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27/11/2003

Les ordres, garants du folklore

La guindaille ne se limite pas aux cercles, loin s'en faut. Car après le baptême, après ces 'traderidera', ces milliers de chopes affonées, ces dizaines de seaux remplis de vos repas à moitié digérés, vous pouvez entrer dans les ordres. Voui voui. Aaah qu'elle est facile cette petite blague en guise d'introduction. On va d'ailleurs attendre quelques secondes histoire que vous vous en remettiez, tiens. Là, soufflez bien. Ça va mieux? On peut en venir au sujet qui nous préoccupe? A la bonne heure. La question est la suivante: que sont les ordres? On a envie de vous répondre une bande de potes qui se fend la gueule. Mais ce serait trop simplifier.
Tout d'abord, il faut savoir que les ordres peuvent être soit corporatifs, soit décoratifs. Ces derniers étant dès lors des médailles, ou 'vlecks', récompensant des sujets pour des raisons diverses: ce peut être l'Ordre du Grognon, octroyé par la Confrérie des Dignitaires de l'Ordre de Saint-Aubain (Namur) pour services rendus, ou encore l'Ordre du Volant Pervers remis par l'Ordre des Moines tout autant Pervers de Saint Louis et qui récompense l'étudiant qui crashe sa voiture avant ou après une guindaille, comme quoi certaines décorations peuvent être plus faciles à obtenir que d'autres. Mais soit. Ces récompenses peuvent être remises par les Cercles, les Régionales, ainsi que les ordres corporatifs, lesquels peuvent être académiques, régionaux ou secrets. Nous y re-voilà. C'est un beau bazar, je ne vous le fais pas dire. Les ordres regroupent des baptisés unis dans un même idéal de vie universitaire et de guindaille. Leur objectif commun: la promotion d'un folklore estudiantin dans le respect des traditions, dont les caractéristiques principales sont: les formules latines, le respect de la hiérarchie, les toges des membres, les signes distinctifs, les règles séculaires qui invitent au chant ou aux à-fonds, etc. Jusque-là, me direz-vous, y'a pas de grandes différences avec les Cercles et Régionales. Pas si vite Ben Hur. Bien sûr, chaque corporation fonctionne selon ses particularités propres. Certains ordres s'ancrent d'ailleurs dans une tradition très ancienne. C'est le cas notamment de l'Ordre Académique de Saint-Michel, créé en 1937, et auquel on attribue d'ailleurs la réintroduction des traditions de la "corona", du port de la calotte et de la toge à Louvain-la-Neuve. Citons également le célébrissime Ordre du Toré, fondé en 1921 au sein de l'Union des Etudiants Catholiques de Liège. Mais encore le très sélect et tout autant national Ordre studentyssime, très Magnifique et très Vénérable de François Villon de Montcorbier, fondé en 1948 et qui entend réunir en son sein les meilleurs guindailleurs ordinesques - la crème des crèmes, il s'agit d'avoir un très beau CV guindaillistique pour espérer y entrer.

