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10/12/2012

MYRIAM LEROY: «On a tous quelque chose en nous de bobo!»

Journaliste, chroniqueuse radio à l’humour mordant et passionnée des bobos (les bourgeois-bohèmes), Myriam Leroy vient de nous sortir un livre décapant: Les bobos, la révolution sans effort. Nous l'avons rencontrée au Café Belga, repaire bobo par excellence.


Guido: Pourquoi avoir eu envie de parler des bobos?

Myriam Leroy: Lors d’un voyage à New York, j’ai découvert un magasin rempli de livres concepts, dont un parlant des concepts que les blancs appréciaient: châle, foulard, barbecue, etc. Je trouvais ça comique de décrire une catégorie de la population via les objets usuels qu’ils utilisent, ou les lieux qu’ils fréquentent. Finalement, j’ai souvent l’occasion de l’observer dans la faune bruxelloise bigarrée. Lorsque j’ai commencé à travailler dans On n’est pas rentré (ndlr: une émission d’humour sur l’actualité diffusée sur La Première), il fallait que je trouve un concept pour éviter de faire de simples billets d’humeur. Je me suis dit que ce serait marrant de placer le bobo au cœur de l’actualité et de voir comment il se positionne par rapport à celle-ci. Par exemple, en période électorale, je l’ai placé face à la politique. Lors de la Gay Pride, le bobo s’est retrouvé face à l’homosexualité.

«Les étudiants se boboïsent de plus en plus, surtout à l'ULB. A l'UCL, ils sont plus du genre 'gentil scout' tandis qu'à l'IHECS, ce sont des kékés!»

GUIDO: Te retrouves-tu dans ton livre? T’estimes-tu toi-même comme bobo?

Myriam Leroy: Oui, je me suis d’ailleurs beaucoup inspirée de moi pour ce livre. Il y a aussi de ma petite sœur, qui est la reine des bobos! La preuve: elle revient d’un tour du monde en sac à dos… Mes amis aussi le deviennent, depuis qu’ils sont en famille et qu’ils ont des enfants. Ils adoptent un mode de vie plus sain, ils sont plus respectueux de la nature et de l’homme, etc. De plus, j’ai l’impression que le monde se boboïse de plus en plus. On est d’ailleurs un peu tous des bobos, au fond.

GUIDO: Finalement, un bobo, c'est quoi?

Myriam Leroy: C’est un américain qui a lancé la définition, il y a une dizaine d’années. Ce terme décrit une contradiction entre le bourgeois et le bohème. Et cela donne donc lieu à plein de contradiction entre ce qu’on est et ce qu’on fait. Par exemple, le bobo va habiter en ville, mais adopte un mode de vie campagnard, est urbain mais veut créer des liens sociaux comme s’il vivait dans une ferme… Ils vivent dans des grandes villes. Ici en région bruxelloise, on les retrouve plutôt a Saint-Gilles, Ixelles voire Boitsfort, qui s’embourgeoise un peu.

GUIDO: Faut-il assumer ou avoir honte de son côté bobo?

Myriam Leroy: Il n’y a personne qui s’assume en tant que bobo, car ce statut est ridicule. Les gens se plaignent tout le temps, du genre «oh la la, quels bobos ceux-là, on est envahis!», alors que ce sont les premiers à l’être! Tiens, pour l’anecdote, j’ai été, il y a deux jours dans une galerie d’art. Je n’ai pas pu me retenir de penser «quelle bande de snobs, ces gens!», alors que nous l’étions aussi, finalement, puisque nous étions là! C'est ce décalage qui me fait marrer…

GUIDO: Est-ce un état d’esprit qui existe aussi chez les étudiants d’aujourd’hui?

Myriam Leroy: Oui, je pense justement qu’ils se boboïsent globalement de plus en plus, surtout à l’ULB par exemple. Mais à l’UCL, où je donne cours, c’est différent: ils sont un peu plus du genre "gentil scout". A l’IHECS, c’est encore autre chose, ce sont des kékés, encore plus bourgeois qu’un bobo!

«Il n'y a rien de moins bobo que le MR!»

GUIDO: Certains noms reviennent souvent dans le livre, Jacques Mercier par exemple que tu opposes à Jean-Michel Zecca ou Charles Michel…

Myriam Leroy: Si on suit Jacques Mercier sur Twitter, on peut voir qu’il est très "médecine par les plantes". Ce qui est bobo. Zecca et Michel, par contre, sont les antithèses, des icônes anti-bobos! Zecca, c’est plutôt un kéké! Un kéké d’adoption car il n'est pas né comme ça. Il est très lunettes de soleil sur les cheveux, Mojito en terrasse… Après, je ne le connais pas personnellement, je peux donc me tromper. Charles Michel, lui… Il n’y a rien de moins bobo que le MR! Alors, son président… Les bobos sont souvent nés dans une famille de droite. Vu qu’ils cherchent à se détacher de cette étiquette, ce sont des gens qui auront plutôt tendance à se positionner à gauche.

