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30/11/2009

ALAIN HUBERT: «Aujourd'hui, on ne peut plus attendre pour révolutionner notre société»

Bien connu pour ses explorations vers les pôles, Alain Hubert a depuis quelques années lancé une fondation visant à faire le lien entre les connaissances scientifiques et la société. De celle-ci est née la station antarctique Princess Elisabeth, lancée en grande pompe en 2008. Nous avons rencontré l'aventurier belge pour une rétrospective de son parcours en six étapes.


1973-1977: Des études contestataires
 
«J'étais déjà un entrepreneur dans l'âme quand j'étais enfant, j'ai d'ailleurs construit mes premiers meubles à douze ans et mes premiers murs à quinze ans! J'ai donc poursuivi des études d'ingénieur civil en construction. J'avais déjà dans l'idée d'élargir le domaine de la formation et de prendre des cours à option (comme la philosophie) afin d'ouvrir l'esprit de l'ingénieur. J'ai tenu aussi à effectuer mes stages comme ouvrier, et non comme ingénieur. J'estimais qu'un ingénieur devait savoir comment les choses fonctionnent avant de diriger les gens. Dans ma démarche d'étudiant, il y avait la volonté quelque part d'avoir une vie professionnelle en concordance avec mes rêves, mes aspirations. Ces études m'ont apporté une certaine ouverture d'esprit. Elles m'ont également permis de mettre sur pied des projets que je n'aurais certainement pas pu réaliser si je n'avais pas effectué des études. Pendant mes études, j'étais animateur de jeunes et déjà alpiniste. Je n'ai donc pas été un étudiant guindailleur. ça ne m'intéressait pas, j'avais d'autres choses à faire, ma vie était déjà assez remplie. J'ai fait partie des premiers étudiants que l'on a envoyés à Louvain-la-Neuve. On habitait à la Baraque, à l'époque le noyau dur contestataire de l'université. Sur ce point, je n'ai pas changé!»
 
1978: Création d'une entreprise coopérative de construction
 
«Après mes études, j'ai décidé d'être entrepreneur et donc de ne pas travailler comme ingénieur dans une boîte classique. J'ai ainsi fondé une entreprise de construction, qui était déjà une entreprise coopérative, où tout le monde avait la même rémunération. Une entreprise qui était déjà dans l'esprit de ce qu'on appelle aujourd'hui l'économie sociale. L'idée, c'était que le travailleur puisse être son propre patron et que l'on ait un statut identique, que l'on soit ingénieur ou ouvrier. Cette expérience d'entrepreneur m'a apporté une approche des problèmes et de leurs solutions, m'a permis de développer d'autres projets par après et d'oser aborder ces grands problèmes sans avoir peur.»
 
1983: Première ascension de l'Himalaya
 
«J'ai effectué ma première expédition dans l'Himalaya à l'âge de 30 ans. Tout montagnard rêve de l'Himalaya. ça a été une étape importante dans ma vie; mon activité d'entrepreneur s'est alors vue entachée de deux mois par an en moins. J'ai alors commencé à travailler à temps partiel pour me consacrer davantage à mes expéditions dans l'Himalaya. Ces expériences m'ont permis de connaître mes limites et de voir jusqu'où je pouvais les repousser. Cela m'a permis de penser plus sérieusement à mon rêve de toujours qui était d'aller au Pôle Nord géographique.»
 
1994-2002: Expéditions dans les pôles
 
«Cette première traversée en 1994 a été un tournant dans ma vie. Parce qu'après ça, j'ai pu trouver des fonds pour faire une très grande expédition en Antarctique (ndlr: en 1997-1998: traversée à pied du continent antarctique avec Dixie Dansercoer), qui a révolutionné les pratiques des expéditions de ce genre: une vraie exploration avec un travail scientifique. A 40 ans, ma vie professionnelle a donc pris un autre tournant. J'ai bien dû admettre petit à petit que j'allais travailler de moins en moins dans l'entreprise et de plus en plus à l'étranger. Au cours de mes expéditions dans l'Arctique, j'ai pu observer des changements notables dus aux réchauffements climatiques, comme l'épaisseur de la glace qui a diminué fortement. Je le constate dans la fragilité des glaces et dans cette épaisseur qui diminue très fortement. En ce qui concerne l'Antarctique, ce sont surtout les côtes qui pâtissent de cette situation climatique. C'est une réalité que je peux voir de mes propres yeux, à la fois du côté montagnard et à la fois du côté pôle.»
 
2002: Création de l'International Polar Foundation
 
«Par le nombre de mes expéditions, j'ai commencé à faire rêver les plus jeunes. Un jour, j'ai même croisé deux petits garçons qui jouaient à l'explorateur polaire en tirant une caisse dans les rues de Bruxelles! ça a été un choc! Je ne suis pas un footballeur, je ne voyais donc pas comment je pouvais être un modèle pour ces enfants! C'est à ce moment-là que je me suis dit qu'il fallait aller plus loin et j'ai donc lancé une fondation qui a pour but principal de démontrer que certaines choses sont possibles. Les régions polaires ont un rôle particulier dans l'équilibre climatique et les recherches que nous effectuons là-bas, notamment en Antarctique, nous permettent d'affiner nos connaissances sur le climat passé afin d'avoir plus de références pour modéliser, etc. La fondation vise à renforcer une passerelle entre la connaissance et la société. La vulgarisation est importante dans ce domaine: tout le monde, peu importe qui il est, peut comprendre un peu de ce qui se passe actuellement. L'avenir appartiendra aux sociétés qui seront capables d'aller porter un problème dans les petites unités, c'est-à-dire responsabiliser les communes, les villes en leur donnant des moyens afin d'atteindre certains objectifs. Notre avenir économique et social se situe dans la façon dont on abordera la question énergétique. Aujourd'hui, on ne peut plus vraiment attendre pour révolutionner notre société. Elle ne mérite plus de compromis, il faut la changer au plus vite.»
 
2008: Lancement de la station scientifique 'Princess Elisabeth'
 
«C'est un outil scientifique au service de la communauté internationale, la première base zéro émission (qui n'utilise que les énergies forces du soleil et du vent) dans cet endroit mythique et retiré qu'est l'Antarctique. Ce qui démontre que cet objectif absolu est possible. C'est le projet du vingt-et-unième siècle. Tout est encore à faire, on n'est pas assez ambitieux, on n'est pas assez audacieux dans nos sociétés, c'est ça que je reproche à la génération en place. On souhaite également, via cette station, pousser le gouvernement à prendre ses responsabilités. Seul, on ne peut rien faire et si on ne prend pas conscience du milieu qui nous entoure, on court à la catastrophe. La station est maintenant en voie de finition, mais on est déjà parti avec d'autres fondations internationales vers un autre projet: celui d'un véhicule zéro émission.»
 

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