NOËL GODIN ‘De plus en plus de profs s’en prennent plein la tronche!’
Ce n’est après son ‘attentat’ de Bill Gates que le monde entier a commencé à entendre parler de notre Gloupier national. Preuve en est le nombre de pages trouvées (en toutes les langues) si on tape son nom et son prénom sur Google. Guère calmé malgré l’amende qu’il devra payer au ministre français Chevènement, on va encore entendre parler de lui,… pour le bonheur de beaucoup. Gloup gloup…
GUIDO: Depuis 1969 et votre première tarte (Marguerite Duras), vous avez de plus en plus de gredins et gredines qui gravitent autour de vous…
Noël Godin: Oui, beaucoup, beaucoup, beaucoup! Sans exagérer, depuis deux ans, des milliers d’inconnus m’ont proposé d’entarter à nos côtés. Si on voulait orchestrer une véritable armée chantilly, on pourrait le faire. Encore tout à l’heure, je faisais des petites courses, une douzaine d’inconnus m’ont abordé dans la rue. C’est totalement réjouissant et ça traduit le mouvement de ras-le-bol extraordinaire que nous vivons pour le moment.
GUIDO: Vous n’organisez pas de recrutement?
Noël Godin: Non, nous sommes une anti-organisation. Nous procédons impulsivement et tout à fait bordéliquement. Il n’y a ni bureaucratie ni hiérarchie. Je ne suis pas du tout le Pâpe de l’Internationale pâtissière ou le capitaine mais plutôt le joyeux porte-parole. Lorsque nous décidons de frapper, nous agissons avec ceux qui sont autour de nous à ce moment-là. Les dernières fois que nous avons frappé, nous étions une trentaine, recrutés au dernier moment.
GUIDO: L’attentat pâtissier dont vous êtes le plus fier est-il toujours celui dont Bill Gates fut la victime?
Noël Godin: Oui, évidemment. C’est quand même le maître du monde effectif que nous avons frappé et c’était la première fois qu’on affrontait des gardes du corps armés. Ils l’entouraient et ont été totalement surpris. Quoiqu’on fasse par la suite, ça restera le plus beau coup.
GUIDO: Fut-ce également le plus dur à atteindre?
Noël Godin: Non. A ce moment-là, il n’y avait pas de méfiance. Maintenant, la donne a changé: depuis, les chefs d’état étrangers redoutent de se faire enchantillyser. C’est formidable de constater que nous avons créé ce mouvement de panique. On a appris, par exemple, que lorsque le général Kabila (père de l’actuel président) était venu en Belgique peu après Bill Gates, il craignait beaucoup moins un attentat politique qu’un entartement alors qu’il y avait des opposants qui voulaient le flinguer.
GUIDO: Quel personnage historique auriez-vous pû entarter?
Noël Godin: Il y en a beaucoup: ça va de Napoléon Bonaparte à Staline, des différents présidents des Etats-Unis à Jules César. Tous les puissants et les monarques. Même Jeanne d’Arc, la libératrice chrétienne. Je n’irais pas jusqu’à pousser le cynisme en disant que j’aurais voulu l’entarter sur son bûcher…
Le Pâpe a failli y passer!
GUIDO: Le Pâpe pourrait-il faire faire partie de vos victimes?
Noël Godin: (réjoui) Ouiiiiii! Nous aurons peut-être le prochain Pâpe d’une façon ou d’une autre, on réussira à l’avoir parce que, pour nous, le Pâpe est un dangereux serial killer avec ses décrets anti-condoms. Une bonne nouvelle: nous avons la preuve que tous les coups sont possibles: dans le cas du Pâpe, après Bill Gates, nous avons reçu plusieurs délégations italiennes. Nous n’osions trop y croire. Ils nous disaient: ‘on va préparer le coup là-bas’. Un beau jour, en juillet, il y a un an et demi, j’ai reçu le signal auquel je n’osais croire: une connaissance belge se trouvant là-bas m’annonçait que, le lendemain, le Pâpe allait se trouver à peine gardé à deux maisons d’où il était, dans un petit village italien et que le coup était absolument réalisable pour peu qu’on arrive avant minuit. J’avais moins de deux heures pour monter un safari pâtissier en plein mois de juillet. Je n’ai pas réussi, il m’aurait fallu au moins une demi journée. Mais c’était la preuve que c’était possible. J’ai vu l’indicateur en question par la suite qui m’a confirmé qu’on aurait été à quelques pas de lui.
GUIDO: Ce n’est que partie remise!
