Image
08/10/2007

Interview de MARIE-DOMINIQUE SIMONET

Première personne rencontrée dans le cadre de cette nouvelle série d'interviews, Marie-Dominique Simonet, la Ministre de l'Enseignement Supérieur de la Communauté Française.

GUIDO: Vous êtes depuis quelques années Ministre de l'Enseignement Supérieur de la Communauté Française. Est-ce là un domaine de compétences qui vous attirait déjà auparavant?

M-D Simonet : Former les jeunes, leur transmettre des connaissances, les aider à développer leurs compétences, susciter leur réflexion, leur apprendre à devenir des citoyens à part entière, critiques et participatifs, c'est quelque chose de très enthousiasmant. Je suis donc particulièrement heureuse des compétences qui m'ont été attribuées lors de la formation des gouvernements en 2004. Mais, cela représente aussi une lourde responsabilité car derrière chaque projet d'études, il y a un avenir professionnel et personnel.

«Il est bon de se souvenir de ses propres expériences en tant qu'étudiant»

GUIDO: C'est un poste souvent contesté par les étudiants, n'aviez-vous pas d'appréhension avant de vous lancer dans ce nouveau défi?

M-D Simonet : Si, d'ailleurs quelques semaines à peine après mon entrée en fonction, j'ai été interpellée par les hautes écoles qui réclamaient davantage de moyens pour encadrer l'augmentation du nombre d'étudiants. D'abord, j'ai donc fait face aux difficultés et à la situation dont j'héritais. J'ai pris le temps d'écouter mes interlocuteurs et d'examiner le bien-fondé de leurs revendications, ensuite j'ai proposé une réponse. A ce propos, je dois dire que ce ne fût pas facile d'entrer dans une haute école où tous les étudiants, en haie d'honneur, me tournaient le dos. Mais ça fait partie du jeu, ça permet de faire évoluer le débat. Enfin, il est vrai que dans le domaine de l'enseignement supérieur, la revendication étudiante est permanente sur toute une série de sujets, du social au pédagogique en passant par les infrastructures. Je me réjouis que des jeunes s'investissent dans des organisations qui veulent améliorer les choses. Même si nous ne sommes pas toujours d'accord sur tout, l'important est de pouvoir dialoguer de façon responsable et constructive.

GUIDO: Vous avez, vous-même, été étudiante dans le passé. Pensez-vous parfois à ces années quand il est question de prendre une décision importante?

M-D Simonet : Bien sûr, et heureusement! Lorsque vous êtes amenée à prendre ou à proposer des décisions qui concernent un grand nombre de personnes, il est bon de se souvenir de ses propres expériences, de se rappeler que vous n'avez pas toujours été Ministre ou que vous pourriez être à la place des personnes touchées. D'ailleurs, mes deux fils sont dans l'enseignement supérieur. J'écoute leurs commentaires et ceux de leurs amis, ce qui éclaire d'un autre jour, de façon complémentaire, mon travail politique.

GUIDO: Vous est-il arrivé de contester les décisions du Ministre lors de vos années d'études?

M-D Simonet : Je me souviens effectivement d'avoir participé à l'une ou l'autre manifestation, notamment dans le cadre du déménagement de l'université de Liège au Sart Tilman . Par ailleurs, avec des amis et des collègues de classe, nous avons formé une équipe. Ensemble, nous nous sommes présentés aux élections pour désigner le comité de l'Association des Etudiants en Droit et nous avons été élus.

GUIDO: Quelles sont vos relations avec les différents syndicats et/ou associations étudiantes?

M-D Simonet : Je pense sincèrement que ces relations sont bonnes même si, personnellement, je souhaiterais les intensifier. Aujourd'hui, depuis trois ans, je rencontre régulièrement les représentants des étudiants (FEF et UNECOF), des syndicats et des directions d'établissements. Et lorsque mon agenda m'astreint à d'autres obligations, mes collaborateurs restent toujours disponibles. Mais je suis bien consciente que je pourrais être encore présente davantage sur le terrain. C'est en tous les cas un objectif pour cette nouvelle année académique. L'occasion de mettre l'accent sur des chantiers qui méritent d'être poursuivis, comme par exemple celui de la promotion de la réussite.

«La pire décision est sans doute le décret qui limite l'accès à la deuxième année en médecine ou dentisterie»

GUIDO: Selon vous, quelle a été la pire décision prise à l'égard des universités/hautes écoles? Et la plus importante?

