BIGFLO & OLI: La vie en rap
À eux deux, Florian et Olivio ont moins d’années au compteur que Booba. Pourtant, en quelques punchlines et une poignée de tubes énormes, ils font partie des chefs de file d’un rap français en quête de renouveau. Alors que leur second album devrait très largement supplanter le succès du pourtant bien-nommé La cour des grands, les frangins ont pris le temps de nous rencontrer dans la RTL House…
GUIDO: Dans le morceau La vraie vie, vous n’êtes pas tendres avec le monde de la musique et des clichés autour du rap!
Bigflo: C’est vrai que c’est un titre un peu amer et que cela pourrait étonner vu l’accueil du premier album. Mais en même temps, je comprends les gens qui me disent «Je n’aime pas le rap mais j’aime bien Bigflo et Oli». Les gens sont gavés par les textes qui véhiculent des clichés et les clips qui montrent des nanas en maillot se trémoussant bêtement…
«Lorsque nous étions petits, nous écrivions déjà des poèmes ou des histoires. C’est petit à petit que cela s’est transformé en rap»
GUIDO: La cour des grands est sorti il y a deux ans. Vu les nombreuses dates de tournés et votre participation à The Voice, c’est rapide, non?
Bigflo: De nos jours dans le rap, deux ans, c’est une éternité. Dans le rock, c’est différent. La moyenne entre deux albums, c’est trois ou quatre ans. Dans le rap, les gens sortent un album par an, voire deux. Pourquoi? Parce qu’il faut battre le fer tant qu’il est chaud. La durée de vie des morceaux et des albums est plus courte. C’est aussi parce que la musique est consommée plus rapidement, voire surconsommée. Lorsque tu sors un clip aujourd’hui, toutes les personnes qui voulaient le voir l’ont vu en une ou deux semaines, et ensuite c’est ciao. Au bout d’un mois, on nous dit ça fait longtemps que vous n’avez pas sorti de clip. Pour cet album, on a fait une pause de six mois durant laquelle on a coupé tous nos réseaux sociaux… ce qui n’est tout de même pas énorme. Et quand nous sommes revenus, les gens parlaient de come-back. On en est là tellement ça va vite. On recevait des tweets du genre BigFlo & Oli sont morts ou quoi… alors que cela ne fait que six mois. Deux ans, c’est à la limite d’être très long.
GUIDO: Au niveau de l’écriture, comment avez-vous géré ce nouvel album?
Oli: Comme on est ensemble tout le temps, on a toujours des idées de morceaux et nous avons donc en permanence une trentaine de titres en chantier. On a plein d’idées de côté. Sur ce second album, il y a des chansons qui ont commencé à germer avant même que le premier ne soit enregistré. Les morceaux, ils partent toujours d’une idée. Et une idée n’a pas de date de péremption. Si j’ai une idée maintenant, mais que la chanson est enregistrée dans trois ans, elle restera la même. Nos chansons sont comme des graines. Certaines poussent plus vite que d’autres…
Bigflo: Une chanson, comme dit Oli, part toujours d’une idée… qui peut venir à n’importe quel moment de la journée. Et lorsque l’un de nous deux à une idée, il la propose à l’autre. Et puis, tôt ou tard, cette idée revient sur le tapis et on travaille dessus si elle est bonne.
GUIDO: Sur ce nouvel album, il y a bien entendu des influences au niveau du rap, mais aussi au niveau de la chanson française?
Bigflo: Notre mère est fan de chanson française. On a grandi en écoutant du Cabrel, Brel, Nougaro ou Renaud. On a été clairement influencé par tout cela. C’est pour cela que sur l’album, il y a du piano-voix.
GUIDO: Quels sont vos principales influences dans le rap?
Bigflo: Dans le rap, nous avons beaucoup été influencés par des mecs comme IAM qui font des textes en béton, comme Youssoupha qui écrit également des texte magnifiques. Comme Orelsan aussi, qui compose de magnifiques chansons qui nous ont émus. Diam’s également, en particulier son premier album.
Oli: Ce qui nous intéresse le plus, ce sont les textes. On a commencé à écrire avant de faire du rap. Lorsque nous étions petits, nous écrivions déjà des poèmes ou des histoires. C’est petit à petit que cela s’est transformé en rap.
«Nous aimerions pouvoir épauler de jeunes artistes afin qu’ils puissent devenir les Bigflo & Oli de demain»
GUIDO: Vous êtes tous les deux musiciens. Comment êtes-vous arrivés au rap?
