Le salaire, bien plus qu'un simple nombre
“Au fait, combien tu gagnes?” ça reste une question très populaire, même si tout le monde n'ose pas la poser. Et la réponse est toujours bien plus compliquée qu'un simple nombre.
On distingue le salaire brut du salaire net, on compte des avantages extralégaux et les augmentations de salaire sont fréquentes (enfin, dans le meilleur des cas!).
En Belgique, le gouvernement ne se soucie que très peu de la fixation du niveau des salaires. Tout commence chez les partenaires sociaux au niveau interprofessionnel, disons au niveau national. Tous les deux ans, ils en établissent les grandes lignes. Ils déterminent entre autre la célèbre norme salariale. Cet norme existe maintenant depuis plus d'une décennie et veut réfréner les augmentations de salaire. Selon les économistes, les salaires trop élevés ne sont pas bons pour la création d'emplois et en Belgique, on manque encore de quelque 100.000 emplois. La norme salariale s'emploie à ce que les salaires belges n'augmentent jamais plus vite que les salaires à l'étranger. Il y a une grande différence entre les augmentations de salaire en Belgique et ailleurs. En Belgique, les salaires sont automatiquement adaptés à l'inflation (indexation automatique des salaires) et à l'augmentation de la durée de vie. Dans presque tous les autres pays du monde, la situation est toute autre. Une augmentation de salaire en Belgique est donc calculée net alors qu'elle comporte l'inflation dans les autres pays. En d'autres mots, tu dois toujours faire attention à ce que l'on veut dire précisément par augmentation de salaire. Par exemple, la norme salariale est valable pour deux ans et inclut l'inflation. Une norme de 5% est donc synonyme d'aucune augmentation nette vu que l'inflation se situe autour des 2% depuis quelques années.
Une fois qu'un accord interprofessionnel a été trouvé, c'est aux partenaires sociaux au niveau sectoriel à faire leur boulot. Dans la plupart des secteurs industriels, on détermine à ce niveau de combien les salaires peuvent augmenter. Auparavant, on décide des barèmes. Qui expliquent le salaire pour chaque fonction et l'augmentation de celui-ci selon l'âge de l'employé. Il y a souvent aussi une négociation sociale sur les salaires et les conditions de travail au niveau de l'entreprise. Avant, les entreprises préféraient s'en tenir aux décisions du niveau sectoriel alors que maintenant, beaucoup de chefs d'entreprise trouvent cela mieux de régler cela par eux-mêmes. La dernière étape consiste en l'accord individuel entre l'employé et l'employeur. Par le passé, un employé n'avait pas grand-chose à réclamer étant donné que les employeurs avaient un large choix devant eux. Pourtant, petit à petit, les employés ont repris l'avantage: pour beaucoup de fonctions en effet, il y a peu (ou pas) de personnes disponibles. Et évidemment, ceux-ci ont tout intérêt à discuter plus âprement de leur salaire. Ceci est encore plus vrai pour les employés qui ont déjà prouvé leurs compétences et qui peuvent donc espérer un salaire au-delà des barèmes.
Brut, net, etc...
Traditionnellement, un employé regarde seulement ce qu'il reçoit effectivement en fin de mois sur son compte en banque. Le coût pour l'employeur est plus élevé que ça. Du salaire brut sont retranchés les cotisations sociales et le précompte professionnel. Les cotisations sociales sont la contribution de l'employé à la sécurité sociale, ce qui lui donne droit à des indemnités de chômage, une pension, le remboursement des frais médicaux… Le précompte professionnel est un paiement anticipé des impôts. Souvent, ce précompte est très proche du montant effectif à payer. Le coût pour l'employeur est encore plus élevé que le salaire brut. L'employeur doit aussi payer les cotisations sociales pour l'employé. La sécurité sociale est alimentée par les cotisations de l'employé, de l'employeur et éventuellement par un petit subside de l'Etat (via les impôts donc). La charge fiscale en Belgique est en quelque sorte champion du monde. Pour le bon ordre, on ajoutera que les Belges reçoivent beaucoup du gouvernement.
