JOSHUA: Les outsiders de la scène musicale belge
Après leur passage remarqué dans le télé-crochet de la RTBF, Joshua is back to business avec un album qui leur ressemble, contrasté et énergique. Dès cet été, ils défendront les couleurs de The Outsiders dans les plus grands festivals de Wallonie et de Bruxelles. Une rencontre s'imposait donc avec le trio (qui n'était qu'un duo pour l'occasion, Greg souffrant d'une sévère panne de réveil post-concert de la veille!).
GUIDO: L'album sort dans quelques jours (ndlr: l'interview a été réalisée le 2 mai). Dans quel état d'esprit vous trouvez-vous actuellement?
Senso: Bizarrement, je ne ressens pas vraiment de stress. Le stress, on l'a déjà vécu bien avant ce moment. C'est plutôt un sentiment de soulagement qui prédomine, ainsi qu'une certaine impatience.
Steph: Je suis également assez serein. C'est très agréable de se sentir prêt à défendre cet album de toutes les manières qui existent. On sent également qu'on est arrivés à une sorte de maitrise de notre réalisation artistique, ce qui est assez jubilatoire. Surtout après être passé par une période plutôt creuse pendant laquelle on ne savait pas vraiment la direction à adopter.
GUIDO: Cette pause de deux ans a donc été bénéfique pour le groupe?
Steph: Totalement, même si ce n'était pas réellement une pause, en tout cas cérébralement ou même psychologiquement parlant. Il a fallu passer par pas mal de chemins pour enfin trouver le déclic qui a permis de terminer le travail entamé. On a en effet fait cet album trois fois en deux ans! On est passé par trois phases de digestion de nos idées, ce qui était assez éprouvant. On s'est donc bien pris la tête jusqu'au moment où on a ressenti un souffle qui a nous a permis d'être plus spontanés et où les choses se sont décoincées.
«On n'a pas envie d'être des machines de guerre qui ne se remettent jamais en question»
GUIDO: Comment se passe le processus de composition de Joshua? Avez-vous chacun une fonction bien précise dans l'élaboration d'un album?
Steph: On a en quelque sorte chacun la fonction de critiquer l'autre et l'emmener le plus loin possible dans ce qu'il sait le mieux faire. Et on reprend parfois le travail de l'autre. Greg et moi, on s'échange quand même pas mal d'idées. Sur cet album, la démarche était nettement plus déstructurée que sur l'album précédent qui était plus pop. On voulait apporter un nouveau souffle à notre son, sortir des mélodies plus évidentes comme Animals Will Save The World.
GUIDO: Joshua est un groupe de scène. Vous pensez donc certainement à vos concerts lors de la composition?
Steph: Encore plus sur cet album que sur les précédents. On a d'ailleurs décidé de jouer à six sur scène lors de notre tournée, pour utiliser le moins possible de technologie et donner plus de vie à notre musique. On réinterprète donc totalement notre album sur scène. Le public a d'ailleurs été très réceptif lors de nos premiers concerts.
GUIDO: The Outsiders n'est pas un titre choisi au hasard. Vous considérez-vous comme des outsiders sur la scène musicale belge?
Senso: Oui, complètement.
Steph: On se sent différents parce qu'on a toujours voulu imposer un mélange des styles qu'on n'a pas toujours eu facile à faire comprendre. ça ne nous déplait pas d'être des outsiders, on n’a pas envie d'être des sortes de machines de guerre qui ne se remettent jamais en question.
GUIDO: Dans cet album, vous passez allègrement de la street pop à l'électro, via le rock ou le hip-hop. C'est une volonté assumée de ne pas vous focaliser sur un style bien précis?
Steph: Oui, car on se lasse très vite d'une musicalité qui serait trop binaire. Ce mélange nous permet aussi de nous satisfaire tous les trois. Ce qui est très important! (rires) On considère aussi cet album comme un voyage, pour nous cet album se joue sur les treize titres. On veut emmener les gens le plus loin possible dans une lecture de la musique. On garde quand même un fil conducteur tout au long des chansons, on raconte la même histoire, mais avec des sons différents.
GUIDO: Malgré votre passage dans The Voice, vous n'avez pas voulu céder aux sirènes du populaire.
Senso: Que du contraire! On a voulu se montrer plus radical que pour le précédent album qui était lui plus rassembleur.
«Il n'y a pas de festival idéal»
GUIDO: Cet été, vous écumerez pas mal de festivals…
Steph: C'est toujours un moment incroyable de se produire en festival. On doit à chaque fois réapprivoiser la scène devant un public différent, avec un son différent. Toutes les sensations sont à chaque fois différentes. On peut jouer dans un festival quatre années de suite, ce sera toujours différent. Il n'y a donc pas de festival idéal. Le principal, c'est d'avoir une communion forte entre les membres du groupe ainsi qu'avec le public. Pour réussir un concert, il faut oublier tout, laisser de côté les problèmes personnels et affronter l'inconnu.
GUIDO: Steph, te souviens-tu de ta première performance sur scène avec Joshua?
Steph: J'ai rejoint le groupe sur scène pour la tournée du deuxième album. J'ai donc commencé par l'AB. Pas évident pour un premier concert! Surtout que les autres avaient déjà fait beaucoup de scène et avaient donc plus de bouteille que moi. J'étais hyper angoissé, ce qui a rendu cette première expérience pas vraiment agréable. Mon cerveau était en totale ébullition. En fait, je pensais à tout sauf à faire de la musique!
GUIDO: Tes deux comparses ont été sous les feux des projecteurs grâce à The Voice, contrairement à toi qui étais plus en retrait. Cette situation était-elle confortable?
Steph: Il était normal que ce soit moi quoi sois plus en retrait. Cela ne m'a pas dérangé du tout, même si j'aurais évidemment bien voulu être à leur place, il ne faut pas se le cacher. Je n'ai aucune déception, ce qui compte pour moi est de continuer à faire ce travail ensemble, comme on le fait depuis des années.
GUIDO: Vous serez présents aux Francofolies, aux Ardentes, à Couleur Café et au nouveau Ronquières Festival…
Senso: On est très contents de faire ces quatre festivals bien précis. Ils sont bien différents les uns des autres, mais on se sent quand même chez nous dans chacune de ces ambiances. Ils ont chacun leur charme.
GUIDO: Avez-vous déjà rencontré des idoles en backstage lors de l'un de vos sets en festival?
Senso: Moi, Sandra Kim, sans aucun doute!
Steph: J'ai pu croiser Neneh Cherry dans les coulisses d'un festival. J'étais super content. C'était un grand jour pour moi.
Senso: Il n'y a pas forcément que les rencontres avec des gens connus qui soient sympas, cela peut être un membre du personnel ou le musicien d'un autre artiste.
GUIDO: Quel est le concert qui vous a le plus marqués jusqu'à présent?
Senso: Notre premier concert à Couleur Café reste gravé dans ma mémoire. On jouait dans un chapiteau et cinq minutes avant que le concert ne commence, un énorme orage a éclaté. Tout le monde s'est réfugié sous notre tente, même ceux qui ne nous connaissaient pas. Ils sont tous restés jusqu'au bout du concert. Un beau moment.