Noël Godin: On a eu la preuve que même le président des Etats-Unis n’était pas hors d’atteinte. Durant des années, Clinton débarquait à Bruxelles, à l’hôtel Conrad. Il y a plus d’un an, j’ai fait un tournage de sketches pour Canal dans le même hôtel et plusieurs membres du personnel sont venus me trouver et m’ont dit qu’il faisait son jogging sans aucune garde, tout seul! Cela démontre qu’aucun coup n’est impossible.
GUIDO: Renaud vous a dédié une chanson de son dernier album…
Noël Godin: C’est très chouette. Renaud est mon chanteur français favori depuis la mort de Bobby Lapointe. Je m’étais bien marré avec lui aux Francofolies de Spa.
GUIDO: La tradition de la subversion typiquement belge vous rend-elle fier de votre nationalité?
Noël Godin: Non, ça ne peut me procurer aucune forme de fierté parce qu’il y a des Belges pourris jusqu’au trognon comme il y a des Belges très fréquentables, très rigolos, ne se prenant pas au sérieux, et c’est ainsi dans tous les pays. J’aime la Belgique de Tijl Uilenspiegel, la Belgique de Benoît Poelvoorde, de Jean-Luc Fonck ou de Laurence Bibot, mes grands copains. Mais on ne peut se permettre de dire ‘Je suis fier d’être Belge’ alors qu’à côté de ça, il y a les financiers, les flics, les évêques, il y a tous les salopards… J’ai été abordé dans la rue par des jeunes chômeurs qui m’ont proposé d’entarter le Ministère de l’Emploi. Il n’est pas question de cautionner cette Belgique écrabouillant les guillerets citoyens.
GUIDO: Par contre, la Belgique de la Oud Zottegem…
Noël Godin: (Surpris) Ah! Vous êtes bien au courant! La Oud Zottegem, c’est l’elixir des elixirs qui aiguise la lucidité tout en euphorisant magnifiquement. C’est vraiment ma boisson de chevet. Il est difficile d’en trouver à Bruxelles parce qu’il faut que la cuvée soit jeune. C’est le contraire du vin. Pour savoir si c’est une bonne bouteille de Zottegem, lorsqu’on la débouche elle doit éjaculer. Nous, pour être certains d’en trouver, nous allons carrément à Zottegem où on en trouve au fût.
GUIDO: Retournez-vous de temps en temps dans la Cité Ardente?
Noël Godin: Oui! Mais moins depuis qu’il n’y a plus le Cirque d’Hiver. Il y a d’ailleurs eu quelques soirées gloup gloup totalement rigolotes et désopilantes. J’ai des bons amis à Liège, j’y retourne donc de temps en temps pour faire la fiesta.
GUIDO: Que pensez-vous du folklore estudiantin?
Noël Godin: Le folkore ne peut m’intéresser que s’il se déroule au dépens des détenteurs d’autorité. J’aime quand des étudiants sont irrespectueux envers les forces de l’ordre et les notables. Je n’aime pas du tout la formule des baptêmes humiliants. Par contre, n’hésitons pas à humilier terriblement les symboles de l’autorité tarte qui ne manquent pas.
Gare à la Tartapulte!
GUIDO: A quoi occupez-vous vos temps libres?
Noël Godin: Je vais sortir deux livres dont un sur les tartes chez Flammarion. D’autre part, pour le moment, deux longs métrages sont tournés autour de mes bétises pâtissières. Un de ceux-ci, tourné par Benoît Lamy, retrace l’histoire de l’épopée pâtissière. De plus, je prépare un fameux happening. Et je peux vous annoncer un scoop: on va vraiment bien s’amuser le 6 décembre au cœur de Bruxelles. Que va-t-il se passer? Ecoutez bien: d’une façon assez stupéfiante, la vénérable Cinémathèque Royale de Belgique finance l’acheminement de notre ‘tartapulte’, cette machine de guerre géante, au centre de Bruxelles. C’est sûr, nous avons les autorisations. Le 6 décembre, à 16h, il y aura une grande cérémonie gloup gloup avec mes amis Benoît Delépine alias Michael Kael, Christophe Salengro, président de Groland, Jules-Edouard Moustic et toute la bande. Nous élirons les trois tristes sires de l’année et des éphigies géantes des tristes sires en question seront dressées à quarante mètres du sol. Des obus chantilly atterriront en plein dans leur facies. La tartapulte vient d’Angoulème et les artilleurs viennent de Nantes. La machine a été testée devant une foule importante à Angoulème lors du festival de la bande dessinée et ça a marché du tonnerre. Les cibles (Messier, Berlusconi, Blair) ont été atteintes. Nous sommes sûrs que la cérémonie se déroulera bien.
