prend un duo, une formule dont on est certain, on prend dès lors moins de risques. Il y a également une nette différence de milieu entre les deux pays. C'est vraiment plus compliqué en France. Il y a beaucoup plus d'argent en jeu et cela change les rapports entre les gens du tout au tout. Enfin, en France, on est beaucoup plus assistés. Si je voulais, je ne pourrais rien faire avant le tournage de l'émission, car il y a des gens prêts à t'écrire tes fiches, à te choisir tes habits, ... En Belgique, j'écris mes textes moi-même, je dois même aller acheter la colle pour faire mes fiches!
(SD)