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02/12/2019

​Les années d'études de LAURENT MATHIEU: «On vivait de façon extrême, entre les fêtes à répétition et les casseroles qui s'accumulaient dans l'évier»

Depuis quelques années, Laurent Mathieu est le visage du Journal Télévisé de la RTBF. Pour Guido Magazine, il a accepté de feuilleter son album-souvenir de ses années d'études. Une époque qui pourrait se résumer à ces trois mots-clés pour le journaliste: fêtes, cinéma et musique.


GUIDO: Bizarrement, tu as commencé par des études en sciences économiques…
Laurent Mathieu:
 Même si j'ai toujours été attiré par la réalisation et les médias, je ne savais pas trop quoi faire à la sortie de la rhéto, comme beaucoup. En choisissant la gestion, j'étais sûr que ces études allaient déboucher vers des tas de possibilités, comme des choses plus créatives, dans la pub par exemple. En arrivant à la fin de ces études, je me suis rendu compte que ce domaine n'était pas fait pour moi. Je ne me voyais pas m'épanouir dans des banques ou des boîtes de consulting. Le côté plus créatif des médias m'ayant toujours attiré, j'ai alors décidé de faire un master d'un an en journalisme à l'École de Journalisme de Louvain-la-Neuve. Et j'en suis ravi parce que cela a considérablement changé ma trajectoire.

Assidu à la Carolo de Louvain-la-Neuve

GUIDO: Si tu devais brosser le portrait du Laurent Mathieu étudiant, quels mots utiliserais-tu?
Laurent Mathieu:
 C'est bien que tu utilises le mot 'brosser' déjà! (rires) Je n'étais en effet pas un étudiant très assidu aux cours. J'allais souvent au cinéma et je faisais beaucoup la fête; je ne fréquentais donc pas beaucoup les auditoires. J'allais parfois voir deux films au cinéma en une journée avant de sortir à la Carolo le soir venu. J'étais plutôt le genre d'étudiant qui débarque un peu paniqué aux valves en avril-mai parce qu'il n'a pas de notes de cours ou n'a pas participé aux TP. Par contre, pendant le blocus, je m'enterrais chez moi douze heures par jour jusqu'à la session d'examens.

GUIDO: Tu as fait ton baptême?
Laurent Mathieu:
 Venant de Charleroi, je ne connaissais pas grand monde en débarquant à Louvain-la-Neuve. Un des premiers soirs de septembre, je me suis retrouvé à la Carolo où j'ai fait par la suite mon baptême. Bizarrement, j'étais extrêmement assidu à une chose pendant mes études: la Carolo de Louvain-la-Neuve! Après mon baptême, je suis même resté comitard pendant un an, j'étais délégué Clash (ndlr: le préposé au collage d'affiches des guindailles dans la ville). Mais de nouveau, je n'étais pas très assidu: je préférais aller boire mon verre plutôt que coller les affiches! (rires) Pendant deux ans, je me suis donc fortement impliqué dans la guindaille. Mais après, j'en ai eu marre. C'était trop, je tournais en rond, j'en ai fait une overdose. J'ai toujours été musicien, mais pendant ces deux années, je n'ai pas touché à ma guitare, je passais mon temps à faire la fête. C'est à ce moment-là que j'ai décidé de partir à Namur pour poursuivre mes études. On y a pris un appartement avec un ami et on a recréé un groupe de musique. Même si j'ai continué à faire la fête, je me suis un peu éloigné des cercles. Je pense avoir eu raison de le faire, parce que je crois que je n'aurais pas pu vivre comme ça pendant cinq ans à Louvain-la-Neuve.

GUIDO: Tu parlais de musique, on peut voir que tu postes encore aujourd'hui beaucoup de vidéos sur Instagram (@laurentmath) de tes reprises à la guitare. La musique a toujours fait partie de ta vie?
Laurent Mathieu:
 J'ai commencé la musique à l'âge de seize ans. Et à Namur, on faisait pas mal de concerts. J'ai aussi fait partie du kot-à-projet de la RUN (ndlr: la Radio Universitaire Namuroise). On organisait des jam sessions de manière pirate jusqu'aux petites heures de la nuit. Encore aujourd'hui, je joue tous les jours, je ne peux pas ne pas jouer de la guitare, c'est impossible.

Un sentiment de liberté

GUIDO: Que retiens-tu de l'expérience de vie en kot?
Laurent Mathieu:
 J'ai passé d'excellents moments en kot, mais je ne pourrais plus vivre comme ça aujourd'hui. Quand j'y repense, on vivait quand même de façon extrême à l'époque. Extrême en termes de fêtes, de propreté… J'ai vraiment vécu le stéréotype de Louvain-la-Neuve: les fêtes à répétition, les casseroles qui s'accumulent dans l'évier, les cokoteurs qui ne respectent pas vraiment l'espace des autres… J'ai vraiment adoré ce sentiment de liberté, mais après deux ans, ce n'était plus possible, je ne pouvais plus vivre comme ça!