Oli: On a tous les deux fait le Conservatoire de Toulouse. Flo y a appris la batterie et moi la trompette. La première fois que nous avons entendu du rap, nous étions sur le cul. Il y a de la batterie et une mélodie et puis, il y a des paroles, des histoires. Ça a été un flash. Ensuite, on s’est renseignés. On faisait du rap sans le savoir. À 5 ou 6 ans, on écrivait déjà des textes et on faisait des petits spectacles pour nos parents à la maison. On nous appelait les phénomènes. Au centre aéré, dès qu’il y avait un spectacle de fin d’année, nous étions forcément parmi les plus actifs sur scène.
GUIDO: On entend pas mal d’influences de salsa sur cet album!
Oli: On a un père argentin qui est chanteur de salsa. On a donc entendu de la salsa pendant toute notre jeunesse. On a aussi beaucoup écouté le groupe Orishas ces dernier mois. Leur musique a clairement influencé La vraie vie. On fait un rap qui est différent car nous sommes influencés par beaucoup d’autres choses que le rap. La chanson française, la salsa, des groupes comme Zebda ou Tryo, Manu Chao, …
GUIDO: On ne vous reverra pas parmi les jurés de The Voice Belgique cette saison…
Bigflo: On n'a pas signé pour une seconde saison par manque de temps. Il y a une tournée qui arrive. Les tournages tombent en plein pendant la tournée. C’était une bonne expérience. Ce qui est marrant et différent, c’est qu’on s’est retrouvé à donner des conseils à des gens plus âgés que nous. C’était enrichissant. Cela nous a donné confiance, on prend conscience que l’on a un solide bagage.
Oli: Cela nous donne aussi envie de produire d’autres artistes. Concrètement, on a été dans une association hip-hop à Toulouse. Ils nous ont beaucoup appris, on a eu de la chance d’avoir ces grands frères. À notre tour, nous aimerions pouvoir épauler de jeunes artistes afin qu’ils puissent devenir les Bigflo & Oli de demain.
GUIDO: Stromae a co-composé le titre Dommage, présent sur l’album…
Bigflo: Stromae, on l’admire depuis bien longtemps. Cela fait plusieurs années qu’on va le voir de temps en temps en concert et qu’on se prend des claques monumentales. Mais impossible de le rencontrer jusqu’il y a peu. Finalement, on a pu rencontrer Stromae à Bruxelles grâce à un gars du label et cette petite rencontre qui devait durer vingt minutes s’est prolongée. On s’est super bien entendu avec lui. On lui a fait écouter un morceau sur lequel on travaillait et il nous a tout de suite dit que c’était un tube. Il nous a ensuite proposé de le finir en studio. La semaine suivante, nous sommes restés de midi à deux heures du mat' avec lui et on a vraiment kiffé.
Oli: L’écriture du morceau était terminée mais il nous a aidés sur la structure, a ajouté des pistes de synthé, de piano et de la basse. Quatre ou cinq trucs qui ont fait la différence.
«La vie que nous menons, on l’a toujours rêvée»
GUIDO: Parmi les collaborations sur l’album, on retrouve également un feat du légendaire Busta Rhymes.
Oli: En studio, c’est vraiment parti d’une blague. Ce mec, il n’a certainement jamais entendu parler de nous. On a demandé au label de le contacter et on ne s’attendait vraiment pas à une réponse positive. Il a écouté le morceau - ce qui est déjà énorme – et nous a envoyé son feat par mail. Un truc de fou. Ce mec est multimillionnaire. Même s’il a été payé, c’est dérisoire pour un gars comme lui. On ne comprend toujours pas comment il a pu prendre le temps de s’intéresser à nous.
GUIDO: Et si ça s’arrêtait demain, que feriez-vous?
Oli: Si on ne faisait pas cela, je ne vois pas ce que nous ferions d’autre. La vie que nous menons, on l’a toujours rêvée. Ce n’est pas toujours facile. Au départ, je pensais que le rap, c'était facile, mais il faut tout le temps se remettre en question. On travaille dur mais on sait pourquoi on le fait. C’est important de le faire pour les bonnes raisons.
Bigflo: Et en même temps, je trouve que nous n’avons pas changé. On a gardé les mêmes potes. Ils sont toujours là. Certains sont même assez durs avec nous. Certains, je dois les tanner pour voir un clip, et ils nous diront que c’est nul s’ils n’aiment pas. Lorsqu’on sort et qu’on parle trop de rap, ils n’hésitent pas à nous dire qu’on les saoule. Au final, cela nous garde dans un environnement sain.
Bigflo & Oli: La vraie vie (Universal)
Photos: © FIFOU