M-D Simonet : Je ne commenterai pas les décisions prises par mes prédécesseurs. Pour moi, en ce qui concerne mon mandat, je dirai alors que la pire décision c'est sans doute le décret qui limite l'accès à la deuxième année de bachelier en médecine ou en dentisterie. Non pas que je regrette d'avoir dû proposer ce texte au Gouvernement et au Parlement de la Communauté française qui l'ont approuvé tous les deux, mais parce qu'il nous a été en quelque sorte imposé par le Gouvernement fédéral qui continue de restreindre l'accès à la profession de médecin malgré les risques de pénurie. D'autres décisions très importantes ont largement contribué depuis le début de la législature à démocratiser l'accès à l'enseignement supérieur, que ce soit l'extension de l'année joker, l'augmentation du budget des allocations d'études, l'extinction programmée des droits d'inscription complémentaires ou la revalorisation des subsides sociaux.

GUIDO: Quelle est votre principale satisfaction au sein de cette position?

M-D Simonet : De considérer qu'un étudiant égale un étudiant. Chacun mérite en effet, quelles que soit ses origines, ses moyens ou ses capacités, d'être encouragé à suivre des cours dans l'enseignement supérieur. Un diplôme de ce niveau reste le principal rempart contre le chômage. C'est dans cet esprit que j'ai signé un accord avec la Fédération des Etudiants Francophones en 2005, et que nous continuons d'y travailler.

GUIDO: On imagine ce poste à responsabilité assez stressant, quels sont les principaux points qui vous donnent de la satisfaction?

M-D Simonet : Il est encore prématuré de tirer un bilan de l'actuelle législature car il reste deux ans pour réaliser de nombreux projets. Cela étant, on peut être fier de constater que nos établissements sont entrés de plain-pied dans l'ère de Bologne, sachant que cela a nécessité un travail considérable de leur part. Certaines dispositions sont encore en cours d'implémentation, mais la transition se passe en définitive plutôt bien. La modernisation des hautes écoles est une réussite, de même que les efforts financiers réalisés ces dernières années par la Communauté française ont permis de donner un solide ballon d'oxygène aux établissements. La démocratisation de l'enseignement devrait permettre à davantage d'étudiants de s'inscrire dans les hautes écoles, les instituts d'architecture, les écoles supérieures des arts ou les universités. Enfin, l'augmentation des crédits de recherche entretient l'espoir d'un avenir meilleur pour les prochaines années.

«L'important, n'est-ce pas de vivre le présent pleinement?»

GUIDO: Le contact avec les étudiants se passe-t-il bien?

M-D Simonet : Actuellement, nos relations sont plutôt bonnes, notamment parce qu'elles sont franches et parce que nous avons progressé ensemble sur un certain nombre de dossiers qui améliorent le statut de l'étudiant. Nous avons parfois des désaccords sur la méthode ou sur le rythme des changements, mais je suis convaincue que nous poursuivons le même but, celui de la démocratisation de l'enseignement et de l'amélioration de la condition sociale étudiante. C'est cet objectif-là qui m'intéresse en priorité tout en garantissant la viabilité et la qualité des établissements.

GUIDO: Si vous en aviez la possibilité, quel grand changement apporteriez-vous en ce qui concerne la gestion des universités?

M-D Simonet : La gestion à proprement parler est du ressort des universités qui ont leur autonomie. Aujourd'hui, je suis Ministre de l'Enseignement supérieur, pas recteur, ni rectrice. Dans le respect de l'autonomie de chaque établissement, je m'emploie donc, au travers des textes que je propose au Gouvernement, à définir un cadre qui permet à chacun de progresser selon ses choix et son propre rythme, tout en veillant à ce qu'aucun ne décroche du peloton de tête. Je me garderai donc bien de donner des leçons de gestion aux universités…

GUIDO: Comment voyez-vous votre avenir en politique?

M-D Simonet : Plein de surprises (rires). Je suis devenue ministre dans des circonstances tout à fait singulières, alors que je n'avais jamais envisagé d'exercer une telle fonction ou même d'embrasser une carrière politique. J'ignore totalement ce que sera la suite de ma carrière en politique. Et tant mieux d'ailleurs, l'important, n'est-ce pas de vivre le présent pleinement!?

(SD)


Comments

Un nouveau studio de création audiovisuelle sur le campus des Guillemins

Depuis ce mois de février, le Campus Guillemins de HELMo se dote d'une nouvelle infrastructure. Ce [...]

Un nouveau campus pour l'UMONS en 2027

En septembre 2027, les étudiants montois auront la chance d'arpenter un nouveau campus universitaire [...]

  • Slider
  • Slider

Topmovies

SOCIAL

Jobs in the picture

  • Slider
  • Slider
  • Slider


GUIDO SA est l'entreprise média de niche numéro 1 en Belgique vers le groupe-cible des jeunes (les étudiants en particulier), les écoliers et les young starters.

Bruiloftstraat 127, 9050 Gentbrugge
Tel.: +32 (0) 9 210 74 84