INTERVIEW: Les festivals d'été selon TOM BARMAN
Le nouvel album Vantage Point l'a démontré: il faut encore compter sur dEUS. Alors que le cap d'un million d'albums vendus est à portée de main, le groupe ambitionne désormais de conquérir le reste de l'Europe. A Werchter, ils sont même les têtes d'affiche du dernier jour. Il était donc grand temps de savoir quels étaient les meilleurs souvenirs de festivals de Tom Barman, le leader charismatique du groupe.
«Je n'ai jamais été qu'à un seul festival en tant que spectateur», se souvient Tom Barman. «C'était Werchter, en 1987. Il y avait alors REM, Nick Cave, The Pixies… Le problème, c'est que j'avais travaillé toute la nuit dans un restaurant à pitas. Je n'avais pas dormi, si bien que je suis tombé endormi dès que je suis arrivé là-bas! (rires) J'ai raté la moitié du festival. En fait, je n'ai jamais vraiment aimé les festivals. Si le soleil brille et que tu joues, c'est plaisant, mais en tant que spectateur sous la pluie, ça peut vite devenir l'enfer. Il y a aussi le fait que je ne suis pas du tout du genre campeur…Pourtant, c'est entre les tentes que je me suis produit pour la première fois dans un festival, dans le camping du festival de Werchter. Et quand on a sorti Worst Case Scenario en 1994, nous avons directement reçu des offres des plus gros festivals: Werchter, Pukkelpop, Reading en Angleterre, Lowlands aux Pays Bas… Tu sais, tout dépend du temps. Un festival se passera bien ou mal selon la météo. Si le soleil brille, si tout le monde est heureux et s'il y a de bons groupes, cela peut être l'une des choses les plus chouettes qui existent. Mais, normalement, je préfère l'intimité d'une salle de concert. C'est quand même plus personnel. Un festival a toujours un côté supermarché. Je n'y vais même que si il y a quelqu'un qui m'intéresse qui est présent. Ou si des copains jouent. Mais, en général, je préfère une salle avec des groupes que je veux vraiment voir.»
Dans les backstages avec Tom Barman
N'est-il pas devenu trop difficile – même pour dEUS - de tirer son épingle du jeu au milieu de cette offre énorme des festivals de notre pays? Tom Barman nous répond: «Cette tendance à avoir des tas de podiums pour tous les genres n'est pas aussi récente que tu le crois. A Glastonbury, ce phénomène existait déjà dans les années '80. C'est peut-être juste arrivé plus tard chez nous. C'est à double tranchant. D'un côté, il est en effet plus difficile de sortir du lot, mais tu as quand même plus de garanties de jouer devant un public spécialisé. Si tu en as envie bien évidemment. Les gens viennent alors bien pour te voir toi et personne d'autre. D'un autre côté, c'est aussi sympa de jouer dans des festivals devant un public qui ne connaît pas ta musique. Cela arrive encore aujourd'hui. Il y a tellement de monde dans les festivals que tu joues toujours devant un énorme panel de personnes. C'est un peu dû au fait que ces dernières années, dans chaque division du rock et de la dance sont apparues encore 120 autres subdivisions différentes. La drum& bass est à présent subdivisée en intelligent drum& bass, soft drum& bass et j'en passe et des meilleures… Ça doit certainement avoir un rapport, non? Tu as des gosses qui sont des stars du hip hop, mais qui représentent un schisme à l'intérieur de la scène hip hop… Ah, je n'ai pas de problèmes avec ça, tant que je ne dois pas aller les voir de mes propres yeux. ( rires)»
A quoi ressemblent les backstages quand les membres de dEUS sont présents? «Les backstages sont en général un endroit très civilisé,» nous raconte Tom Barman. «Cela dépend de la façon dont tu veux rendre l'endroit moins courtois. (rires) Plus sérieusement, c'est agréable d'entretenir des contacts avec des personnes qui tracent un chemin identique au tien. Parfois, je vais leur faire un brin de causette, parfois ce sont eux qui viennent vers moi… Tu ne vas pas toujours vers tes idoles, cela dépend entièrement de ton état d'esprit. Je ne fonctionne pas vraiment autour des gens pour lesquels j'ai une grande admiration. Je me replie complètement sur moi-même, ce qui est ironique vu que je ne comprends jamais pourquoi les gens se comportent bizarrement en ma compagnie. (rires) Dans tous les cas: juste avant ou juste après une performance sur scène, ce n'est pas le moment approprié pour aller emmerder quelqu'un en backstage. Tu as souvent aussi des amis communs vu que tu es si souvent en tournée. Les mêmes roadies, manager, agent… Cela rend les choses plus faciles.» Allez, Tom, tu as certainement une petit anecdote de backstage à nous raconter? Il réfléchit avant de répondre: «La fin de la tournée Ideal Crash fut mémorable. Nous avions encore trois villes à visiter: Toulouse, Haifa à Israël et encore deux concerts aux Halles de Schaerbeek. Durant ces soirées, nous avons baptisé The Last Crash. On n'aurait peut-être pas du! A Toulouse, Craig Ward s'est cassé le nez sur le podium car il était un peu patraque. Le même soir, Tim Vanhamel s'est cassé le pied en voulant sauter dans les backstages. Le lendemain, on en remettait une couche: une de nos premières parties des Halles de Schaerbeek s'est crashée en voiture en chemin vers la salle de concert. Après, Klaas Janzoons, suite à des problèmes sur le podium, s'est aussi cassé le pied et le dernier jour, un des nos roadies s'est cassé le pouce. Cinq fractures! ( rires)»
DJ Tommy
Dorénavant, les DJ sont de plus en plus omniprésents durant les festivals. Tom Barman n'est également pas contre un petit DJ-set de temps à autre. Cela est-il comparable à un concert avec ses comparses de dEUS? Il secoue la tête. «Non, les concerts, c'est quelque chose de totalement différent. Tu chantes, tu communiques beaucoup plus de choses. Sur le plan purement énergique, on peut les comparer, mais si tu es sur scène avec un groupe, cela te donne un sentiment beaucoup plus profond. Quand tu fais un disque en tant que DJ, tu restes quand même le plus souvent superficiel. Il y a une certaine technique qui va avec, et celle-ci, je l'ai apprise au fur et à mesure. J'ai dû alors constater qu'il y avait un certain art dans la construction et le fignolage d'un disque. Quoique, de l'art… Je n'appellerais quand même pas ça plus que de la technique. Ou alors un feeling, mais c'est un feeling que tu possèdes déjà en tant que musicien. La discussion est en effet peut-être quelque peu superflue. Est-ce que les musiciens peuvent faire cela? Ont-il le droit de faire cela? Ecoute, pour moi, les bons DJ sont aussi des artistes: ils peuvent interpréter quelque chose, te balancer à la figure des sons que tu n'as jamais entendu ailleurs et ils peuvent également te mettre dans une sorte d'extase. D'un autre côté, il y a des centaines de DJ qui savent mixer, mais qui restent mauvais car ils ne font tourner que de mauvais disques. L'important n'est pas de savoir si quelque chose est artistique ou pas, mais plutôt de toucher les gens. Transmettre un sentiment, une émotion, c'est ça le but ultime. Tu peux vraiment atteindre de réels moments d'extase quand tu joues en live. Ça peut ressembler à un énorme cliché, mais c'est en fait pour cette raison que tu fais ce métier. Je ne veux pas parler comme un catholique, mais quand tu joues en live, tu peux réussir à créer une sorte de fraternité.»
(HDP)