Interview de Corentin Eubelen, le président de l'UNÉCOF
Alors que l'année académique touche doucement à sa fin, nous avons décidé de rencontrer Corentin Eubelen, le président de l'Union des Étudiants de la Communauté Française, pour dresser avec lui le bilan de l'année écoulée.
GUIDO: Quelles raisons t'ont motivé à t'engager personnellement dans la représentation étudiante?
Corentin Eubelen: En fait, c’est assez simple. Je suis rentré au conseil étudiant à l’Institut Supérieur de Musique et de Pédagogie (ndlr: Corentin est en Master de trompette (oui, oui!) à Namur). Et je suis devenu mandataire CGP. Donc, je gère tout ce qu’il se passe à l’école, comme les soucis entre professeurs et élèves. Il m'arrivait ainsi de fréquenter l’Unécof. L’année d’après, il y a eu l’appel aux candidatures pour le CA. Je me suis donc porté candidat et j’ai été élu président de l’Unécof.
GUIDO: Pour les étudiants qui ne connaîtraient pas l’Unécof, comment la présenterais-tu
Corentin Eubelen: L’Unécof, c’est comme un syndicat de la vie courante. On représente les conseils étudiants en portant leur voix auprès des différents ministres, comme Monsieur Marcourt. Nous avons des campagnes bien spécifiques. Avec ces dernières, nous bougeons à gauche et à droite pour obtenir des 'plus' pour les étudiants. Car il n’y a pas que le minerval qui coûte cher. Il y a également tout ce qui tourne autour des études. Par exemple, un 'koteur' devra payer en moyenne 10.000 € sur une année d’études!
«Cette année a été un peu bizarre»
GUIDO: Quel bilan global tires-tu de cette année académique?
Corentin Eubelen: L’année a été un peu bizarre, car nous partions sur une idée de décret de refinancement. Mais on s’est retrouvé depuis le mois d’octobre à travailler avec les étudiants en médecine. Ces derniers devaient avoir droit à leur numéro INAMI à la fin de leurs études. Donc nous avons beaucoup bossé là-dessus. Mais nous avons quand même tapé sur la table pour obtenir ce décret, qui malheureusement n’a toujours pas abouti.
GUIDO: Cela a-t-il été facile de combiner tes études et ton poste de présidence à l’Unécof?
Corentin Eubelen: Ce n’est pas tous les jours facile. Cependant, je ne suis quand même pas à plaindre. Les professeurs comprennent ce que je fais et en sont même contents. Mes travaux, je dois les rendre à temps comme tout le monde. Pourtant, je passe beaucoup de temps dans les transports pour aller à gauche et à droite. D’ailleurs, je vais demain faire du cuistax dans Namur pour l’Unécof (rires).
GUIDO: La vie étudiante insouciante est-elle également possible pour un président de l'Unécof?
Corentin Eubelen: Je profite de l’ensemble de ces moments pour découvrir des étudiants et en savoir un peu plus sur plein de choses! Sans l’Unécof, je ne me serais jamais rendu à Mons ou encore à Namur…
GUIDO: C’est facile d’aller vers les étudiants pour les motiver à se mobiliser?
Corentin Eubelen: Ce qui est compliqué, c’est de sensibiliser des étudiants qui ne sont pas directement confrontés aux soucis que nous évoquons. Maintenant, nous nous présentons en discutant avec eux pour tenter de les intéresser. Mais c’est comme dans tout… Il faut de toute façon une entraide entre les étudiants!
«C'est frustrant car cela veut dire que les politiques n'entendent pas notre message»
GUIDO: Souvent, chaque année académique, ce sont les mêmes sujets qui reviennent…
Corentin Eubelen: C’est frustrant, car cela veut dire que les politiques n’entendent pas notre message et ne font rien. Mais d’un autre côté, s’il n’y avait pas ça, nous n’aurions pas de travail. Maintenant évidemment, s’il n’y avait plus de problème, ce serait génial!
GUIDO: On a parlé d'un Bac en fin de secondaire pour éviter le taux d'échec en première année d'université. Êtes-vous favorables à cela à l'Unécof?
Corentin Eubelen: Nous allons demander à des étudiants de 14, 15 ans ce qu’ils voudront faire de leur avenir. Le faire avec des personnes de 18 ans est déjà compliqué, car pas évident… Pour ce qui est du taux d’échec en première année, nous sommes favorables au test indicatif gratuit et non-contraignant. En fonction des résultats, nous sommes prêts à soutenir les étudiants afin qu’ils mettent le doigt là où il y a un problème pour eux.
GUIDO: Au niveau des coûts de l'étudiant, comment peut-on faire concrètement pour les réduire?
Corentin Eubelen: Pour les kots par exemple, nous sommes pour la défiscalisation. C’est une idée qui émanait d’un élu CDH il y a maintenant près de 20 ans. Et cela n’avait pas été soutenu, il fallait revoir les bourses d’études qui ne l’ont jamais été. Pourtant, ce serait une solution. Beaucoup de parents gagnent entre 100 et 150 € de trop pour être boursiers et cela ne va pas. Pour ce qui est des transports en commun, il y a à présent la carte Mobib. C’est bien, mais rien n’est lié entre les différents services publics du pays. De plus, il n’y a pas de statut étudiant pour ces entreprises et nous le demandons!
«Avec la FEF, on s'est parfois engueulés sur certains sujets»
GUIDO: Un président de l'Unécof est amené à négocier avec des ministres, notamment celui de l'enseignement supérieur, Jean-Claude Marcourt. Ces rencontres ne sont-elles pas trop stressantes?
Corentin Eubelen: Jean-Claude Marcourt est une personne avec qui on est à l’aise. Nous avons aussi déjà rencontré Monsieur Elio Di Rupo, un des monstres de la politique belge. Mais il faut se dire que tant que le message n’est pas passé, je ne sortirai pas…
GUIDO: Il y a toujours eu une certaine rivalité entre l'Unécof et la Fédération des Étudiants Francophones (FEF)…
Corentin Eubelen: Entre eux et nous, il n’y a pas de problème. Même si nous n’avons pas la même vision, nous avons un même but, celui d’aider les étudiants. Bon, nous nous sommes quand même parfois engueulés sur certains sujets.
GUIDO: Ce serait imaginable de voir naître une campagne organisée conjointement par l’Unécof et la FEF?
Corentin Eubelen: Oui, même si nous avons des visions différentes des choses. Ils voulaient les études gratuites, et nous, nous voulions diminuer les coûts. Nous restons tout de même des êtres humains, donc il y a moyen de s’entendre.
GUIDO: Tu es en dernière année d’études…
Corentin Eubelen: Effectivement, je suis en dernière année dans mes études. Je ne peux donc pas me représenter pour rester président de l’Unécof, car il faut absolument être étudiant. Maintenant, l’année prochaine, je ne sais pas encore ce que je ferai réellement. Il me reste deux mois d’études pour quand même réfléchir à mon futur.
GUIDO: La politique t’intéresse? Est-ce que ce parcours t’a dégouté de ce milieu?
Corentin Eubelen: Non, pas du tout. Travailler pour d’autres, c’est quelque chose de vraiment génial. Je suis intéressé, car j’ai découvert un monde différent de ce que les gens décrivent. J’ai découvert un côté de la politique que personne ne voit spécialement. Ce n’est pas une obsession. Je prends les choses comme elles arrivent. Je suis ouvert à la discussion et j’étudie toujours ce qu’on me propose…