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29/02/2004

Bernard Foccroulle, directeur de La Monnaie: "Je reste un artiste"

"La relation entre le matériel et l'immatériel rend le travail dans une institution artistique immensément fascinante. Et l'immatériel est toujours plus important que le matériel". L'organiste Liégeois Bernard Foccroule, directeur de La Monnaie, est aussi inspiré que son prédécesseur Gérard Mortier. Il a pris comme cheval de bataille de sauver l'opéra de la commercialisation.
A côté de cela, il dirige une entreprise de 500 personnes et une belle brochette de collaborateurs temporaires.

GUIDO: Comment un musicien/artiste devient-il manager? Comment êtes-vous arrivé à laisser de côté l'artistique pour privilégier l'organisationnel?
Foccroulle
: J'ai toujours été un musicien qui s'en tenait à l'environnement de la société, à la relation avec le public par exemple. J'ai été pendant quelques années président des Jeunesses Musicales et j'ai démarré à cette époque le projet Ars Musica. Je n'ai jamais vraiment pensé à devenir directeur d'un opéra. J'ai appris à connaître Gérard Mortier et j'ai suivi son parcours à La Monnaie. J'ai collaboré à diverses productions, en tant que musicien ou assistant. Mais, je n'ai jamais eu l'ambition de devenir le successeur de Mortier. Il m'a demandé en mars 1989 d'y songer plus sérieusement. Peu de temps après, il a succédé à Von Karayan à Salzbourg et j'ai dû rapidement décider de poser ma candidature. J'ai alors dû laisser tomber quelques affaires en cours, comme l'enseignement de la musique, ou réduire d'autres choses, comme ma carrière d'organiste.

L'art est central

GUIDO: Pour quelle raison avez-vous accepté?
Foccroulle
: Pour moi, cela représente une étape, une période, et non une promotion. Je me considère comme un artiste ayant une fonction spécifique à l'intérieur d'une institution artistique. L'art est central. Je sais que l'équilibre financier est une priorité fondamentale. Je sais que l'aspect social est très important, que le personnel est le capital de cette institution. Je sais que la communication est essentielle. Mais, si nous sommes ici, c'est pour l'Art. J'ai une vision personnelle de l'art, de l'opéra. Je ressens le besoin de protéger l'opéra de la commercialisation. Je suis venu ici pour défendre cette vision spécifique de l'art, pour plus de créativité, plus d'ouverture vers un public plus large.

GUIDO: Et vous réussissez?
Foccroulle
: Il y a beaucoup de manières d'être directeur d'un opéra. J'ai toujours préféré travailler en équipe. Je ne suis pas un juriste, un spécialiste financier, je n'avais pas d'expérience en management. Soit il y avait des gens ici qui pouvaient remplir ce poste, soit je les ai engagés. L'opéra est toujours un travail d'équipe: chef d'orchestre, metteur en scène, décorateur, solistes, musiciens, …, tous doivent coopérer. Cela vaut également pour le management d'un opéra, personne ne peut tout faire lui-même. Je me considère plus comme un pilote, et pas comme celui qui décide de tout dans les détails.

Le rôle social du manager

GUIDO: Est-il possible de conjuguer les valeurs culturelles et les obligations économiques?
Foccroulle
: C'est une question fondamentale aujourd'hui. Tu dois te construire une sécurité financière, sans empiéter sur l'artistique. Par exemple, La Monnaie fait désormais salle comble. C'est pourquoi on essaie d'augmenter le nombre de représentations, pour attirer plus de public. On justifie ainsi les subsides reçus par le gouvernement. De plus, on loue chaque année des productions diverses ou on les emmène à l'étranger. C'est une source importante de revenus pour La Monnaie. Je ne veux pas considérer notre public comme des clients. Il y a deux modèles dans le monde: la culture de la consommation et la culture de la participation. Je suis radicalement favorable à la participation. Les spectateurs font partie intégrante de la représentation. Ils reçoivent quelque chose tout en apportant leur contribution personnelle. Dans la culture de consommation, tu consommes quelque chose, tu paies et c'est fait. Je veux voir tout le monde en tant que partenaire, abonnés, individus, jeunes et les défavorisés en faveur de qui nous organisons des spectacles. L'art est maintenant instrumentalisé pour gagner de l'argent. L'art devient une manière de gagner de l'argent. Ici, nous trouvons que l'argent est nécessaire, mais seulement en tant que moyen. La Monnaie est une institution avec une responsabilité sociale spécifique. Aucune grande entreprise ne peut se permettre de ne vendre que son produit, il y a toujours un rôle social attaché la mission principale. On prend par exemple beaucoup de responsabilité envers l'enseignement, à travers notre département éducatif. On essaie aussi d'élargir notre public, de devenir moins élitiste.