GUIDO: Tu as commandé un clip pour annoncer la sortie de ton livre. On y trouve certains de tes amis tels que le réalisateur et présentateur radio Olivier Monssens (ndlr: qui signe également la préface du bouquin), l’humoriste Laurence Bibot, ainsi que les journalistes Sébastien Ministru et Florence Hainaut. Tu les considères comme des bobos, eux aussi?

Myriam Leroy: Oui, complètement, c’est pour ça que je les ai choisis! Ils sont tous un peu bobos à leur manière. Ce sont surtout des gens que j’aime bien… Je leur ai alors écrit des saynètes qui leur ressemblaient pour le clip et voilà!

GUIDO: Si tu devais désigner la célébrité prototype du bobo, ce serait qui?

Myriam Leroy: Peut être bien Mélanie Laurent, Charlotte Gainsbourg ou encore Chiara Mastroianni. C’est difficile à dire. C’est une mosaïque, une galaxie plutôt qu’une seule personne!

GUIDO: Après les bobos, penses-tu déjà à la suite? Comme un nouveau recueil sur les kékés ou les barakis?

Myriam Leroy: Ce serait marrant, c’est vrai, mais je les connais moins… Je ne pourrais pas être sûre de moi et donc je risquerais de dire pas mal de conneries… Il faudrait que j’aille faire un stage dans une galerie d’art quelque temps pour pouvoir en connaître assez!

GUIDO: Certains t'ont peut-être découverte en lisant ce livre, sans connaître le ton Myriam Leroy. As-tu eu des retours?

Myriam Leroy: Oui, ils sont essentiellement positifs! Juste Christophe Bourdon (ndlr: chroniqueur dans On n'est pas des pigeons) qui a trouvé ça méchant et un tweet qui dit que je suis "cliché". Je le sais, c'est justement l'effet recherché. Je n’ai pas cherché à écrire une grande littérature, c’est un livre léger, à lire pour son plaisir.

Une bobo pas comme les autres

Diplômée de l’UCL en journalisme, Myriam Leroy, qui aime tant souligner la boboïsation des gens, était d’un autre style durant ses années études. Le genre kéké! «Je n’étais pas attirée par le folklore estudiantin à Louvain-la-Neuve. Je préférais faire la fête du côté de Genval ou La Hulpe,» admet-elle. Une période qu’elle dit un peu regretter, après coup.

Aujourd’hui devenue donc bobo, elle travaille dans son univers: selon elle, s’il y a pas mal de bobos à la RTBF, elle n’en trouve pas un seul chez le concurrent privé! Un monde de différence, qui fait qu’elle affectionne la RTBF… malgré quelques routes glissantes. Originellement sur Pure FM, son aventure s’est terminée abruptement en août 2012, après deux ans de collaboration suite à une réorientation de la radio aux couleurs flashy. Elle continue néanmoins ses chroniques sur une autre chaîne publique: La Première. Un changement fait, avec le recul, sans regret et sans rancune: «C’était une déception, j’aurais bien continué sur cette chaîne. Mais je ne leur convenais plus. Finalement, je suis contente de ne plus y être, car ce qu’ils font maintenant est très bien et de qualité, mais ça n’aurait pas été logique pour moi d’y travailler

Après avoir tâté pas mal de médias, que préfère-t-elle finalement? Contrairement à ce qu’on pourrait penser, il s’agit bien de la presse écrite! «On a plus de temps pour aller en profondeur dans les sujets, c’est plus intéressant». A contrario, la télé ne sera jamais l’apanage de Myriam. Trop stressant, elle s’y sent mal à l’aise.

Mais puisqu’elle est, de par son vécu, assez polyvalente, quel conseil donnerait-elle aux étudiants actuels? Deux mots-clés: s’accrocher et oser. Elle s’explique: «Dans toutes les rédactions, les stagiaires étaient généralement assez empotés, amorphes, peu actifs et sans audace. Or, le stage est LA carte de visite, bien plus efficace qu’un CV. Le milieu est fort cruel, donc il faut y croire et ne rien lâcher, dès le début. Sans quoi, je ne serais pas là où je suis aujourd’hui


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