La fraude fiscale et le travail au noir sont peut-être bons pour une discussion au café, mais ce sont des choses très risquées. Ceux qui sont attrapés pour fraude fiscale ou sociale risquent une amende salée. C'est pour cette raison que l'évasion fiscale devient de plus en plus commune: tu paies moins d'impôts, mais d'une manière totalement autorisée. L'employeur propose également des avantages à son employé qui lui permettent d'avoir moins d'impôts ou de charges sociales à payer et qui sont aussi appréciables aux yeux de son employé. Cela a débuté timidement avec les chèques-repas et les voitures de société, mais entre-temps, on en dénombre une grande variété et presque tous les employés profitent de quelques-uns de ces avantages. Une récente enquête du secrétariat social SD Worx a établi que 75% de ce que recevait les salariés provenait du salaire fixe. 5% du salaire variable (en fonction des résultats). Alors que 6% de ces gains proviennent de voitures de société et d'assurances groupe. Les chèques-repas et les remboursement des frais représentes les 4% restants.
Que représentent tous ces avantages? Un chèque-repas est une indemnité de 5 à 6 euros par jour. Une assurance groupe offre de l'argent en cas de maladie (hospitalisation) ou pension. Une voiture de société est une voiture mise à la disposition de l'employé en échange d'une participation personnelle limitée. Tous les frais en rapport avec la voiture sont pour le patron. Les remboursements des frais sont une somme perçue chaque mois par l'employé qui doit être égale aux coûts effectués pour la firme pour laquelle il travaille. Tous ces avantages – et encore beaucoup d'autres, voir cadre ci-dessous – sont intéressants pour l'employeur et l'employé car ils ne coûtent que très peu aux impôts. Mais il y a aussi des désavantages. La pension légale, par exemple, est calculée sur base du salaire, sans avantages extralégaux. Au plus d'avantages, au plus bas la pension sera pour l'employé. En plus, l'employé dispose de moins de flexibilité afin d'utiliser son salaire comme il le souhaite. Ces désavantages ne pèsent pourtant pas lourd par rapport aux avantages. Au cours des trois dernières années, le nombre de voitures de société a augmenté de 50%. Les managers créatifs ont aussi pensé à une véritable gamme d'avantages, comme les plans cafeteria. Le salarié peut – comme dans une cafeteria – choisir parmi un grand nombre d'avantages afin de concevoir son propre pack personnel. De cette façon, les patrons veulent surtout attirer les bonnes personnes et les motiver de la manière la plus efficace. Au plus ces bonnes personnes sont difficiles à trouver, au plus ces avantages seront proposés. L'employeur veillera aussi à ce que ces avantages soient adaptés au groupe-cible. Ceux qui veulent attirer les jeunes informaticiens ne proposeront pas en premier lieu une assurance pension.
(Faux) indépendants
Tout ce qui a été précédemment cité vaut pour les employés. Les pouvoirs publics ont souvent moins de possibilités de proposer des avantages supplémentaires. C'est aussi moins nécessaire car les fonctionnaires sont, grâce à leur statut, mieux protégés contre toutes sortes de risques (ils ne peuvent pas devenir chômeurs, leur pension est plus importante…). Le truc ultime pour éviter les impôts est de faire d'un employé un indépendant. Les indépendants paient moins de cotisations sociales et peuvent jongler avec leurs coûts afin de diminuer leurs impôts. C'est pour cette raison que les fonctions les mieux payées sont le plus souvent occupées par des soi-disant indépendants. Cependant, le fisc n'est pas aussi idiot qu'on veut bien le laisser paraître. Celui qui répond insuffisamment aux conditions pour être indépendant est un 'faux indépendant'. Et cela coûte beaucoup d'argent si on est démasqué, car ce n'est plus alors une évasion, mais une fraude fiscale.
(DDW)
Quels avantages supplémentaires sont payés par les employeurs?
- voiture de société + carte essence
- chèques-repas; des variations existent tels que les chèques-culture, les chèques-cadeau…
- assurance groupe: hospitalisation, pension…
- remboursement des frais
- prime pour expatriation, prime au logement
- GSM + crédit d'appel
- congés supplémentaires
- aide ménagère: service d'entretien et/ou de repassage, garderie, magasin avec produits bon marché
- restaurant d'entreprise
- abonnement de bus/train/métro/tram
- abonnement dans un club sportif
- excursions ou fêtes dans le cadre de l'entreprise
- ordinateur portable et/ou connexion Internet privée