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25/11/2019

GAËLLE GARCIA DIAZ: «Je suis peut-être un peu plus posée et nuancée que la fille des vidéos»

Avec son style volontairement trash et vulgaire, Gaëlle Garcia Diaz s'est taillé une place de choix parmi les Youtubeurs les plus en vue. Comment cette Belge de 30 ans a-t-elle réussi à conquérir des followers toujours plus nombreux? Tentative de réponse avec l'intéressée.


GUIDO: Le 17 novembre 2016, tu postes ta première vidéo sur YouTube, quel regard critique portes-tu maintenant sur cette prestation?
Gaëlle Garcia Diaz:
 C’est loin. Mais je m’en souviens. Je pense bien que, même si légèrement moins à l’aise qu’aujourd’hui, je prônais déjà la défense de la salope. Celle qu’on respecte et qui se respecte. L’essence de la chaîne émanait de cette première vidéo et je la regarde avec tendresse. J’étais loin d’imaginer que trois ans plus tard, je passerais la barre des 120 vidéos.

«Je n'avais pas envie de respecter tous les codes, quitte à déplaire»

GUIDO: T'attendais-tu à récolter un tel succès?
Gaëlle Garcia Diaz:
 Alors, sincèrement, absolument pas. Je pense qu’il ne faut pas se lancer sur YouTube en pensant à l’avenir, mais uniquement à son propre plaisir. Après, soyons francs, quand votre chaîne commence à devenir populaire, la vision est différente. L’objectif n’est plus uniquement de s’éclater, mais aussi de surprendre tous ceux qui vous suivent en leur proposant un contenu différent par moment. Je suis heureuse de voir où elle en est aujourd’hui, malgré de nombreux rebondissements.

GUIDO: Immédiatement, le style trash et volontairement vulgaire est assumé, comment as-tu décidé de façonner ce personnage?
Gaëlle Garcia Diaz:
 Naturellement. On bouffait du conventionnel et du propre sur soi depuis pas mal de temps dans l’univers du make-up/lifestyle sur YouTube. J’ai pris le risque de ne pas jouer le même jeu et de rester moi-même. Je ne suis pas quelqu’un de lisse, je n’avais pas envie de respecter tous les codes. Quitte à déplaire.

GUIDO: Cette Martine, elle vient d’où?
Gaëlle Garcia Diaz:
 Le prénom a débarqué comme ça, au détour d’une vidéo et est resté depuis lors. Elle vient du cœur, elle est l’incarnation de la femme qui désire se faire entendre sans sombrer dans du féminisme édulcoré. Elle vient de loin mais elle est là. Tous les jours, au fond de chaque femme dont le plus profond des désirs est de se réveiller un matin, de se regarder dans le miroir et de décider de s’aimer. Et bien sûr de péter dans un tailleur cintré!

GUIDO: La fille des vidéos est-elle différente de la Gaëlle Garcia Diaz de tous les jours? Qu’ont-elles en commun et de différent?
Gaëlle Garcia Diaz:
 Je suis peut-être un peu plus posée et nuancée que Martine sur la forme. Heureusement, d’ailleurs. Mais dès le moment où j’assume Martine, c’est que je l’ai dans la peau. Je partage le même engagement pour cette liberté d’expression souvent censurée par ceux qui se carrent leur balai ailleurs que dans le placard, mais je suis sans doute un peu plus réfléchie et organisée que Martine qui reste difficilement contrôlable dès qu’on crie «Ça tourne!».

«Si je devais compter uniquement sur mes vidéos pour payer ma maison, je vivrais dans un bosquet»

GUIDO: Tu as pu nouer de belles amitiés sur YouTube, comme avec (Silent) Jill… Mais des rivalités existent-elles aussi?
Gaëlle Garcia Diaz:
 Alors, Jill est mon amie depuis bien longtemps, je suis la marraine d’un de ses enfants et YouTube n’a servi qu’à faire éclater notre amitié aux yeux des followers. Après, j’ai bien sûr tissé des liens avec certaines autres personnes, même si tout n’est pas toujours rose. Mais je ne pense pas qu’il faille parler de 'rivalité'. On a suffisamment de choses à penser soi-même que pour aller plonger des yeux envieux dans le travail des autres.

