Interview de Vincent Vanasch, gardien de l'équipe nationale de hockey sur gazon
Avec une honorable cinquième place, l'équipe belge de hockey sur gazon nous a procuré de belles sensations aux derniers Jeux Olympiques de Londres. Encore aux études, Vincent Vanasch, jeune gardien de l’équipe nationale, nous explique comment il arrive à combiner la pratique de ce sport à haut niveau avec des études de kiné.
GUIDO: A partir de quel âge le hockey est devenu ta passion?
Vincent: Cela remonte à très loin! Mon père a créé l’école des jeunes du White Star Evere avec un ami, et tous mes frères et sœurs y ont joué. J’ai toujours baigné dans le hockey.
GUIDO: As-tu senti dès le début que ce hobby pourrait se transformer en activité professionnelle?
Vincent: Non, à la base c’était juste pour le jeu et être avec mes amis. On ne parlait pas encore des Jeux Olympiques à ce moment-là. Ce n’était que pour le plaisir.
GUIDO: A partir de quel moment cette discipline est devenue importante pour toi?
Vincent: Lorsque j’ai été sélectionné en équipe nationale des moins de 18 ans, c’est devenu plus important. Puis, j’ai été contacté par un autre club. A ce moment là, les choses sérieuses ont vraiment démarré. J’ai donc fait toutes mes classes au White Star jusqu’en Division d’Honneur. Quand le club est descendu en D2, j’ai rejoint le club nivellois des Pingouins pour deux saisons. J’en ai fait une autre à Louvain, avant de signer dans mon club actuel: les Waterloo Ducks où j’entame ma troisième saison.
Un gardien kamikaze
GUIDO: Pour ceux qui ne connaissent pas trop ce sport, quelles sont les qualités principales d’un bon hockeyeur?
Vincent: Ah ça, ce n'est pas évident à cerner! Mais je dirais qu’il faut avoir un esprit ouvert, aimer partager l’expérience avec les autres et les soutenir. A un haut niveau, il est évidemment aussi important d’être physiquement "fit"!
GUIDO: As-tu constaté un regain dans l'engouement populaire pour le hockey depuis les J.O.?
Vincent: A l’heure actuelle, ce sport est en pleine expansion. J’espère tout de même que ça ne se fera pas trop vite pour éviter que les clubs se fassent tuer, parce qu’on n'aurait alors pas assez d’entraîneurs ni de terrains. Mais c’est vrai que depuis les Jeux de Pékin, on en parle partout: à la télé, à la radio, dans les journaux, … Et l’engouement a encore été plus fort à Londres grâce à nos résultats!
GUIDO: Le gardien de but au hockey, n’est-ce pas la position la plus ingrate?
Vincent: Dans n’importe quel sport, c’est toujours le rôle ingrat: s’il rate une balle, tout le monde le voit, s’il l’arrête, c’est normal! Mais ce poste me convient, parce qu’on peut y faire le kamikaze. On est bien protégé, il y a le masque. Par contre, c’est sûr qu’après chaque entraînement, j’ai des bleus. Mais en soi, lorsque j’étais petit, mes frères me shootaient dessus, ça m’a beaucoup aidé pour me mettre à la sauce! (rires)
GUIDO: Quels souvenirs gardes-tu des J.O. de Londres?
Vincent: Chanter la Brabançonne devant 15.000 personnes, ça m’a réellement foutu des frissons! Je me souviens aussi du match face à l’Inde, où j’ai sorti une grosse prestation et arrêté toutes les balles. Après le match, en sortant du coin presse, tous mes coéquipiers et mon staff m’ont attendu au vestiaire pour m’applaudir en scandant mon nom!
GUIDO: Dans le village olympique, il devait régner une ambiance assez spéciale!
Vincent: Oh oui, on y vit bien! J’y ai rencontré plein de monde, comme par exemple Michael Phelps! Mais généralement, ces stars sont assez bien protégées. Ils doivent aussi pouvoir se concentrer afin de pouvoir sortir de grosses performances. Il y a un certain respect à avoir avec ces sportifs, j’ai donc évité d’aller leur parler. Mais des athlètes non professionnels se jetaient souvent sur les Parker, Djokovic ou Phelps. On voyait notamment beaucoup de Chinois aller vers eux, à un point tel qu'ils les empêchaient de manger!