GUIDO: On ne vous voit pas souvent à la télévision. Est-ce délibéré?
Noël Godin: J’y vais quand on m’invite. lorsque j’ai sorti mon livre ‘Grabuges’ avec Benoît Delépine en janvier dernier, j’ai fait le tour de plusieurs émissions d’une façon assez classique. Je n’ai pas peur une seconde d’être récupéré au sens classique, parce qu’à partir du moment où on est soi-même à la téloche, on ne risque rien. Si on dit vraiment ce qu’on pense envers et contre tout, on peut franchement y aller.
GUIDO: On se voit le 6 décembre?
Noël Godin: Avec grand plaisir!
Futurs entartés?
Un sportif
Noël Godin: Je suis contre l’entartement de sportifs, mais je suis pour l’entartement d’événements sportifs. Je n’ai évidemment rien contre le sport, ce serait ridicule. Mais le spectacle autour est parfois pénible avec tous ses intérêts financiers. Je trouverais très rigolo qu’un événement sportif vraiment grandiose soit tout à coup court-circuité, aériennement par exemple. Une attaque aérienne d’un ballon dirigeable ou d’un ULM, une vraie tornade pâtissière, histoire de remettre à leur place beaucoup de sportifs qui sont de véritables fanatiques et histoire de leur dire que tout ça, ce n’est que du théâtre, du spectacle.
Frédéric Beigbeder
Noël Godin: Je le connais un peu. Beigbeder, c’est naturellment la pute des putes par excellence. L’Hyper Show sur Canal+ s’auto-entarte totalement puisque c’est la catastrophe. On m’a proposé ce matin d’aller l’entarter en pleine émission. Plusieurs de ses amis de Canal m’ont demandé de faire un entartement sympathique et je ne veux ni lui nuire au moment où tout le monde veut le lyncher, ni lui rendre service en prenant posititon pour lui parce qu’il ne mérite pas non plus qu’on le défende. C’est un garçon pourri jusqu’à la mœlle mais qui ne jouit pas de l’autorité que tout ça lui confère d’une façon crapuleuse. S’il était entarté, il le prendrait très bien, il a de l’humour. S’il est sûr qu’il est corrompu et qu’il est pote un peu avec tout le monde, qu’il a l’échine très souple, en même temps, il ne correspond pas à la victime type des entartements parce qu’il n’est ni autoritaire, ni autain. Il ne méprise pas les barmen et les chauffeurs de taxi comme BHL.
Plastic Bertrand
Noël Godin: C’est un pote, Plastic Bertrand! Tout bonnement, je m’entends depuis longtemps avec lui. Il le prendrait très bien. Evidemment, Star Academy, je ne veux même pas regarder, c’est grotesque. Lui est engagé comme acteur là-dedans, pourquoi pas? On a pû lire dans les journaux français qu’il commençait à se prendre tout à fait au sérieux. En fait, c’est faux, il reste le même: très chouette avec ses copains. J’ai été à ses 25 ans de scène avec plein de copains, il est comme d’habitude. Je ne vais pas faire son apologie d’aucune manière puisqu’il n’est pas suffisamment subversif. C’est un brave bougre, disons!
Mathilde
Noël Godin: Ça m’aurait amusé que ça se fasse lors de la cérémonie et que ça vienne d’autres. Je souhaiterais qu’il y ait plus d’initiatives de chenapans belges qui opèrent d’eux mêmes. Tous les jours, on m’appelle pour me proposer une opération et je leur réponds sans arrêt: ‘Pourquoi ne le feriez-vous pas vous-même?’ Très souvent on m’appelle pour me dire ‘On l’a fait!’. Il y a plein d’entartements en Belgique, plein de tartes qui atterrissent sur des facies autoritaires sans que ce soit médiatisé et ça me fait très plaisir que ça se généralise.
Les profs
Noël Godin: Il y a de plus en plus de profs qui s’en prennent plein la tronche, et ça, j’en suis très heureux! En France, l’historien Max Gallo a été entarté en plein cours. D’ailleurs, je souhaiterais laisser un message à tous les étudiants belges: je comprends très bien qu’ils ne veuillent pas entarter leurs profs les plus grincheux et les plus impossibles par peur des représailles. La solution est simple comme bonjour: l’échange de bons procédés! Les étudiants vont entarter les profs les plus antipathiques d’une autre école en échange de quoi on vient entarter les leurs afin que ça se pratique dans l’impunité la plus délicieuse. C’est totalement réalisable. Ce serait extraordinaire que ça arrive dans plein d’établissements du pays, le même jour et personne ne pourrait être puni. Ce serait formidable de lancer une telle opération.