GUIDO: Il y a bien des personnes que tu ne peux pas blairer parmi les Youtubeurs/euses, allez donne-nous quelques noms!
Gaëlle Garcia Diaz:
 Effectivement, il y en a mais peu. Très peu. J’ai appris que le name-dropping était extrêmement dangereux pour la santé. J’essaie d’arrêter. Pour une fois, il est temps que je décide de me censurer!

GUIDO: À partir de quand as-tu compris que tu pourrais vivre de tes vidéos sur YouTube?
Gaëlle Garcia Diaz:
 Jamais. Les trois quarts sont démonétisés parce que mes mots sont difficilement acceptés par la fabuleuse et unique modération YouTube. Si je devais compter uniquement sur mes vidéos pour payer ma maison, je vivrais dans un bosquet.

GUIDO: Comment t’y prendrais-tu pour expliquer ton métier à l'ancienne génération, comme ta grand-mère, par exemple?
Gaëlle Garcia Diaz:
 Je lui dirais que j’exprime ma passion à travers un petit écran d’ordinateur ou de téléphone pour divertir les gens comme Michel Drucker, mais avec des nichons. Je lui dirais que je possède ma marque de vêtements et de cosmétiques pour que les gens se sentent mieux quand ils les portent. Et j’espèrerais secrètement qu’elle soit fière de moi.

«Un étudiant saoul est un abonné heureux»

GUIDO: Quel conseil donnerais-tu à un étudiant qui aimerait devenir une star de YouTube?
Gaëlle Garcia Diaz:
 De rester lui-même, d’avoir des choses à dire, d’être patient et de ne jamais chercher à 'devenir une star de YouTube', car c’est la meilleure façon de se planter.

GUIDO: Comment convaincrais-tu les étudiants de s’abonner à ta chaîne?
Gaëlle Garcia Diaz:
 Violemment. J’utiliserais soit mes connaissances en marketing, soit je leur offrirais plusieurs tournées. Un étudiant saoul est un abonné heureux.

GUIDO: Être belge: un atout ou un frein pour percer sur YouTube?
Gaëlle Garcia Diaz:
 Je ne sais pas si la nationalité apporte un plus pour percer dans un quelconque domaine. Mais je pense qu’être belge est un atout pour tout ce qu’on entreprend. Être belge, c’est être associé à l’humour, à l’ouverture d’esprit et au talent.

GUIDO: Tu vis toujours en Belgique?
Gaëlle Garcia Diaz:
 Oui, je circule entre mon appart dans la région bruxelloise et ma maison en travaux. Ce qui me permet de ne plus être obligée de me rendre à la salle depuis que je porte des brouettes de 30 kilos de débris tous les week-ends.

GUIDO: C’est quoi la principale différence entre les Belges et les Français?
Gaëlle Garcia Diaz:
 Elle n’est pas si énorme que ça. Mais si je devais défendre mon pays face à un Français, je lui dirais que si vous possédez deux étoiles sur votre maillot, on en possède une infinité dans notre cœur. Oui, c’est une vision romantique des choses. Mais si je compare vos paysages à nos frites, je ne suis pas sûre qu’on se mette d’accord. Je pense qu’on est fait pour se détester passionnément. Un amour vache et bestial.