GUIDO: Les J.O. mis à part, n'es-tu pas trop triste que le hockey ne soit pas plus médiatisé?
Vincent: Oui, je trouve ça un peu décevant. C’est un sport rapide et intéressant à regarder! J’espère que ça passera régulièrement à la télé un jour. Ca serait chouette si mon sport devenait aussi médiatisé que le football. J’espère que ça le deviendra pour les générations futures. Ce sera peut-être le cas grâce à nous!
Un étudiant au statut spécial
GUIDO: Tu as 24 ans. A quel âge s’arrête généralement la carrière d’un hockeyeur?
Vincent: En tant que gardien, on peut aller jusqu'à 32 ans, comme le deuxième gardien de notre équipe lors de ces J.O.. On verra si les jambes et la tête suivent. Moi, je vise les jeux de Rio. Pour un joueur, 28 ans, c’est faisable.
GUIDO: Tu as des entrainements pratiquement tous les jours de la semaine, que ce soit avec ton club ou l'équipe nationale. Comment arrives-tu à suivre tes études?
Vincent: J’étudie la kiné à l’ISEK. Ce n’est pas facile à combiner, même si je dispose de certains avantages car j’ai un statut officiel de sportif de haut niveau. Il permet de déplacer certains examens. Mais ça reste malgré tout compliqué. Par exemple, je vais partir trois semaines à l’étranger en novembre-décembre (ndlr: l'interview a été réalisée au cours du mois d'octobre). ça va donc aussi être compliqué pour la période du blocus. Si les profs sont conciliants lors des cours et TP, ils ne font pas de cadeaux lors des examens… et heureusement! Parce qu’en soi, plus tard, si j’ai des patients, mieux vaut ne pas déconner! (rires)
GUIDO: Tu situes plus ton avenir professionnel dans la kiné ou dans le domaine du hockey?
Vincent: Ici, en Belgique, on ne peut pas vivre du hockey. C’est pour ça que je combine les deux. Plus tard, je souhaite être kiné, mais pourquoi pas dans le domaine sportif, voire de l’équipe nationale! Pour l’instant, en tout cas, j’espère toujours performer au plus haut niveau.
GUIDO: En tant qu’étudiant, peux-tu tout de même te permettre quelques guindailles?
Vincent: On ne sort pas comme les autres, c’est clair. Il y a des périodes où on ne peut pas trop sortir, mais d’autres moments où on doit tous décompresser. J’aime alors aller boire un verre de vin rouge avec des amis. Mais ça n'arrive pas souvent. Pourtant, quand on voit les performances qui s’améliorent jour après jour, on ne regrette pas ces sacrifices.
GUIDO: Quel conseil donnerais-tu à un jeune qui souhaite démarrer le hockey?
Vincent: Si un jeune vient me demander des conseils, je lui dis «fonce» car il va vivre des choses incroyables! Mais à un bon niveau, il doit savoir que ce sport prend toute la semaine. En ce qui me concerne, ma semaine-type se compose ainsi: musculation les lundis et vendredis matins, entraînements avec le club les mardis et vendredis soirs, même chose avec l’équipe nationale les mardis matins ainsi que les mercredis et jeudis. Les samedis, je coache les Dames 2 de mon club (j'ai surtout accepté parce que ma copine y joue!) et les dimanches, je joue.
GUIDO: Quel programme! Il n’y a pas des matins où tu as envie de dire «stop»?
Vincent: Oui, bien sûr, parfois c’est dur. Après, bon… l’amour du sport va faire qu’on y arrive. C’est pour ça qu’on vit. Ce n’est pas une plaie d’aller à l’entraînement… sauf en hiver, lorsque le terrain est gelé, ça devient horrible car on sait qu’on va devoir aller courir dans les bois! (rires)