Les ordres corporatifs ou le folklore dans sa plus pure tradition

Première spécificité des ordres: une fois admis, on y reste membre à vie. D'où la présence parfois dans les ordres anciens sus-cités de vieux papys de la guindaille, lesquels, soit dit en passant, vous enterre par leur savoir festif. Respect. Mais attention, n'est pas membre qui veut. Tout d'abord, il faut s'y faire inviter, selon le principe du parrainage. Première condition: être baptisé et muni du couvre-chef en vigueur, à savoir calotte ou penne. Aïe aïe aïe, je sens déjà le débat poindre... Il faut (mal)heureusement mentionner que ce type d'ordre est lié à l'origine au folklore calottin puisque les réunions se font sous le même schéma que la corona, cérémonie au cours de laquelle le baptisé "passe" sa calotte – est-il utile de rappeler que le penné reçoit son couvre-chef à l'issue du baptême même. Secundo, la plupart des ordres ne sont ouverts qu'aux détenteurs du diplôme de candidat (un papelard que vous signez après vos deux ou trois premières candis, et qui peut vous permettre d'ailleurs d'être Secrétaire d'Etat pour autant que vous l'ayez vraiment, enfin soit), ou à ceux ayant réussi leur première candi, ce qui réduit considérablement le nombre de postulants, il faut bien l'avouer. "Il s'agit surtout de relever le niveau par rapport aux Cercles et Régionales, explique Sylvain, Grand-Maître de l'Academicus Neo Loviensis Ordo (ANLO). Les réunions ne sont pas uniquement à vocation guindaillistique. Il s'agit de faire perdurer le folklore estudiantin et de montrer son attachement à Louvain-la-Neuve. La connaissance des traditions du candidat doit donc être jugée suffisante pour rentrer dans l'ANLO. Et quand je parle de traditions, je ne parle pas seulement du baptême et des guindailles, mais aussi des Coronas, des cantus. Enfin, en tant qu'ordre académique, je nous vois mal accepter des premières candis qui l'année suivante, entameront des études toutes autres." Last but not least, et histoire de compliquer les choses, la plupart des ordres sont non-mixtes. Exit les femmes, qui depuis se sont vengées en créant des ordres leur étant strictement réservés. Citons la Famosa Absurdum Mulierum Academia (FAMA). Outre la promotion du folklore, cet ordre a pour vocation celle de la dignité dans la guindaille, qui doit être conservée par les Bacchantes en toutes circonstances ("l'état d'ébriété avancé ou non n'est en rien une excuse aux comportements douteux, tout au plus une explication"). Ceci étant précisé, revenons-en aux novices, ou tyrones, comme il est d'usage de les appeler dans la plupart des confréries. Avant de devenir membre à part entière, le tyro doit parfaire son apprentissage de la vie d'ordre. En général, il lui est demandé de participer à tous les chapitres (ou réunions) durant un an, et de satisfaire à certaines épreuves et exigences. Outre la connaissance du Codex (la bible de l'ordre), il doit s'intéresser aux autres ordres académiques, préparer une guindaille, ou encore un petit mémoire sur un sujet bien précis. Par ailleurs, chaque ordre a ses propres traditions. Par exemple, l'éducation des membres impétrants de l'Ordre Académique de Sainte-Barbe (ASBO) comporte des éléments tels qu'une initiation à l'équitation, à un art martial, à la calligraphie, la connaissance de l'histoire de l'UCL, et on vous en passe. Pour être complet, c'est un chevalier, généralement appelé le Tyronum Maior qui prend en charge la formation des membres impétrants. Ce dernier fait d'ailleurs partie du comité des Commandeurs, à la tête duquel on trouve le Magister ou Grand-Maître (en gros, le prèze). Siègent à ses côtés le Censor, chargé de faire respecter le Codex, le Cancellarius ou secrétaire, le Quaestor ou trésorier et le Cellarius, substitut du Grand-Maître et "maître du brassin". Le reste des membres, ou Chevaliers, constitue l'Assemblée. Ces titres, empruntés ici à l'ASBO, peuvent varier d'un ordre à l'autre. Par exemple, L'Ordre des Moines Pervers (aujourd'hui renommé Ordre Académique de Saint-Louis, histoire de faire risette au recteur de l'université) est dirigé par un père abbé. Voilà pour les présentations. Passons à présent aux activités. Que font-ils de bon, ces preux chevaliers? Eh bien, ils se réunissent. Parce que faire partie d'un ordre, c'est avant tout célébrer le plaisir d'être ensemble. Les réunions (ou Chapitres, le plus souvent) ont lieu environ huit fois par an, et suivent donc le canevas des "coronae", tant dans la forme - table en U, disposition des membres bien définie, expressions latines, comité élu chaque année - que dans le contenu - une partie sérieuse, et une partie bibitive - et dans l'omniprésence de chants estudiantins, chaque ordre possédant son propre hymne. "Certains chapitres ont un but plus spécifique, comme l'adoubement soit la cérémonie durant laquelle un candidatus est nommé Chevalier," précise Sylvain. En outre, des activités externes sont également programmées. Ce peut-être la visite d'une brasserie, la participation à des réunions d'autres ordres en tant qu'invités, une descente dans un baptême, etc. Enfin, le sacro-saint banquet a lieu chaque année. Enfin, je ne pourrais conclure cette première partie sans parler de l'habit propre à chaque corporation. Le band, remis au tyro le jour où il devient candidatus, et la toge, qu'il enfile lors de l'adoubement. Un écusson aux couleurs de l'ordre est également cousu sur la calotte. Vous l'aurez compris, si les Cercles et autres Régionales sont censé être les détenteurs du folklore, souvent, ce sont les ordres qui proposent un folklore de meilleure qualité. Mais pour y participer, il faut le mériter.