GUIDO: On a vu les haters se déchaîner sur EnjoyPhoenix suite à une vidéo où elle révélait le nom du Youtubeur par lequel elle était le moins attirée. Est-ce que ce genre de réactions t’a déjà fait douter et donné l’envie de tout arrêter?
Gaëlle Garcia Diaz:
 Honnêtement, oui. Après cet énième épisode d’incompréhension, j’ai impulsivement eu envie de tout arrêter. Parce que même s’il faut perpétuellement se remettre en question, s’il faut parfois peser ses mots pour ne pas offenser une personne ou une communauté, je pense que certaines paroles entraînent des conséquences totalement disproportionnées. Que cette séquence ait été maladroite et gérée approximativement, je peux le reconnaître et m’en excuser. Mais qu’elle provoque l’afflux d’ignobles attaques et un harcèlement pur et dur, c’est difficilement supportable. Mais Marie et moi-même nous sommes relevées et continuerons d’exercer ce qui reste une de nos passions: nous exprimer librement.

GUIDO: Comment gère-t-on les haters sur les réseaux sociaux?
Gaëlle Garcia Diaz:
 Tout simplement en les ignorant autant que possible. Sachant que les trois quarts sont cons comme des poteaux et ont le bulbe atrophié. Le plus compliqué à gérer, c’est le hater subtil et intelligent. Lui, il faut l’accepter, le lire, y réfléchir et s’en alimenter. Mais ils sont rares. Très rares.

«Mon univers, c'est cette liberté d'être vulgairement classe et salement chic»

GUIDO: Quelles sont les principales réactions des gens quand ils te croisent?
Gaëlle Garcia Diaz:
 Je suis toujours un peu plus réservée lorsque je me promène à l’air libre, mais les personnes que je croise sont toujours d’une bienveillance rare. Ils disent aimer ce que je fais et demandent une photo. Je ne suis pas Lady Gaga. Pas de cri, pas de larme, souvent de la sobriété. Un plaisir.

GUIDO: Est-ce qu’il t’arrive de passer une semaine sans réseaux sociaux?
Gaëlle Garcia Diaz:
 Difficilement. J’ai laissé doucement tomber Twitter qui est un peu le lieu mal famé des réseaux. Mais je suis très régulièrement présente sur Instagram. Pour mon compte personnel mais aussi pour représenter au mieux mon shop et MartineCosmetics.

GUIDO: Justement, parle-nous de MartineCosmetics, ta ligne de produits de beauté…
Gaëlle Garcia Diaz:
 La marque a été conçue pour incarner mon univers, le paradis de la salope de luxe, la définition-même de cette liberté d’être vulgairement classe et salement chic. La complexité de la provocation mêlée à la douce sensualité d’un style assumé. C’est développé par Azurtis, et je suis de plus en plus fière de voir l’évolution de la gamme. Elle est en perpétuel mouvement et tente de se renouveler sans cesse. C’est sincèrement une de mes grandes fiertés.

GUIDO: Qu’est-ce que tu espères de plus pour la suite?
Gaëlle Garcia Diaz:
 De plus, je ne sais pas. J’espère continuer d’être heureuse de ce que je fais, d’être fière de ce que je réussis et de ne jamais être blasée de ce que je vis. Je me construis progressivement, mois après mois et mon objectif est de rester animée par la même envie d’aller toujours plus loin. De nouveaux projets suivront. YouTube, comédie, cosmétiques, musique. J’espère être là où je veux et là où on ne m’attendra pas.
 

Cinq punchlines de Gaëlle Garcia Diaz sur les études

1. «Les études, c'est un calvaire parsemé de plaisirs qu’on ne savoure que lorsqu’on les a terminées.»
2. «Les études, c’est comme un coup de soleil: ça nous fait souffrir mais quand ça se termine, ça nous rend plutôt beaux.»
3. «Ce n’est pas en faisant du pole dance au milieu d’un cours de statistiques qu’on finit diplômée.»
4. «Je suis bien heureuse d’avoir pu dissocier 'soirée de débauche' et 'blocus d’enfer'.»
5. «Tout ce qui se passe dans les soirées étudiantes reste dans les soirées étudiantes. Je ne parlerai que sous la menace.»


Photo: © Martine Cosmetics


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