Bart De Wever: «En tant qu'étudiant, tu peux faire des conneries sans en payer le prix fort»
Bien longtemps avant de devenir Bourgmestre d'Anvers, Bart De Wever y a étudié l'Histoire. Anvers était alors bien différente de la ville étudiante qu'on connaît aujourd'hui. On a donc voulu savoir à quoi ont ressemblé les années d'études du politicien flamand le plus en vue du moment.
Bart De Wever: J'ai fait mes années de candidature - c'est ainsi que l'on nommait les premières années au Moyen-Âge - à Anvers. Pour mes licences, j'ai déménagé à Louvain, car ce n'était pas possible alors de les faire à Anvers.
GUIDO: Vous n'étiez pas en kot, je suppose?
Bart De Wever: À Louvain oui, mais pas à Anvers. Je devais alors rentrer sagement à la maison, ce qui était parfois très frustrant.
GUIDO: L'Université d'Anvers n'existait pas encore. Anvers disposait de trois petites unifs. Existait-il une sorte de rivalité entre les étudiants des trois établissements?
Bart De Wever: Je ne me souviens pas d'une véritable rivalité, parce que les orientations qu'elles proposaient étaient plutôt différentes. Pour les Sciences Humaines et le Droit, il y avait l'UFSIA. C'était l'unif où j'étais: Sint-Ignatius, comme on l'appelait entre nous. La section Sciences Économiques Appliquées était plutôt concurrentielle, mais pour les autres études, on pouvait choisir entre la RUCA ou l'UIA. Maintenant, je suis content que cette période soit derrière nous. Nous avons entre-temps une université unifiée qui a fait d'Anvers une ville étudiante et avec des ambitions académiques, également en ce qui concerne les spin-offs vers l'économie. Sur ce terrain, nous étions derrière Gand et Louvain, mais je pense qu'il y a maintenant de bonnes perspectives pour rattraper ce retard. C'est pour cette raison qu'on avait besoin de cet établissement unifié, car avec trois petites unifs, cela n'aurait pas été possible.
GUIDO: Étiez-vous actif dans les organisations estudiantines?
Bart De Wever: J'étais aussi bien actif dans les cercles d'étudiants que dans le cercle des étudiants en histoire.
GUIDO: On peut donc vous imaginer avec penne et ruban dans les cantus?
Bart De Wever: (sèchement) Vous pouvez en effet vous imaginer ce que vous voulez.
Louvain vs Anvers
GUIDO: Qu'est-ce qui rend Anvers si unique en tant que ville étudiante?
Bart De Wever: Ce que nous avons en plus de Gand et de Louvain, c'est l'environnement urbain. Anvers et Bruxelles sont nos deux seules métropoles. C'est une véritable métropole. Cela signifie qu'il y a beaucoup plus de possibilités de loisirs à Anvers qu'ailleurs. Sur le plan international, Anvers est peut-être une ville modeste, mais elle possède quand même quelques atouts, comme son port et la pétrochimie. Si tu peux passer quelques années ici dans ta jeunesse, cela offre d'autres perspectives que dans les villes plus provinciales.
GUIDO: De cette métropole, vous êtes passé dans le village étudiant qu'est Louvain. Comment avez-vous vécu ce changement?
Bart De Wever: Louvain, c'est à peu de choses près tout le contraire d'Anvers: une université, une brasserie et quelques maisons autour. C'est très différent d'Anvers, même si Louvain a aussi son charme. Surtout quand j'y ai étudié, Louvain était la Mecque de la vie estudiantine traditionnelle. Cette ville pourrait même être rebaptisée ainsi: la propriété des étudiants. Enlevez les étudiants et Louvain n'existe plus. Pendant le week-end, on le remarque clairement: quand les étudiants koteurs sont partis, Louvain a un caractère totalement différent, plus calme. Ce n'est pas le cas à Anvers. Notre ville continue de vivre, avec ou sans les étudiants. Ici, on a plus de possibilités.
Manger et (surtout) boire
GUIDO: Quand vous retrouvez vos copains d'alors, y a-t-il une soirée précise dont vous vous rappelez plus précisément et qui reste un souvenir impérissable?
Bart De Wever: On se remémore quelques anecdotes, évidemment. Et elles ont souvent trait à des soirées où on ne faisait pas que manger, mais boire aussi. Et ces choses qui se sont passées, je préfère les raconter aux personnes qui étaient présentes. Et qui s'en souviennent. Ou qui se souviennent d'une partie.
GUIDO: Que pensez-vous des gens qui disent que leurs études furent les plus belles années de leur vie?
Bart De Wever: Les plus belles années de sa vie, c'est peut-être un peu exagéré, mais ce qu'on sous-estime peut-être en tant qu'étudiant, c'est la liberté qu'on a par rapport au peu de responsabilités, ce qui est unique. Cette liberté ne reviendra plus jamais par après. Le reste de ta vie est surtout rythmé par moins de liberté et plus de responsabilités. Plus de limites aussi, et être davantage jugé pour ce que tu fais. En tant qu'étudiant, tu peux encore penser, dire et faire des conneries qui ne te coûteront rien. Tu es à peine jugé pour ces conneries, car faire des choses stupides est normal pour les jeunes. Plus tard, le prix à payer est plus palpable et concret. Je pense qu'on ne s'en rend pas compte quand on est jeune, mais c'est normal.
GUIDO: Que feriez-vous différemment si vous aviez à nouveau dix-huit ans?
Bart De Wever: La seule chose que je regrette, c'est de ne pas avoir étudié une année à l'étranger. Chez moi, les possibilités financières étaient limitées, ce n'était donc pas si évident. J'ai eu une chance concrète d'étudier pendant un an à Heidelberg, en Allemagne, mais j'ai laissé passer cette opportunité. A posteriori, je n'aurais jamais dû. Mon conseil est donc le suivant: si tu n'as pas de difficultés à la maison et que tu as la chance d'aller étudier à l'étranger: il faut absolument le faire!
Photo: (c) Miel Pieters