Les ordres secrets

Eh eh, pénétrons dans un autre univers: celui des ordres secrets (musique d'ambiance). "Pardon, Grand-Maître. Mais quelle est donc cette secte très très bizarre?" (clin d'oeil à Cocoricocoboy, grande leçon de vie animée par Stéphane Collaro, z'êtes trop jeunes, pouvez pas comprendre). Les ordres secrets sont très spécifiques à l'ULB. Il s'agit de sociétés initiatiques, dont les origines remontent dit-on au 19ème siècle, avec l'Ordre des Nébuleux, toujours actif aujourd'hui et ses membres qui se réunissaient et s'amusaient à caricaturer l'étudiant "fils à papa". Ces ordres sont calqués sur le modèle de la Franc-Maçonnerie et proposent des réunions secrètes, dans des lieux tout aussi secrets. Votre serviteur s'excuse, mais il devra s'en tenir aux généralités, puisque tout membre d'un ordre secret a une obligation de discrétion sur tout ce qui se passe en interne. Contrairement aux ordres académiques, les membres des ordres secrets ne portent pas de toge. A peine un signe distinctif sur la penne, et encore, quand le membre décide d'afficher son appartenance, ce qui n'est pas toujours le cas. Deux membres de l'Ordre des Frères Gastéréens nous éclairent cependant sur le sujet des réunions: "Ces réunions sont obligatoires, et ont lieu la plupart du temps une fois par semaine. On y discute de la vie universitaire sur le campus, des problèmes éventuels, essentiellement autour du folklore, que nous dénonçons par le biais d'un placard." Mais qu'est-ce donc qu'un placard? Ce sont ces affiches collées au-dessus des portes des cercles et dans les méandres du campus de l'ULB. Pour exemple, ils peuvent dénoncer des actions frauduleuses et autres magouilles au sein de certains cercles. On a vu également en son temps des placards contre l'élection de Haider en Autriche, ou en faveur de cette femme condamnée à la lapidation au Nigeria. Bref, le Librex dans toute sa splendeur. Précisons d'ailleurs que ces ordres restent des formations apolitiques. Comment y être admis? Sachez chers lecteurs qu'on ne choisit pas d'entrer dans un ordre. C'est l'ordre qui vous choisit, selon un système de cooptation. Un Frère propose un membre impétrant lors d'une réunion. Ensuite, toute une procédure se met en place, histoire d'apprendre à connaître celui qui sera, qui sait, un futur frère. Il s'agit de vérifier si cet étudiant baptisé (et c'est là une condition) correspond aux critères. A terme, le candidat désigné et adopté à l'unanimité, se verra fait membre au cours d'une cérémonie d'intronisation, laquelle est, tiens tiens, secrète. Tout ce que l'on peut dire, c'est que chaque ordre a son rituel, sa méthode et que le nouveau membre prête serment, notamment sur son obligation de discrétion. Bon, présenté comme cela, il est vrai que ça frise l'élitisme. "Ce n'est absolument pas le cas, se défendent nos deux compères Gastéréens. C'est avant tout une question d'affinités. Après tout, nous sommes un cercle d'amis." Mais pourquoi un tel mystère, alors? "Cela protège l'ordre et ses membres quant aux positions prises. Cela nous permet également de faire plus de choses. Enfin, cela favorise une réflexion plus constructive, puisque ce qui est dénoncé dans les placards est approuvé par l'ensemble des membres. Ce n'est donc pas critiquer pour critiquer" Enfin, pour en savoir plus, certains ordres publient à l'occasion de la Saint V un journal dans lequel ils expriment leur philosophie, dans un langage qui leur est propre, et donc bourré de sous-entendus. C'est notamment le cas de l'Ordre des Macchabées, de l'Ordre du Phallus (Le Monde Diplomatich'), ou encore de l'Ordre des Coquillards.

(NR)
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