GUIDO: Vous ne sauriez donc pas être le manager de n'importe quelle firme?
Foccroulle
: Ce n'est pas pour moi, en effet. J'ai bien du respect pour les managers, beaucoup de grandes entreprises sponsorisent La Monnaie, je connais très bien nombre d'entre eux et ce sont des personnes intéressantes mais ce n'est pas la carrière que je souhaiterais avoir.

GUIDO: Vous avez un plan de carrière?
Foccroulle
: Non. Jusqu'en 1989, je n'avais jamais pensé devenir manager. J'ai alors pu me préparer durant deux ans. Apprendre les langues, mieux connaître la maison, l'opéra. J'ai appris beaucoup de choses sur le terrain. Maintenant, je suis le vice-président de Opera Europa, un réseau européen d'opéras. C'est un moyen fantastique d'apprendre à connaître ses collègues, d'échanger ses expériences, d'apprendre de nouvelles méthodes. Durant notre dernière réunion à Madrid, nous avons discuté des droits dérivés. Comment adapter l'opéra à Internet, aux DVD, ...? Notre prochaine réunion à Copenhague est une journée d'étude sur la construction de nouveaux opéras ou la restauration des opéras existants.

Laisser collaborer les talents

GUIDO: Un opéra fonctionne avec beaucoup de collaborateurs isolés. N'est-ce pas trop difficile d'organiser cela?
Foccroulle
: Nous avons 500 personnes sous notre responsabilité, inclus les musiciens et le choeur, mais pas de solistes ou de chorégraphes. Pour les personnes fixes, nous avons un human resources management, avec par exemple beaucoup d'attention pour la formation. Notre priorité est aussi la décentralisation, le don de plus d'autonomie. Nous avons démarré avec le ‘management by objectives’, au niveau de la direction, pour progressivement l'implémenter à tous les niveaux. Ce sont tous des moyens spécifiques pour valoriser le personnel. On ne peut pas travailler ainsi avec les solistes. On essaie quand même de créer un sentiment familial pour eux pendant les trois mois durant lesquels ils travaillent ici. C'est pourquoi nous avons de nombreux moyens, des traditions. J'invite à chaque production les personnes qui travaillent pour moi. C'est très apprécié, tout le monde peut former une telle équipe. Laisser collaborer les talents, et ne pas seulement compter.

GUIDO: Comment voyez-vous votre futur?
Foccroulle
: Mon troisième mandat a commencé depuis le premier janvier, pour six ans. Pour l'opéra spécifiquement, j'ai divers délais à respecter. Je dois m'atteler à des problèmes d'aujourd'hui et des semaines suivantes. Mais je dois maintenant terminer la programmation de la saison prochaine et je suis déjà bien avancé en ce qui concerne la saison d'après. A côté de cela, je travaille à des projets qui couvrent plusieurs années, comme un grande salle de concert, ce qui manque cruellement à Bruxelles. Cela rend le quotidien fascinant mais aussi difficile car les différents buts peuvent être contradictoires.

GUIDO: Et après La Monnaie?
Foccroulle
: Je ne pense pas que je pourrais être directeur d'opéra ailleurs. La Monnaie est un énorme défi, mais je ne veux pas être directeur d'opéra jusqu'à la fin de ma vie. C'est une expérience fantastique mais je reste un artiste, c'est pourquoi j'ai besoin de plus de temps. En tant que musicien et compositeur.

(DDW)

Des infos sur l'Opéra National sur www.lamonnaie.be.

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