GUIDO: Tu es quand même revenu à Louvain-la-Neuve pour ta dernière année d'études en journalisme!
Laurent Mathieu:
 Oui, mais j'étais nettement plus calme, je faisais d'ailleurs les trajets entre Namur et Louvain-la-Neuve. Il faut savoir aussi que j'ai mis des années à réapprendre à aimer Louvain-la-Neuve. Aujourd'hui, je donne cours à la Fac de Journalisme de Louvain-la-Neuve et j'adore y aller. Mais pendant des années, j'ai eu du mal à y retourner parce que j'avais le souvenir de cette ville que j'avais dû quitter tellement elle était en train de me manger.

GUIDO: A posteriori, penses-tu avoir trop profité de tes années d'études?
Laurent Mathieu:
 Si je devais les revivre aujourd'hui, je les revivrais différemment, ces années d'études, parce que je suis une personne différente, avec des centres d'intérêt différents. Je le ferais peut-être de manière moins radicale, je ferais un peu moins la fête pour avoir un peu moins la gueule de bois et donc jouer un peu plus de musique ou lire davantage. Après, ce que je garde de ces années-là, ce sont des amitiés, et c'est là le plus important. À ce niveau-là, je n'ai aucun regret.

GUIDO: Quel souvenir marquant gardes-tu de cette période?
Laurent Mathieu:
 Mon plus beau souvenir, c'est peut-être celui d'avoir vécu une belle histoire avec une fille de la Carolo de Louvain-la-Neuve. Même si j'étais très souvent happé par la fête, c'est ce souvenir qui reste lié à cette époque-là.

GUIDO: À partir de quand as-tu su que le journalisme était la voie à suivre?
Laurent Mathieu:
 À mon premier jour en École de Journalisme, j'ai eu un attrait pour le cours que je n'avais jamais eu pour la gestion. Dès le premier jour, j'ai eu la conviction que c'était ce que j'avais envie de faire.

GUIDO: Et l'audiovisuel?
Laurent Mathieu:
 C'est plutôt venu après. Quand j'ai fini mon master, j'ai effectué des stages dans les trois médias: radio, télé, presse écrite. J'étais davantage attiré par l'audiovisuel parce que j'aimais ce côté réalisation et image mais j'ai aussi apprécié de rédiger des articles pour le web. C'est plutôt la vie qui m'a guidé vers la télé…

Un selfie au rayon fruits et légumes

GUIDO: Tu as présenté ton premier Journal Télévisé en 2106. Tu te souviens encore de ta première 'performance'?
Laurent Mathieu:
 Oui, et j'étais très mauvais! J'avais aussi une coupe de cheveux impossible mais c'est encore parfois le cas aujourd'hui! (rires) Quand je me revois aujourd'hui, je me dis «Oh, mon Dieu»! C'est un truc énorme dans une vie de faire ça. Ça reste quand même le sacro-saint JT de la RTBF. Je me souviens de mon état de stress intense avant de prendre l'antenne, ce qui fait que j'ai beaucoup surjoué. Aujourd'hui, je fais de la méditation pour chasser le stress avant de présenter le JT, je me mets dans ma bulle, je bois un thé et je réalise une sorte de méditation pour canaliser toute mon attention. Parce qu'un JT, ce sont quarante minutes pendant lesquelles il faut être au taquet. La moindre seconde d'inattention peut être fatale. Quand on sort d'un JT, on est vidé. La première chose que je fais ensuite, c'est desserrer mon nœud de cravate et m'ébouriffer les cheveux!

GUIDO: Parce que tu ne ressembles pas à ton personnage public dans la vie de tous les jours…
Laurent Mathieu: 
C'est ce qu'on me dit souvent! Les gens sont parfois déçus quand ils me voient. Je ne mets jamais de costume-cravate.

GUIDO: Justement, ce serait possible un jour de voir un présentateur de JT sans costume-cravate?
Laurent Mathieu:
 Ce serait possible selon moi. J'ai d'ailleurs essayé de présenter un JT de 13 Heures sans cravate. Mais ça m'a valu du courrier, et il y a même eu un article dans la presse pour dire que je n'avais pas mis de cravate. Le Journal Télévisé est en quelque sorte un repère pour les gens, donc un lieu très conservateur. Si on change trop, on bouscule les repères des gens. Le moindre petit changement est très sensible. On reçoit des mails des téléspectateurs, parfois très productifs, parfois assassins. J'ai par exemple fait une faute de liaison il y a quelques mois, bon ce sont des choses qui arrivent. J'ai reçu le lendemain un mail assassin de quelqu'un qui me traitait d'inculte et me conseillait de retourner à l'école. Un mail avec toute ma hiérarchie en copie. Est-ce qu'une faute de liaison vaut de se faire vouer aux gémonies?

GUIDO: Et la notoriété, c'est facile à gérer?
Laurent Mathieu:
 L'autre jour, j'ai fait un selfie au rayon fruits et légumes de mon supermarché! Mais bon c'est quand même assez calme d'habitude, je n'ai pas la renommée d'un François de Brigode! Les gens me scrutent plutôt de loin, genre «Je l'ai déjà vu quelque part, celui-là»!

Photo: © RTBF - Martin Godfroid


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